La Belle Époque à l'affiche

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Lisa-Marie Gervais
Édition du vendredi 16 novembre 2007

Mots clés : L'Affichiste, Toulouse-Lautrec, Musée, Mozambique (pays)

La galerie L'Affichiste comporte environ 300 oeuvres datées entre 1880 et 1950

En avançant pièce par pièce dans la galerie, petit paradis du branding, on dévore des yeux les affiches de la Belle Époque et de celle de l'Art déco. Photo: L'affichiste

Passionnée par les affiches de la Belle époque et d'Art déco -- le Chocolat Menier, le savon Le Chat et le Moulin rouge de Toulouse-Lautrec, vous connaissez? --, la Montréalaise Karen Etingin ouvre toutes grandes les portes de sa galerie L'Affichiste depuis juin dernier. Question de démocratiser cet art qu'on croit encore à tort réservé aux snobinards. Bienvenue à M. et Mme Tout-le-monde.

C'est d'abord un joyeux labrador noir grisonnant qui dégringole quatre à quatre les marches de l'escalier pour accueillir le visiteur. Puis, une fois sur le palier du deuxième étage, on est invité à pénétrer dans cette petite galerie près de la rue Notre-Dame, dans le quartier des antiquaires, à Montréal.

Plancher de bois franc noir, grandes fenêtres inondant l'espace de lumière: la beauté et la sérénité des lieux sont frappantes. Pas d'affichette «Prenez garde au chien» mais plus d'une centaine d'affiches de différents pays, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Ici, aucune reproduction: que des originaux.

Collectionneuse passionnée, la galeriste Karen Etingin propose un voyage dans le temps, à la Belle Époque et à celle de l'Art déco, tout en racontant, dans un charmant français cassé, son histoire d'amour avec chacune des oeuvres. «Vous m'arrêterez, je peux en parler des heures», prévient-elle.

Ainsi, en avançant pièce par pièce dans ce petit paradis du branding, on dévore des yeux une superbe affiche de la Belle Époque aux couleurs pastel, signée Auchenteller, qui rappelle les grandes dames parisiennes en robe longue des palais de glace de Jules Chéret.

Souscrivez

Plus loin, l'affiche Souscrivez, qui montre un jeune soldat français invitant à s'enrôler pendant la Première Guerre mondiale, dérange.

Mais on sourit devant l'ingénuité de l'image d'une jeune ménagère portant un tablier blanc, qui semble dire à un mécanicien aux mains dégoulinantes d'huile à moteur: «Utilisez ce Savoniké, qui rendra instantanément vos mains blanches et souples.»

«C'est une passion. Quand je regarde une affiche, il y a quelque chose qui m'attire. Ça m'apporte du bonheur», explique Karen Etingin, fille d'une artiste peintre et petite-fille d'une grand-maman russe sculptrice.

En plus «d'éprouver beaucoup de plaisir», la galeriste, qui collectionne les affiches depuis plus de 20 ans, se dit séduite par le moindre petit détail, qu'il s'agisse de couleur ou de typographie, qui pourrait lui en apprendre davantage sur une époque ou un lieu.

Commerçante affichée

Karen Etingin ne s'en cache pas: elle s'affiche... comme commerçante. Elle est d'ailleurs très fière de dire que sa galerie est la seule à être exclusivement consacrée à l'affiche. Ses quelque 300 oeuvres au total, datées entre 1880 et 1950, se vendent entre 40 $ et 7500 $ pièce, avec ou sans cadre.

Ses clients sont des particuliers et des décorateurs mais surtout des collectionneurs et certains étrangers qui la localisent sur Internet grâce à son site. Même si parfois, pour elle, «vendre une oeuvre en Europe, c'est comme laisser partir un bébé seul en avion».

En plus de louer son local pour les lancements, les cocktails et les réceptions, la galeriste organise une fois par mois, en soirée, un vernissage de style 5 à 7 (qui ne finit d'ailleurs jamais à 7h... ).

Verre de vin à la main, des artistes, des marchands d'art ou tout simplement des M. et Mme Tout-le-monde viennent apprécier plus longuement les oeuvres de sa collection.

Ses hits du moment? Une affiche de Leonetto Cappiello, considéré comme le père des affichistes modernes et réputé pour ses oeuvres colorées de la réglisse Sanguinède ou du Cinzano, et une autre de Paul Colin, qui a notamment signé le graphisme des affiches des spectacles de Joséphine Baker.

«Je veux essayer de rendre accessible cet art. Le "grand public" est justement plus grand que le "petit public". C'est important de leur faire connaître les affiches pour qu'ils en saisissent la grande valeur», soutient-elle en jetant un regard complice à son compagnon poilu.

n La galerie est ouverte en semaine, le jour, et les fins de semaine sur rendez-vous. Les prochains vernissages auront lieu les jeudi 22 novembre et samedi 15 décembre 2007. www.laffichiste.com.


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