À quand un vol commercial de l'A380 à Montréal?
Mots clés : Airbus A380, vols commerciaux, Air France, Montréal

Photo: Jacques Nadeau
Air France doit être la première compagnie européenne à exploiter le plus gros avion de ligne du monde. Elle ne recevra pas les premiers des 12 appareils qu'elle a commandés avant le printemps 2009. Les autres arriveront au rythme de trois par année jusqu'en 2012.
Montréal a eu droit hier à une première visite du mastodonte pouvant transporter, selon les configurations choisies, entre 500 et 880 passagers. Qualifiée de «vol de présentation», cette visite, qui arrivait de Paris avec à son bord quelques centaines d'invités triés sur le volet, se voulait aussi une façon de tester les futures procédures d'embarquement et de débarquement de l'appareil dont les sièges sont répartis sur deux ponts superposés.
«Pour Aéroports de Montréal, cette visite est une occasion de démontrer que nos installations sont prêtes à accueillir l'A380. En fait, nous le sommes depuis 2005», a déclaré le p.-d.g. d'Aéroports de Montréal, James Cherry. Réalisés dans le cadre de projets d'expansion déjà prévus, les aménagements nécessités par l'A380 ont coûté 500 000 $ et comprenaient l'installation d'une passerelle capable d'atteindre le deuxième pont de l'appareil ainsi que l'élargissement de certaines voies de service. «Nous espérons que ces installations serviront dans un avenir prochain à des vols réguliers de l'A380, a réitéré James Cherry. Je suis certain que les passagers de Montréal-Trudeau ont hâte de voyager dans cet avion fantastique.»
Au plus fort de la saison estivale, Air France offre quatre vols quotidiens entre Montréal et Paris. Les affaires vont si bien que l'on envisage même d'en offrir un de plus à partir de l'été prochain. Tout ce monde pourrait probablement remplir un A380, a convenu Christian Herzog, mais il faut aussi tenir compte de l'intérêt pour la clientèle de pouvoir compter sur une plus grande fréquence de vols. Aussi, les seuls A380 qu'Air France compte pour le moment envoyer à Montréal ne serviront que d'avions-écoles à ses pilotes.
«Nous sommes sensibles aux investissements que l'aéroport de Montréal a fait pour accueillir l'A380, a assuré hier un autre représentant d'Air France, Patrick Alexandre, directeur général aux vols commerciaux internationaux. Je suis absolument convaincu que l'A380 sera là bientôt.»
Vilain petit canard
Attendu à Montréal par de nombreux amateurs d'avion, l'appareil qui arborait les couleurs de son fabricant a pris le temps de décrire un grand cercle dans le ciel de la métropole avant de se poser un peu après midi. Plusieurs dizaines d'employés de l'aéroport l'y attendaient sur le tarmac armés d'appareils photo. Qualifié par certains de «magnifique oiseau», l'avion de 560 tonnes a plutôt l'air d'un vilain petit canard avec sa carlingue immense mais trapue, capable de loger 40 % plus de passagers que le Boeing 747, et surmontée d'une queue de 24 mètres de haut tellement grosse qu'elle en est presque comique. Il n'est cependant pas complètement dépourvu de charme grâce notamment aux élégantes courbes que dessinent ses ailes de presque 80 mètres d'envergure.
«Il est très facile à piloter, plus facile même que la plupart des autres avions», a assuré le pilote d'Air France, Benoît Laurent, qui a posé hier son appareil comme une fleur. «L'interface homme-machine [des systèmes de navigation] est très abouti. La prise en main se fait naturellement.»
Son appareil devait se rendre ensuite à Orlando, en Floride, pour effectuer le même genre de test qu'à Montréal. Il reviendra dans la métropole montréalaise en fin de journée jeudi pour prendre à son bord environ 250 passagers et retourner à Paris. Avant son passage à Montréal, l'A380 s'était déjà rendu à Vancouver et Iqualuit, dans le Nunavut, lors de sa période de certification pour y subir notamment des tests par grands froids. Le seul appareil actuellement en exploitation commerciale vole aux couleurs de Singapore Airlines entre le pays du sud-est asiatique et l'Australie.
Conçu pour répondre aux besoins du futur, l'A380 a l'avantage de transporter d'un coup plus de passagers à une époque où toujours plus de gens veulent prendre l'avion, mais que les grands aéroports atteignent leur limite d'accueil de nouveaux appareils. Faisant un important usage des matériaux composites et pouvant compter sur des moteurs plus performants, le quadriréacteur consomme aussi moins de carburant par passager que n'importe quel autre long-courrier tout en étant de deux à quatre fois moins bruyant qu'un 747. Ces innovations technologiques lui permettent également d'accorder plus d'espace et plus confort à ses passagers.
Made in Québec
Fruit du travail de plusieurs entreprises, le projet de l'A380 a compté sur quelques partenaires basés dans la région Montréal. Parmi eux se trouve Pratt & Whitney Canada qui s'est chargée du groupe auxiliaire de puissance de l'appareil. La compagnie Messier-Dowty de Mirabel s'est occupée de son train d'atterrissage avant. CMC Électronique a conçu son système de communication par satellite. CAE fabriquera, quant à lui, les simulateurs dans lesquels s'entraîneront ses futurs pilotes.
Les problèmes techniques et logistiques par Airbus dans son projet d'A380 ont toutefois été nombreux au point de provoquer des délais de livraison de près de deux ans. Ces embûches ont amené la compagnie à mettre en branle de pénibles exercices de réorganisation et de rationalisation de ses activités. La maison-mère du constructeur aéronautique, EADS, rapportait vendredi avoir connu durant la première partie de 2007 le pire semestre financier de son histoire, et ce, largement à cause des problèmes de l'A380 et de sa version militaire, l'A400.
Le Salon aéronautique de Dubaï est venu mettre un peu de baume sur les plaies d'Airbus avec l'annonce, dimanche, d'une commande de la compagnie Emirates totalisant le montant record de 20 milliards, suivie hier d'une autre commande, plus «modeste» celle-là, de la compagnie DAE Capital s'élevant à 13,5 milliards (voir autre texte en page B 5). Ces dernières annonces portent le total d'A380 vendus jusqu'à présent à un peu plus de 190. On estime toutefois que la compagnie devra en vendre environ 420 exemplaires, à 320 millions pièce, juste pour couvrir ses frais.
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Comment ça, vilain petit canard ? - par Marie Lauzier
Le mardi 13 novembre 2007 14:00

