L'atome divise l'Europe

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AFP
Édition du mardi 13 novembre 2007

Mots clés : Anne Lauvergeon, Siemens, énergie nucléaire, Économie, Union européenne (UE), Italie (pays)

La tour de refroidissement d'une centrale nucléaire suisse. L'atome connaît un regain d'intérêt dans le monde entier, mais il divise toujours l'Europe, où l'Allemagne, la Suède et la Belgique prévoient de l'abandonner, à cause des déchets radioactifs qu'il engendre et du traumatisme de Tchernobyl, tandis que l'Italie y a renoncé depuis vingt ans.

Photo: Agence France-Presse

Rome -- Les entreprises énergétiques ont vanté hier, à l'ouverture de leur congrès à Rome, les mérites de l'énergie nucléaire, qui émet très peu de CO2, mais qui divise les pays européens. Le leader mondial du nucléaire Areva n'a même plus besoin de faire de la publicité pour ses réacteurs tellement les demandes affluent, a affirmé sa patronne Anne Lauvergeon devant les délégués du XXe congrès du Conseil mondial de l'énergie.

«Plaider la cause du nucléaire n'est plus un problème tant nous avons de négociations en cours. Nous n'avons plus à dire "s'il vous plaît"», a déclaré Mme Lauvergeon devant les entreprises du secteur.

L'atome connaît un regain d'intérêt dans le monde entier, États-Unis en tête, qui prévoient de construire, pour la première fois depuis 30 ans, de nouvelles centrales.

Mais il divise toujours l'Europe, où l'Allemagne, la Suède et la Belgique prévoient de l'abandonner, à cause des déchets radioactifs qu'il engendre et du traumatisme de Tchernobyl, tandis que l'Italie y a renoncé depuis vingt ans.

À cet égard, la France a menacé hier l'Allemagne de mettre fin au partenariat entre Areva et le groupe industriel allemand Siemens si Berlin abandonnait le nucléaire comme elle prévoit de le faire. «Un partenariat avec Siemens perd de son intérêt si l'Allemagne ferme son territoire au nucléaire», a déclaré la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, à un quotidien allemand.

«Notre partenariat» avec Siemens, qui détient 34 % de la filiale réacteurs d'Areva, «fonctionne très bien», a rétorqué Mme Lauvergeon en marge du congrès. L'Allemagne doit officiellement sortir du nucléaire d'ici 2020, mais cette intention fait débat dans le pays.

Développer cette énergie est «une nécessité», a souligné le patron de l'électricien italien Edison, contrôlé par EDF, Umberto Quadrino, alors que l'Italie a renoncé au nucléaire depuis 1987. Selon Gérard Mestrallet, p.-d.g. du groupe français d'énergie Suez, «certains en Italie regrettent un peu aujourd'hui» cette sortie de l'atome.

Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso n'a pas voulu prendre partie et a redit à Rome que cette décision relevait des pays.

Le nucléaire est désormais plus compétitif que les hydrocarbures, a rappelé le patron du premier groupe pétrolier mondial, ExxonMobil, Rex W. Tillerson.

En introduisant le coût des émissions de gaz à effet de serre, «la compétivité économique du nucléaire» par rapport au charbon, «apparaît nettement», selon l'Institut français des relations internationales.

Reste qu'installer des centrales est «un très long processus», a rappelé Mme Lauvergeon, qui a réclamé en Europe une «autorité de certification globale» pour éviter qu'Areva doive certifier ses installations dans chaque pays.

Cette énergie coûte aussi cher en cas de moindre retard dans les programmes. Areva a effectué au premier semestre plusieurs provisions qui ont affecté ses résultats, après des retards de son chantier de construction du premier EPR en Finlande.

Le plus difficile est de rendre cette énergie «socialement acceptable», répète souvent le p.-d.g. d'Électricité de France (EDF), Pierre Gadonneix, dont l'électricité est produite à 88 % à partir de l'atome.

Selon un communiqué des Verts au Parlement européen publié à Rome, Mme Lauvergeon «ment» quand elle dit que le nucléaire est compétitif alors que «les problèmes des déchets et de prolifération ne sont pas résolus».


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