Les manifestations se poursuivent à travers le pays - Bhutto réclame la démission de Moucharraf

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AFP , Reuters
Édition du mercredi 14 novembre 2007

Mots clés : Moucharraf, Bhutto, Gouvernement, Pakistan (pays)

Les policiers ont chargé, hier à Peshawar, des manifestants qui protestaient contre l'état d'urgence.

Photo: Agence Reuters

À nouveau assignée à résidence, Benazir Bhutto, la chef de file de l'opposition pakistanaise, a pour la première fois réclamé hier la démission du président Pervez Moucharraf.

Rentrée d'exil le mois dernier, Bhutto a maintes fois exhorté Moucharraf à quitter ses fonctions de chef d'état-major de l'armée, mais elle n'avait encore jamais exigé sa démission de la magistrature suprême. La chef de file du Parti du peuple pakistanais (PPP), qui négociait depuis plusieurs mois avec le président en vue d'un partage du pouvoir, a en outre exclu de prendre la tête du gouvernement tant qu'il sera au pouvoir.

«Il est temps qu'il parte. Il doit démissionner de la présidence», a-t-elle déclaré, jointe par téléphone à Lahore où elle a été assignée lundi à résidence pour une semaine, quelques heures avant que s'élance un cortège automobile de protestation contre l'état d'urgence.

Selon le PPP, les forces de l'ordre ont procédé à 1500 arrestations dans ses rangs pour faire obstacle à la formation du cortège, qui devait gagner Islamabad en partant de Lahore. De petits groupes de manifestants se sont formés dans la ville de départ. Beaucoup ont été interpellés, mais aucun débordement n'a été signalé.

Des inconnus ont pas ailleurs ouvert le feu sans faire de blessés sur deux commissariats de Karachi, où des partisans de Bhutto se sont également rassemblés pour dénoncer son assignation à résidence. Des manifestations, dispersées à coups de matraques et de grenades lacrymogènes, se sont aussi déroulées à Peshawar.

Aux yeux de Bhutto, le chef de l'État a perdu toute crédibilité. «Je ne serai jamais premier ministre tant que Moucharraf sera président. Les négociations entre nous ont échoué en raison du recours massif à la force policière. Il est désormais hors de question de les relancer parce que tous ceux qui s'associent au général Moucharraf sont contaminés», a-t-elle insisté.

Près 20 000 policiers ont été déployés à Lahore, dont 4000 ont pris position aux abords de la maison où séjourne Bhutto. Un mandat d'arrêt a été placardé sur la porte d'entrée, et les accès sont barrés par des clôtures de fil de fer barbelé et des barricades, tout comme les rues adjacentes. «Sa résidence est officiellement une prison», a déclaré un officier de police.

Le no2 du département d'État américain, John Negroponte, se rendra en fin de semaine au Pakistan pour inviter Moucharraf à lever l'état d'urgence et organiser des élections libres et équitables.

Le secrétaire d'État adjoint, qui effectue actuellement une tournée en Afrique, se rendra à Islamabad à l'issue de cette tournée sensée s'achever vendredi, a déclaré à la presse un porte-parole du ministère américain des Affaires étrangères, Tom Casey.

M. Negroponte, qui sera le plus haut responsable américain à se rendre au Pakistan depuis l'instauration de l'état d'urgence dans ce pays le 3 novembre, «devrait arriver à la fin de la semaine», a indiqué M. Casey.

Le porte-parole n'a pas précisé la liste des personnalités pakistanaises que le responsable américain rencontrerait à Islamabad, mais il n'a pas exclu qu'il s'agisse de personnes extérieures au gouvernement. «Je pense qu'il rencontrera des hauts responsables pakistanais. Je ne peux pas vous assurer qu'il rencontrera le président», a-t-il noté.

M. Casey a cependant indiqué qu'il y avait peu de chances qu'il voie l'ex-première ministre du Pakistan Benazir Bhutto, car elle se trouve à Lahore. «Je ne pense pas que cela se produise», a-t-il déclaré.

M. Negroponte devrait transmettre à ses interlocuteurs le message exprimé par le président George W. Bush et la secrétaire d'État Condoleezza Rice depuis l'instauration de l'état d'urgence au Pakistan le 3 novembre.

Dimanche, Mme Rice s'est dite satisfaite de l'engagement de M. Moucharraf d'organiser des élections parlementaires d'ici le 9 janvier, tout en l'appelant de nouveau à lever l'état d'urgence dès que possible.


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