Infirmières: Couillard maintient les primes
Mots clés : Infirmières, Philippe Couillard, primes, Québec (province)
Une mesure temporaire en attendant une solution permanente
L'impact des primes de 10 % et 7 % consenties cet été par Québec aux infirmières travaillant dans les services d'urgence et de soins intensifs à fort et moyen débit reste encore à mesurer. Mais, déjà, une différence notable a été notée sur le plan de la stabilité des équipes touchées. Au point que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a décidé de maintenir ces primes jusqu'à nouvel ordre, a appris Le Devoir. Annoncées à la fin juin, ces primes dites estivales avaient déjà été reconduites une première fois jusqu'à octobre, mais le ministre Couillard a finalement décidé de les maintenir jusqu'à ce qu'une solution «plus structurante» soit trouvée pour assurer la rétention des effectifs. Pour cela, il compte sur l'expertise de la Table de concertation en soins infirmierMais cette option ne rallie pas toutes les parties, notamment les représentants syndicaux qui jugent cette béquille encore bien imparfaite. Pour plusieurs, la possibilité de créer un nouveau titre d'emploi qui tienne enfin compte des difficultés inhérentes à la pratique en soins critiques paraît beaucoup plus intéressante. Dans les deux cas toutefois, les infirmières ne devront pas être les seules à gagner au change et d'autres professionnelles devront aussi être prises en compte, déclarent les syndicats.
Chose certaine, le bilan de la présente expérience servira de point de départ à la négociation qui devrait débuter plus formellement lors de la prochaine rencontre de la Table de concertation, prévue à la fin du mois de novembre. «Cette discussion va nous permettre de dire si on maintient cette mesure ou si on la modifie. Pour l'instant, il est encore trop tôt pour le dire, alors on s'est dit que tant qu'à créer un vide, aussi bien en analyser les impacts le plus longtemps possible», explique l'attachée de presse du ministre de la Santé, Isabelle Merizzi.
Jusqu'à présent, rien n'indique que la prime ait pu avoir un impact positif sur l'attraction et la rétention des infirmières dans ces secteurs critiques, convient le ministère. «On note que l'impact est plus qualitatif que quantitatif, dans la mesure où les gens qui en bénéficient se sentent effectivement valorisés. Chose certaine, on a senti que ça a fait une différence sur le plan de la stabilité des équipes», précise Mme Merizzi.
Pénurie
Il faut dire que ces primes ont été annoncées très tardivement, à la fin du mois du juin, alors que les vacances étaient déjà planifiées. Pour la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), ce seul point suffit à justifier un report. «Sur le coup, les gens n'ont pas annulé leurs réservations, et c'est bien normal. Il nous faudra donc un peu plus de temps pour évaluer l'impact réel des primes, d'autant que la pénurie est toujours aussi vive, vacances ou pas», explique le porte-parole à la négociation, Richard Dufort.
Ce sentiment est partagé par la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), qui ajoute qu'il faudra corriger certains aspects discriminatoires pour les petits établissements, explique sa présidente, Lina Bonamie. «Prenons une urgence comme celle de Maisonneuve-Rosemont où il y doit y avoir au moins 20 infirmières en présence. Disons qu'il en manque deux: on doit se débrouiller à 18. C'est dur, c'est vrai, mais si on compare cette situation à celle des infirmières de la Gaspésie, on voit tout de suite que c'est injuste. Là-bas, elles sont quatre dans la salle d'urgence, alors quand il en manque une ou deux, c'est le quart ou la moitié des effectifs qui manquent et, pourtant, elles n'ont pas droit à la prime.»
Le ministre Couillard ne cache pas qu'il est sensible à cet argumentaire. Tout le monde travaille fort dans le réseau de la santé, convient son attachée de presse. «Maintenant, c'est sur la spécificité des actes que l'on a voulu reconnaître une charge différente sur les unités d'urgence et des soins intensifs, compte tenu du stress, de la vitesse d'exécution de certains actes et de la spécificité de la pression.»
La prolongation des primes intervient alors que l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) publiait hier un mémoire sur la pénurie de main-d'oeuvre. Son mot d'ordre: «le statu quo n'est plus possible». Il faut dire que les dernières données publiées par le ministère de la Santé et des Services sociaux indiquent que le nombre d'infirmières restera sensiblement le même dans les prochaines années, soit près de 70 000. Présentement, le Québec accuse un déficit de 2000 infirmières. À moins d'un sérieux coup de barre, la pénurie sera donc de 7300 infirmières dans cinq ans et de 23 000 dans 15 ans.
Ces chiffres n'effraient pas le ministre Couillard. Hier, il a en effet estimé qu'il était possible de contourner cet obstacle en mettant en place plusieurs réaménagements structuraux. «Je suis convaincu que l'on est capable de le faire, avec une organisation de travail plus adaptée aux besoins des gens», a-t-il mentionné, ajoutant qu'il était possible de répondre aux besoins à venir par une transformation de la profession, une réorganisation du travail des différents professionnels et l'ajout d'autre personnel médical, notamment des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires.
Pour ce faire, la présidente de l'Ordre, Gyslaine Desrosiers, précise toutefois qu'il faudra «changer les règles du jeu» pour tenir compte des compétences des infirmières et des domaines cliniques dans lesquels elles travaillent. Tout cela commence par une planification des effectifs dans cinq secteurs jugés prioritaires: les soins critiques, les soins dans la communauté, la santé mentale, les soins périopératoires et la prévention et le contrôle des infections. L'environnement de travail devra aussi être «significativement amélioré» de manière à favoriser la rétention des effectifs.
Enfin, l'Ordre réclame la réalisation des réformes du système professionnel de la formation infirmière (DEC-BAC intégré) qui visent une meilleure utilisation des infirmières sur le territoire québécois. «Notre proposition est simple, il s'agit de mieux arrimer les structures d'emploi avec la formation qui est donnée», explique Mme Desrosiers. Notons que le mémoire de l'Ordre a reçu hier l'appui unanime de son assemblée générale.
Avec La Presse canadienne
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Une insulte au personnel infirmier - par Pierre Germain
Le mardi 13 novembre 2007 12:00

