Arts et affaires: le dialogue se noue à Montréal

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Frédérique Doyon
Édition du mercredi 14 novembre 2007

Mots clés : Rendez-vous novembre 2007, métropole culturelle, Culture, Économie, Montréal

Le milieu des affaires ne veut pas jouer qu'un rôle de pourvoyeur

Montréal, métropole culturelle? Un titre proclamé, en partie mérité, mais loin d'être gagné pour toujours, ont signalé des gens d'affaires, qui ont brassé la cage hier au Rendez-vous novembre 2007, et ainsi tendu la main aux artistes et aux organismes culturels. Dynamique qui a donné un petit souffle à un sommet surtout cantonné à une série d'interventions à sens unique.

Certaines personnalités du secteur privé ont parlé de leur passion pour la culture, afin de rappeler qu'ils n'étaient pas seulement des pourvoyeurs d'argent. D'autres ont formulé des recommandations précises, auxquelles le comité de suivi du sommet entend donner suite.

«Se proclamer métropole culturelle c'est bien, l'être demande beaucoup plus de travail», a souligné Pierre Lampron, de Quebecor, en forme d'énoncé de principe.

Pierre Bourgie a raconté comment sa participation au projet d'expansion du Musée des beaux-arts de Montréal dans l'église Erskine & American avait rejoint les valeurs et les passions de sa famille: faire valoir l'art canadien et protéger le patrimoine religieux.

L'intervention la plus percutante de la dernière journée de réunions plénières du Rendez-vous, qui portaient sur le rayonnement de Montréal et la façon de lui fournir les moyens de ses ambitions de métropole culturelle, est venue de Serge Joyal, sénateur et conseiller spécial de Power Corporation.

«On risque de perdre le titre de métropole culturelle», a-t-il déclaré, en proposant du même souffle une série de «réformes». Pas de défaitisme dans son ton, mais une volonté de ne pas en rester là. Il a d'abord suggéré que le sommet soit pérennisé sous la forme d'assemblées biennales, afin que perdure le fort leadership politique mis en place à l'occasion du sommet.

Rappelant la trop faible participation du secteur privé au financement culturel, point qu'avait établi un rapport de la Chambre de commerce du grand Montréal, il a réclamé la révision du régime fiscal pour corriger le tir et proposé qu'on sollicite directement les Chagnon, Bélair, Courville du cercle des affaires.

«Il faut libéraliser le régime comme dans le domaine de la recherche scientifique», a-t-il affirmé. Mais les individus aussi doivent faire leur part, a-t-il ajouté en notant que leur participation accusait un important retard par rapport à celle des citoyens des autres provinces, et qu'il fallait «casser cette apathie». Selon lui, deux projets mobilisateurs pourraient ouvrir la voie à un changement de mentalité à tous ces égards: implanter dans la métropole le musée national du portrait et donner suite au projet de classer la maison Louis-Hyppolite Lafontaine.

Maurice Forget, de la firme d'avocats Fasken Martineau, et ex-président du Conseil des arts de Montréal, a énoncé quatre propositions concrètes pour rapprocher les arts et les affaires, dont la reconnaissance par les gens d'affaires de la culture comme cheval de bataille important de leur croissance, et la désignation au Bureau du Québec à Toronto d'une personne sensible à la cueillette de fonds.

Des avis qui feront du chemin

Cette volonté d'agir, jumelée à la déclaration d'une D. Kimm, directrice du festival Voix d'Amérique, qui faisait valoir qu'une poignée de milliers de dollars faisaient parfois la différence, semble avoir ouvert la voie à une nouvelle relation entre les milieux des arts et des affaires. Un aspect qui risque de faire du chemin dans les semaines et mois à venir.

«On sait qu'il y a des enveloppes qui existent, on sait qu'il y a des artistes qui en ont besoin, alors comment faire le pont? C'est un de nos défis», a indiqué le ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux, et responsable de la métropole, Michael Fortier, en conférence de presse de clôture du sommet.

«Dans le milieu de la culture, on a un travail immense à faire parce qu'on a encore une vision très primaire de notre rapport avec les donateurs, qui se résume à donner de l'argent et mettre leur logo», a souligné Simon Brault, président de Culture Montréal et du comité de pilotage. C'est clair que ça doit être dépassé. C'est ce qu'on a commencé à faire, et c'est ce qu'il y a de plus prometteur.»

Le Conseil des arts de Montréal a déjà préparé le terrain de cette nouvelle relation en dévoilant hier la mise sur pied du Forum des présidents. Une trentaine de présidents de conseils d'administration d'organismes culturels montréalais, de l'Usine C à l'Opéra de Montréal, se sont regroupés pour consolider les rapports arts-affaires et stimuler la contribution du secteur privé au développement culturel de la métropole.

Leur message: le soutien aux arts et à la culture n'est pas une dépense, mais un investissement; cette participation accrue du secteur privé ne doit toutefois pas se faire au détriment de l'apport public qui doit trouver un nouveau souffle.

Un momentum? À suivre...

Le Rendez-vous s'est conclu par une série d'allocutions des membres du comité de pilotage, les ministres Fortier, Bachand, Verner, St-Pierre, le maire Tremblay, Isabelle Hudon, de la Chambre de commerce du Grand Montréal, et Simon Brault, qui avait du mal à contenir son émotion.

On a parlé d'une «page d'histoire», d'un «grand succès», d'un «momentum extraordinaire pour impliquer plus le privé», de journées «extraordinairement utiles» pour tous les acteurs, même si les avancées concrètes se résument à des choses attendues: le Quartier des spectacles, le renouvellement de l'entente entre le MCCCQ et la Ville (voir l'article en page B 10).

Mais plusieurs sujets effleurés à l'occasion de ce sommet referont surface dans les mois à venir, à commencer par la diversification des sources de revenus de la Ville, essentielle pour augmenter le budget du Conseil des arts de Montréal, et qui sera discutée jeudi à Québec.

«Tout n'a pas été dit, mais c'est drôlement bien engagé», a résumé la ministre Christine St-Pierre à propos de ce chantier collectif qui, rappelons-le, s'étend sur dix ans.


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