La Commission Bouchard-Taylor à Laval - Des musulmans disent subir l'impact du 11-Septembre
Mots clés : 11-Septembre, musulmans, Commission Bouchard-Taylor, Éthique, Religion, Québec (province), Laval (région)
Laval -- Le spectre de septembre 2001 a marqué plusieurs interventions entendues hier soir au forum des citoyens tenu à Laval par la Commission Bouchard-Taylor.
Rachid Abadou, qui est arrivé au Québec en 1985, d'abord pour la langue française, s'est décrit comme un ex-souverainiste. Il a relaté que l'attitude de certains à son endroit a changé après ces attentats. Il s'est plaint du fait qu'on se trompe de cible, que l'ennemi n'est pas l'Islam, mais la stigmatisation, la peur et la pauvreté.
Dans la même veine, Serge Bédrossian a déploré le fait qu'on ait mis «tous les musulmans dans le même sac» depuis septembre 2001. Il en a attribué la faute aux dirigeants politiques.
Un citoyen de Laval d'origine algérienne, Abdelkader Benidir, est venu dire qu'il avait été accueilli à bras ouvert par ses voisins, les Théberge, le soir même de son arrivée à Laval-des-Rapides, il y a 20 ans. Ni sa religion musulmane ni son pays d'origine n'ont alors compté.
Il a invité les Québécois à ne pas perdre cette «dimension humaine» qui caractérise leur identité, arguant que c'est ce qui fait que bien des immigrants préfèrent le Québec, et non pas ses programmes sociaux ou ses emplois.
Deux participants se sont montrés particulièrement critiques envers les Québécois de souche.
M. Nahdi Zahabi, d'origine libanaise et marié à une Marocaine, a vilipendé ceux qui n'aiment pas que les musulmanes portent le voile islamique. Que vos prêtres et vos religieuses enlèvent leur voile, a-t-il lancé à l'auditoire, qui lui ripostait que ce n'était pas la même chose.
M. Zahabi s'est mis à parler en anglais, disant qu'il le ferait s'il en avait envie. Il a ensuite lancé qu'on était dans un pays libre et que ceux qui veulent payer plus cher pour des produits casher ou al-hal le pouvaient. Il s'est fait chahuter par quelques participants.
De son côté, Mme Aziza Blili, arrivée au Québec dans les années 1970, a affirmé qu'elle avait été bien accueillie à Trois-Rivières, à l'époque, mais que le Québec d'aujourd'hui avait bien changé. Et elle accuse certains médias et certains hommes politiques d'avoir ainsi manipulé l'esprit des Québécois.
«Cessons d'être hypocrites et proclamons haut et fort que l'immigrant qui n'est pas blanc et de tradition chrétienne n'est plus le bienvenu au Québec», a lancé Mme Blili.
Aliments casher
Une citoyenne de Terrebonne, Christiane Leroux, a ramené sur le tapis la question des aliments casher ou al-hal, affirmant encore une fois que les Québécois non juifs ou non musulmans devaient indirectement payer le coût de cette bénédiction, parce que ces produits sont plus coûteux, même s'il s'agit d'un montant minime, a-t-elle admis.
Fait inusité, Mme Leroux a affirmé avoir personnellement porté plainte à la Commission des droits de la personne, soutenant que sa plainte avait été rejetée. (Il a été impossible de vérifier cette affirmation auprès de la commission, hier soir.) Le coprésident Bouchard lui a demandé copie de sa plainte et de la décision, disant s'intéresser particulièrement à ce dossier. MM. Bouchard et Taylor soutiennent que cette croyance n'a jamais été prouvée.
Une autre participante au forum a relaté s'en être aussi plainte à la Commission des droits, cette fois au téléphone seulement, et sa plainte aurait de même été rejetée.
Quelque 240 citoyens s'étaient inscrits au forum de Laval, mais seulement 173 se sont effectivement présentés.

