Théâtre - Entre rhétorique et farce

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Hervé Guay
Édition du mardi 13 novembre 2007

Mots clés : La dernière nuit de Socrate, Théâtre, Culture, Québec (province), Montréal

Depuis toujours, la rhétorique fait partie de la langue qui se parle à la scène. Mais cette dimension est parfois mieux intégrée au style d'une pièce que d'autres. Certes, on ne s'étonne pas que La Dernière Nuit de Socrate de l'auteur bulgare Stefan Tsanev, à l'affiche de la salle Fred-Barry, nous entraîne sur ce terrain. Mais peut-être cette comédie le fait-elle trop au détriment de la complexité des personnages, d'autant qu'elle repose sur une action dramatique que je qualifierais de grotesque.

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La dernière nuit de Socrate
De Stefan Tsanev. Mise en scène: Peter Batakliev. À la salle Fred-Barry jusqu'au 24 novembre.
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Il faut dire que le débat d'idées auquel se livrent Socrate et son gardien peu de temps avant que le philosophe ne doive boire la ciguë laisse perplexe quant à la manière dont on doit l'interpréter. Le maître de Platon y déclare ainsi: «Je ne parle pas contre la démocratie, mais la mauvaise démocratie.» Or, comme la pièce date de l'époque communiste et qu'elle s'adresse au public montréalais d'aujourd'hui, le sens que prend une telle assertion n'est pas toujours d'une clarté cristalline. En outre, Tsanev soulève à demi-mot bien des questions dont la pertinence allait sans doute de soi il y a 20 ans en Europe de l'Est, mais qui tombent à plat loin de Sofia... si longtemps après.

La mise en scène conventionnelle de Peter Batakliev n'aide pas tellement, il est vrai, à dépoussiérer ces dialogues. Il les situe dans une prison qu'esquissent des barreaux de longueur variable. Sur des socles, il y a aussi des bustes des personnalités exécutées au fil des ans par le gardien avec qui s'entretient Socrate. Renvoyer au célèbre philosophe comme figure de la dissidence et placer son buste aux côtés de tous ceux qui ont été exécutés avant lui devait être saisissant aux yeux du public bulgare. Ici, toutefois, l'image frappe surtout par son côté «broche à foin ». Mais la chose pose problème seulement parce que ce choix artistique n'a pas été exploité jusqu'au bout, alors que, justement, La Dernière Nuit de Socrate navigue entre farce et réflexions «songées» sans que le liant prenne.

Peter Batakliev est plus habile comme acteur que comme metteur en scène. Il confère à son gardien -- de loin, le personnage le plus complexe de cette pièce -- une cruauté naïve et un désir de gloire instantané qui ne sont pas sans charme. De son côté, Jean-Pierre Scantamburlo propose un Socrate plus monolithique. Curieusement, si sa voix ne manque pas de puissance, on perd souvent le début ou la fin de ses répliques. Quant à Nicole-Sylvie Lagarde, elle déborde d'énergie dans le rôle stéréotypé de Xanthippe, la «méchante» épouse du philosophe.

La Dernière Nuit de Socrate montre combien il est difficile de transporter des discussions abordant des problèmes politiques précis d'un coin de la planète à l'autre. Et ce, même si l'on peut facilement s'entendre sur le fait que la démagogie est un péril qui menace tous les pays et toutes les époques. En outre, une comédie d'échanges de rôles et d'idées, semblable à celle qu'offre le Théâtre Décalage à la salle Fred-Barry, aurait gagné à reposer sur une esthétique théâtrale mieux maîtrisée. Il est aussi utile de ne pas sous-estimer les difficultés de décodage que pose une telle oeuvre même à un public cultivé.

Collaborateur du Devoir


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