Tout à perdre
Mots clés : droits de scolarité, Université du Québec à Montréal, Manifestation et émeute, Grève, Montréal, Québec (province)
Compte tenu des hésitations qui l'ont précédé, le mouvement de grève étudiant né cette semaine a de quoi surprendre. Si spontanée soit-elle, cette rébellion demeure stérile et ne pourra que pénaliser les étudiants eux-mêmes.
Échauffées par l'affligeante situation financière de leur propre université, cinq facultés de l'UQAM ont allumé la bougie dont avait besoin l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) afin de répandre le mouvement de grève. Ne sous-estimons pas la force mobilisatrice de ce regroupement: lors du soulèvement historique de 2005, il avait joué le rôle clé de catalyseur des forces.
On l'a déjà souligné: le contexte d'alors avait un caractère révoltant, qu'on cherche sans le trouver dans les mouvements rageurs d'aujourd'hui. À l'époque, l'odieuse conversion de bourses de 103 millions de dollars en prêts pointait directement le portefeuille des étudiants les moins nantis, ce qui avait magnifiquement alimenté une grève générale, de surcroît soutenue par l'opinion publique.
On voudrait s'indigner aujourd'hui qu'on ne le pourrait pas. Les étudiants doivent bel et bien désormais verser 100 $ de plus pour gonfler une facture annuelle qui s'établissait à 1668 $ depuis 1994. La moyenne canadienne dépasse les 4000 $...
Le ministère de l'Éducation a récemment dévoilé une étude sur les droits de scolarité réalisée par la professeure Valérie Vierstraete, de l'Université de Sherbrooke. Elle y décortique la facture universitaire sous plusieurs angles, dont celui des sommes consacrées par le Québec aux dépenses universitaires. Fracassant les idées reçues, cette analyse montre que le Québec y vole la vedette avec un total équivalent à 75 % de son PIB par habitant, comparativement à 61 % pour le Canada, 40 % pour la France et une moyenne des pays de l'OCDE établie à 44 %.
Cette comparaison n'enlève rien, bien sûr, aux vastes besoins des universités. Réelles et criantes, ce sont ces carences qui devraient constituer le tremplin idéal pour des étudiants tonitruant au nom d'une éducation de qualité. Au printemps 1999, ils avaient usé leurs souliers et séché leurs cours pour une cause chère aux recteurs: un réinvestissement en enseignement supérieur. Loin d'écorcher les oreilles des administrateurs, les rengaines étudiantes donnaient du mordant à un message politique porté sans succès par les dirigeants universitaires. Huit ans plus tard, c'est encore et toujours le même refrain!
Après 13 ans de gel des droits, il est vain de se battre pour éviter une hausse inéluctable et souhaitable. Les étudiants, dont un deuxième groupe promet une grande manifestation la semaine prochaine, devraient se remémorer les lendemains difficiles associés à la dernière grève générale: pendant qu'ils minaient leur dossier scolaire -- ô précieuse éducation pour laquelle ils se battent pourtant --, les universités et les collèges payaient cher, en argent sonnant et trébuchant, les reprises de cours.
La hausse des droits doit bien sûr faire l'objet d'un examen vigilant afin que son impact sur l'accessibilité des études soit étroitement surveillé. L'aide financière devrait aussi être rehaussée en accord parfait avec les nouvelles augmentations. Au-delà de cette vigie naturelle, la tempête estudiantine n'offrira aucun gain mais bien une suite de préjudices.
Vos réactions
@ Sanschagrin - par Gilles Bousquet
Le samedi 17 novembre 2007 18:00
Données très très contestables... - par Richard Larouche
Le samedi 17 novembre 2007 17:00
Penser à demain - par Frédéric Lazure
Le samedi 17 novembre 2007 10:00
Résignation 101. - par David Sanschagrin
Le samedi 17 novembre 2007 09:00
L'émotion avant la réflexion aux pompés - par Gilles Bousquet
Le samedi 17 novembre 2007 09:00
Le droit de réagir - par Parisien Jaque
Le samedi 17 novembre 2007 05:00
J'avoue ne pas comprendre - par Bertrand Lavoie (bertrandlavoie_4@hotmail.com)
Le samedi 17 novembre 2007 00:00

