Les Québécois sont ouverts aux immigrants, selon Bouchard et Taylor

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La Presse canadienne
Édition du vendredi 16 novembre 2007

Mots clés : Charles Taylor, Gérard Bouchard, Éthique, Immigration, Laval (région), Québec (province)

Gérard Bouchard et Charles Taylor jugent que les Québécois se sont montrés ouverts à l'égard des immigrants tout au cours de leurs travaux aux quatre coins de la province.

Photo: Jacques Nadeau

Laval -- En dépit de ce qu'ils ont entendu à répétition depuis quelques semaines sur les accommodements raisonnables, les coprésidents de la commission Bouchard-Taylor estiment que les Québécois font preuve d'ouverture face aux immigrants.

Gérard Bouchard et Charles Taylor ont livré un bref résumé de leurs impressions sur les témoignages et mémoires entendus à ce jour, hier, après une autre journée d'audiences à Laval.

M. Bouchard a dit avoir remarqué «une très grande ouverture vis-à-vis de l'immigration et des immigrants» sans toutefois relevé les témoignages, pourtant nombreux, de ceux qui ont carrément dit qu'ils étaient contre les accommodements raisonnables.

M. Bouchard a également noté «une très grande volonté d'accueil» des immigrants, même dans les régions du Québec, «pas du tout une attitude d'exclusion».

Dans le message écrit de sept paragraphes remis aux médias, les coprésidents en consacrent deux à dire que, même si certains mémoires n'ont pas eu suffisamment d'écho dans les médias, eux tiendront compte des «interventions de cette majorité modérée».

Ces commentaires ont été faits à la fin d'une journée durant laquelle il a encore été question d'accommodements raisonnables. Cette fois, ce sont des gestionnaires de ressources humaines qui ont fait valoir les difficultés que leur causent ces accommodements: des travailleurs d'usine qui quittent la ligne de montage, spontanément, pour aller à la mosquée. Un autre qui demande un mois de congé, en période de pointe de la production, pour le ramadan. Que faire?

Pierre Dumais, président du Regroupement des gestionnaires en ressources humaines, qui compte 50 membres, a expliqué aux commissaires que des employeurs commencent à craindre d'embaucher des membres de certaines communautés, de peur d'avoir à faire face à des demandes d'accommodement.

Des demandes d'accommodement, des gens qui voulaient partir plus tôt du travail, il y en a toujours eu, a-t-il dit. Ce qui est nouveau, ce sont les demandes d'accommodement pour motif religieux.

Et ses membres qui gèrent les ressources humaines se sentent parfois désarmés, mal outillés devant de telles demandes.

«Je ne dis pas que c'est la majorité, mais moi, en tant que directeur des ressources humaines dans quelques organisations, on m'a souvent fait savoir de ne pas engager telle communauté, non pas par racisme, mais surtout pour ne pas avoir de problème avec les accommodements raisonnables, par exemple ne pas avoir de lieux de prière», a raconté M. Dumais.

Il a donc demandé à la commission Bouchard-Taylor que ceux qui gèrent des ressources humaines bénéficient de conseils ou d'avis juridiques, rapidement donnés, de la part de la Commission des droits de la personne.

Interrogé après son témoignage devant la commission, M. Dumais a assuré qu'il s'agissait là de cas anecdotiques, mais bien réels.

Un autre témoin, Joseph Elbared, boulanger de son métier, un chrétien qui n'a pas voulu dire de quel pays il venait, a dénoncé l'intégrisme religieux, dont il sent les effets même au Québec.

Il a soutenu devant la commission que sa fille s'était fait offrir 150 $ pour porter le voile, il y a quelques années de cela. Interrogé après son témoignage, il n'a pas voulu dire dans quel établissement cela s'était passé et s'est montré avare d'autres commentaires sur l'incident.

Il a aussi affirmé qu'une femme qui avait témoigné avant lui devant la commission, Geneviève Lepage, une Québécoise de souche qui s'est convertie à l'islam et qui porte maintenant le foulard, aurait été châtiée, tuée, si elle avait vécu dans certains pays musulmans et avait ainsi renié sa religion musulmane pour adopter le christianisme.

Mme Lepage a assuré que le port du voile était son choix libre et personnel et qu'elle n'imposait rien à personne.

Il ne reste plus que la région de Sherbrooke à visiter, la semaine prochaine, avant d'achever la tournée de la commission à Montréal, pendant deux semaines.


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