La tournée des gitans

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André Lavoie
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 novembre 2007

Mots clés : Jasmine Dellal, Gypsy Caravan, Culture, Cinéma, Pays-Bas (Hollande) (pays), États-Unis (pays)

Ils viennent de Macédoine, de l'Inde, de Roumanie et d'Espagne, ne parlent pas tous la même langue mais possèdent deux choses qui les ont unis pendant un bon moment: leur amour de la musique et leurs origines tsiganes. Sous le nom de Gypsy Caravan, cinq groupes de musiciens ont sillonné les routes de l'Amérique du Nord à l'automne 2001, une tournée captée par la cinéaste britannique Jasmine Dellal.

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Gypsy Caravan
Réalisation et scénario: Jasmine Dellal. Image: Albert Maysles, Alain De Halleux. Montage: Mary Myers, Jasmine Dellal, Roko Belic, Angelo Corrao. États-Unis-Royaume-Uni-Pays-Bas, 2006, 110 min. (v.o. avec sous-titres anglais).
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Bien plus qu'un film-concert pour immortaliser six semaines de triomphe sur les scènes de New York, Toronto et Los Angeles, le documentaire Gypsy Caravan témoigne surtout de l'âme vibrante d'un peuple de nomades souvent opprimés là où ils passent, portant dans leur voix, et leur musique, une fierté jamais altérée par la misère ou la guerre. C'est d'ailleurs ce que chante Esma Redzepova, une Macédonienne sacrée «reine des Gypsies», une star en son pays et la mère de... 47 enfants; elle et son mari ont adopté des orphelins de la guerre en ex-Yougoslavie, dont certains l'accompagnent sur scène.

Cette femme aux formes généreuses et au timbre de voix frémissant brille de mille éclats, mais ses camarades savent aussi se tailler une place dans ce spectacle éclectique. Le flamenco enflammé de l'Espagnol Antonio El Pipa se mélange aux cuivres de la fanfare roumaine Ciocarlia ou aux violons du groupe Taraf de Haïdouks. Et au chapitre de la volupté, Esma doit parfois céder sa place à Harish, un danseur qui, dans ses robes de princesse dignes des Mille et une nuits (!), constitue la partie flamboyante de son groupe, Maharaja, réunion d'hindous et de musulmans originaires de différentes régions de l'Inde.

Ce type de cinéma-spectacle impose bien sûr ses figures obligées, comme ces instants de tension ou de folie à bord de l'autobus de tournée ou dans des hôtels sans âme. La cinéaste observe surtout la complicité qui s'établit peu à peu entre les représentants de cette mythique diaspora, capables de mélanger leurs styles et leurs influences pour des numéros, sur scène ou en coulisses, souvent fort amusants.

Le tableau d'ensemble ne serait sûrement pas aussi émouvant si Jasmine Dellal n'avait pas pris la peine de nous faire découvrir les lieux où habitent ces musiciens talentueux. La relative pauvreté dans laquelle ils vivent témoigne de l'ostracisme qu'ils subissent toujours, même si le confort d'Esma Redzepova -- qu'elle a la noblesse de partager -- doit faire l'envie de ses compatriotes. D'autres, dans leur modeste appartement ou à la campagne parmi leurs animaux, affichent une simplicité que la tournée va quelque peu modifier. Grâce à ses cachets, le groupe Taraf de Haïdouks réussit à soutenir tout le petit village (sans électricité), dans une Roumanie post-communiste encore pauvre.

Ces éléments culturels et biographiques en apparence disparates forment une splendide mosaïque et constitue surtout un formidable plaidoyer en faveur d'un peuple que l'histoire et quelques tyrans n'ont pas ménagé. On aurait parfois aimé que les bornes du voyage soient mieux identifiées (il faut deviner les villes qu'ils traversent et certains extraits de concerts proviennent d'une tournée précédente, effectuée en 1999, sans que la chose soit soulignée), mais le véritable fil conducteur de cette aventure, où les accommodements raisonnables sont leur pain quotidien, est d'abord et avant tout fait de musique. Celle qui adoucit les moeurs et ouvre les horizons, jamais étroits pour le peuple tsigane.

Collaborateur du Devoir


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