Parallèles entre l'Irak et le Vietnam

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Claude Lévesque
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 novembre 2007

Mots clés : documentaire, War Made Easy, Cinéma, Culture, Irak (pays), États-Unis (pays)

La thèse est facile à résumer: depuis la guerre du Vietnam, le gouvernement américain a eu systématiquement recours à la propagande, et la plupart des médias se sont volontiers fait l'écho d'arguments fallacieux ou tronqués.

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WAR MADE EASY
Écrit et réalisé par Lorretta Alper et Jeremy Earp
Mundo Vision
États-Unis, 2007, 73 minutes
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Le film est basé sur un livre du même titre écrit par Norman Solomon, un analyste des médias. Même si l'acteur Sean Penn est le narrateur de War Made Easy, ce sont ses commentaires qui servent de trame au documentaire.

«Les Américains aiment à croire qu'ils ne sont soumis à aucune propagande de la part de leur gouvernement», dit-il, avant de montrer que la réalité est tout autre.

Certains slogans jadis employés par Lyndon B. Johnson et Richard Nixon ont été repris verbatim par George W. Bush et ses adjoints: «il faut maintenir le cap», «les États-Unis veulent la paix et n'utilisent la force qu'en dernier recours», etc.

D'autres ont été inventés. Alors que la menace du communisme était invoquée pour justifier la guerre au Vietnam, on a forgé des concepts plus vagues, comme «l'axe du mal», «les serviteurs du mal», pour vendre l'actuelle «guerre contre le terrorisme» menée contre un ennemi plus difficile à identifier.

Une partie du documentaire rappelle les mensonges du gouvernement Bush au sujet des armes de destruction massive (ADM) et des liens présumés entre l'Irak de Saddam Hussein et al-Qaïda.

On n'apprend évidemment rien de neuf à ce sujet. Le mérite du film est ailleurs: dans sa façon de mettre en parallèle les stratégies de propagande utilisées pour justifier les deux guerres, basées sur les ADM et al-Qaïda en 2003 et sur la fausse attaque contre un destroyer américain dans le golfe du Tonkin en 1964. Les similitudes dans les discours sont souvent extraordinaires.

Dans les deux cas, les grands médias américains, même ceux qui se considèrent comme libéraux, sont accusés dans War Made Easy de n'avoir pas posé assez de questions. À quelques exceptions près, dont l'animateur Phil Donahue, qui a rapidement vu son émission retirée des ondes par MSNBC.

Si les principaux médias remettent rarement en question les affirmations des responsables politiques, c'est en partie parce qu'ils dépendent des sources au sein de cet appareil pour produire de la «nouvelle».

«Personne n'a forcé CNN à interviewer autant de généraux à la retraite avant le déclenchement de la guerre en Irak», observe Solomon. Pourtant, ce réseau d'information continue l'a fait abondamment et s'en est souvent vanté, comme les autres.

Les «vraies raisons» derrière les conflits ne sont souvent connues que beaucoup plus tard, quand certains documents sont «déclassifiés». La vérité sur l'Irak sort plus tôt que ce ne fut le cas pour le Vietnam, ce qui explique probablement que plusieurs médias ont déjà fait leur mea-culpa, ce qui ne s'était pas vu dans le cas précédent.

On peut ajouter que l'Irak a rapidement inspiré une petite avalanche de films (des documentaires comme celui-ci, mais aussi des fictions), alors que le Vietnam est longtemps resté un sujet tabou.

Le «syndrome du Vietnam» désigne cette gêne collective à la suite de ce conflit. On l'a souvent attribué à la couverture négative faite par certains reporters. Les auteurs de War Made Easy contestent cette thèse. Quoi qu'il en soit, depuis la guerre du Golfe de 1990, le Pentagone s'est efforcé de mieux contrôler l'information en intégrant dans les unités de combat un plus grand nombre de reporters qui, selon Solomon, tendent à perdre leur sens critique.


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