Rabaska attendra

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du jeudi 15 novembre 2007

Mots clés : Rabaska, Commission de protection du territoire agricole, Énergie, Québec (région), Canada (Pays)

Après les environnementalistes et la Commission de protection du territoire agricole, c'est au tour d'Ottawa d'hésiter à donner son aval au projet de port méthanier Rabaska, à Lévis. Ce n'est pas que le gouvernement Harper soit soudainement devenu l'allié des environnementalistes, mais compte tenu des arrêts de la Cour suprême depuis 2004, les gouvernements sont tenus de consulter les autochtones chaque fois qu'un projet d'envergure est envisagé sur des terres faisant l'objet de revendications territoriales. Ce qui est le cas des terrains sur lesquels Québec a autorisé le consortium Rabaska à construire un port méthanier.

Combien de temps faudra-t-il à l'Agence canadienne d'évaluation environnementale pour faire le tour de la question avec les Malécites, cette nation du Bas-Saint-Laurent qui a manifesté son opposition? Et surtout, où cette consultation mènera-t-elle? Pour le moment, on n'en sait rien puisque les précédents en la matière sont à peu près inexistants.

Cela étant, même si cette consultation aboutit rapidement, le principal obstacle à la première pelletée de terre de ce projet controversé est ailleurs. Pour le moment, ni Rabaska ni son concurrent Cacouna, près de Rivière-du-Loup, n'ont en poche les contrats d'approvisionnement en gaz naturel liquéfié indispensables à un investissement de cette ampleur. Or ces deux consortiums sont eux-mêmes en concurrence avec des dizaines de distributeurs comme eux, qui cherchent du gaz pour approvisionner d'éventuels ports méthaniers toujours à l'état de projet.

Il faut comprendre que, contrairement à ce qu'affirment leurs promoteurs, Cacouna et Rabaska ne sont pas des projets destinés à assurer d'abord la sécurité énergétique du Québec mais bien l'avenir des distributeurs eux-mêmes sur le marché du nord-est du continent. Dans le cas d'Énergie Cacouna, il s'agit de Trans-Canada Pipeline et de Pétro-Canada, alors que Rabaska est piloté par Gaz Métropolitain, Gaz de France et Enbridge.

Compte tenu du prix de plus en plus élevé du gaz naturel, dont la demande a grimpé en flèche à travers le monde, il n'est d'ailleurs même pas certain que le Québec aura besoin de la plus grande partie des importations de gaz qui transiteraient par l'un ou l'autre de ces deux ports, et encore moins par les deux à la fois. La clé du problème, c'est en Russie qu'elle se trouve, chez le grand producteur Gazprom. À cause de la rareté, celui qui signera un contrat d'approvisionnement à long terme avec les Russes prendra une longueur d'avance sur tous ses concurrents pour l'est du continent.

Il ne suffit donc pas d'obtenir l'autorisation de construire un port; il s'agit surtout de convaincre les Russes de l'intérêt de signer un contrat d'approvisionnement à long terme. Et pour ce faire, au moins un des deux consortiums, Énergie Cacouna, se dit prêt à faire une place à Gazprom dans son projet.

Il est donc loin d'être assuré que Cacouna et Rabaska verront le jour. La logique aurait voulu qu'un seul projet soit proposé, celui de Gros Cacouna, où un port en eau profonde existe déjà. Toutefois, concurrence oblige: Québec a donc approuvé deux projets, dont au moins un -- sinon les deux -- portera un jour le nom d'éléphant blanc.

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j-rsansfacon@ledevoir.com


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