Entrevue - Plume Latraverse - La pleine palette

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Sylvain Cormier
Édition du samedi 17 et du dimanche 18 novembre 2007

Mots clés : Disque, Plume Latraverse, musique, Culture, Québec (province)

«J'avais le goût d'une formule qui toucherait un peu au piano-bar et un peu au chansonnier»

Le nouveau Plume? Deux huiles, une aquarelle et des caricatures autour. C'est lui qui le dit. Et c'est bel et bien ainsi, au sens pictural de la composition, que le cher grand échalas a assaisonné son Hors-saisons de toutes les sortes de chansons qu'il sait faire, osant celles qui durent parce qu'il s'autorise les éphémères, se révélant tendre parce qu'il demeure féroce (et férocement drôle), approfondissant sa réflexion sur la vie et la mort tout en chroniquant sur l'actualité. Rencontre sur le canevas.

Arrivé en haut de l'escalier du troisième, m'apercevant, Plume fait mine de se protéger la bouche et le nez. C'est pas tous les jours qu'on est interviewé par une boule de germes. Je fais mon Carreidas rencontrant Haddock. «Je ne vous serre pas la main: c'est antihygiénique.» Il s'assoit de l'autre côté de ma table de salle à manger, la boîte de papiers-mouchoirs faisant rempart. Mon eau chaude avec du miel fume, il demande un jus d'orange. On est là pourquoi, déjà? Ah oui, l'album. Le nouvel album. Hors-saisons.

Album dont Plume Latraverse a déjà révélé l'essentiel en spectacle au Club Soda, dans le cadre du Coup de coeur francophone, deux semaines avant la sortie en magasin, ce mardi. Personne ne fait jamais ça, présenter un nouveau spectacle avant de proposer un nouvel album. Charrue avant les boeufs. Le gros torrieu avant la p'tite vinguienne. Plume se contrefout de la logique de mise en marché. C'est tout juste s'il accepte de se prêter à la ronde des entrevues. «Je choisis.» Ce dimanche, il sera à Tout le monde en parle. Ça l'inquiète. Gageons que ça inquiète aussi Guy A. Plume, tel Richard Desjardins, est de la race des timides intimidants. «La télévision, c'est pas mon monde. C'est énervant. C'est pas le peloton, mais c'est un plateau!»

Contraste avec le Plume du Soda, l'autre jour: il y semblait aussi à l'aise que dans son cabinet d'aisance. Heureux chez lui, avec ses chansons, ses amis musiciens, son public. Un public enfin mis à sa main. Des oreilles quand il faut écouter, des poumons quand il faut entonner. Et Plume manifestement content de ne plus avoir à jouer le préfet de discipline quand lui prend l'envie d'une chanson plus douce. «J'ai eu mon overdose de festivals et autres instruments aratoires, d'être confiné à un certain genre de show, avec un certain genre de public. J'avais le goût d'une formule qui toucherait un peu au piano-bar et un peu au chansonnier. Du piano avec un peu de guitare.» Au Soda, c'était ça: un spectacle équilibré, adulte, où l'on a pu recevoir les chansons du coeur en plein coeur et les chansons exutoires à gorges déployées. «C'était de l'ouvrage quand même, parce que le Soda est une place assez rock'n'roll, mais c'est vrai que j'impose quelque chose avec ce show-là. Ça s'est passé pendant toute la tournée ROSEQ cet été. Je plante mon premier piquet avec Marie-Lou et Les Patineuses, et puis après, c'est à prendre ou à laisser.» Donnant, donnant. «Portez attention et, si vous êtes un assez bon public, peut-être qu'onc' Pluplu se laissera aller à faire quelques vieilles tounes pour vous divertir... »

Hors-saisons de toutes les couleurs

Peut-être même qu'il vous peindra un album. J'emploie l'image à dessein: c'est celle qu'utilise Plume pour décrire Hors-saisons. Pour décrire toute son oeuvre, en fait. «C'est toujours pictural, mon affaire. Les mots, je les vois. Je les organise dans l'espace. Je les forme, je les déforme. Ça vient de mon background. J'ai été portraitiste pendant un bout de temps à la place Victoria, dans les galeries d'art et tout ça. Veux, veux pas, ça t'instruit le regard. Quand tu fais un portrait, tu mets l'accent sur les yeux, et puis le reste se place en harmonie autour. C'est pareil pour une chanson.»

Et Plume d'offrir en exemple l'écriture de L'âge où l'on..., magnifique et tragique chanson qui est au coeur du nouvel album, chanson qui trace en quelques lignes les différents âges de la vie: «C'est l'âge où l'on arrive par la bande / C'est l'âge où l'on met l'enfance à l'amende [...] L'âge où le temps n'est pas bien long [...] C'est l'âge où l'on se détache de la bande / C'est l'âge où l'on délaisse la sarabande / C'est l'âge où... / L'âge où l'on danse à reculons.» Toute la chanson s'articule autour de cette image de la bande. «C'est le repère. Ça commence par la bande, on se déplace en bande, à un moment donné on délaisse la bande et on retourne s'asseoir sur le bord de la bande. C'est plus que le jeu de mots. C'est par là que je m'investis.» Quand on trouve ça, comprends-je entre deux «atchaa!», quand on tient une image forte comme celle-là, la chanson existe déjà. Il n'y a plus qu'à finir le portrait.

Plume creuse l'analogie, décidément parlante. «C'est ma façon de fonctionner. L'âge où l'on..., c'est une peinture à l'huile, elle va prendre du temps à sécher parce qu'elle en beurre un pot de peinture. Alors qu'une chanson comme Pas de quartier! [craquant exercice de style façon La Bolduc, à propos des accommodements raisonnables], c'est direct à la plume pis à l'encre de Chine. Il y a des tounes un peu chronique sociale [notamment La Vie en vers, pochade férocement ironique à propos de la paranoïa du terrorisme] qui sont faites plus sur le vif, au crayon ou au fusain. Et il y a le Migratoire, qui a un climat plus aquarelle, avec des taches de couleurs qui s'étendent.»

C'est l'une des deux autres chansons de l'album que Plume, jamais très porté sur l'autocongratulation, qualifie de «profondes», avec la reprise piano-voix de la plus belle ballade d'amour éperdu de tout son répertoire, j'ai nommé Les Patineuses. «Pour Le Migratoire, mon repère, c'est ce mot-là, migratoire, qui est un mot inventé, où j'allie "migration" et "purgatoire". Ça m'est venu en regardant une série à Télé-Québec sur les immigrants. Ça m'a fait penser qu'on arrive tous au monde comme des immigrants, qu'on s'arrange comme on peut.» La chanson est donnée en blues mineur, immortelle en devenir: «Terre d'accueil / Terre d'écueils / Pleine d'embûches où nous nous débattons / Où nous traînons, comme un chaînon / La nostalgie d'où nous venons.» Du grand Plume.

Mais comme dans le spectacle, l'album fonctionne dans sa variété de genres et de tons. Alternent joyeusement en bastringue, en boogie, en valse, en honky tonk ou en blues (Les Bleus d'la plinthe, une merveille) tous les modes d'expression de Plume: les couplets ras-le-bol (Trop), les commentaires truculents (Bâton de vieillesse), les caricatures criantes (Nihilisme paresseux). Les chansons «profondes», perçues comme exigeantes par leur créateur, sont systématiquement entourées de chansons «récréatives». Dosage qui semble juste. Tout ce qu'on veut de Plume est là-dessus. La sensibilité, l'humour, l'esprit, même la déconnade. La question se pose tout de même: un plein album de chansons «profondes» est-il envisageable? L'intéressé soupire. «J'ai un ange pis un diable en moi. Je fais des huiles, je fais aussi des petits dessins. Qu'est-ce qui est le plus important? Le résultat global fait en sorte que c'est intéressant, ça fait des chansons qui s'entrechoquent. Mais c'est tout le temps moi.» J'acquiesce en éternuant.

Collaborateur du Devoir

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HORS-SAISONS

Plume Latraverse

Disques Dragon - Sélect


Vos réactions


À propos du mot «migratoire», pour votre information - par Nicolas Falcimaigne
Le dimanche 18 novembre 2007 14:00

ni vinguenne ni torrieu... - par normand chaput
Le samedi 17 novembre 2007 08:00

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