La «grande marche» est compromise - Bhutto rompt avec Moucharraf et est assignée à résidence

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AFP , Reuters
Édition du mardi 13 novembre 2007

Mots clés : Pervez Moucharraf, Benazir Bhutto, démocratie, Manifestation et émeute, Pakistan (pays)

Benazir Bhutto a rencontré une partisane hier à Lahore.

Photo: Agence Reuters

Lahore -- L'ex-première ministre Benazir Bhutto a mis fin hier aux conjectures en annonçant qu'elle rompait définitivement ses négociations avec le président Pervez Moucharraf pour un partage du pouvoir au Pakistan, et a été une nouvelle fois assignée à résidence pour l'empêcher d'organiser une manifestation aujourd'hui.

Auparavant, elle avait appelé les Pakistanais de tous bords à rejoindre son cortège pour la démocratie, prévu à partir d'aujourd'hui entre Lahore et Islamabad.

Peu après minuit, la police a pénétré dans la maison où elle se trouvait à Lahore pour lui remettre un mandat d'assignation de sept jours, a indiqué un responsable de la police, Aftab Cheema. Elle ne l'a pas réceptionné, mais elle est de facto assignée à résidence, la police encerclant la maison.

«Il n'y aura plus de pourparlers [avec M. Moucharraf], j'ai changé de politique», avait-elle déclaré dans la journée. Et Mme Bhutto a brandi la menace d'un boycottage des législatives par son parti, le plus important de l'opposition.

Mais, la veille, le chef de l'État l'avait devancée. «On verra bien le résultat après les élections», avait-il déclaré, en critiquant vertement Mme Bhutto.

Elle était rentrée le 18 octobre au Pakistan après huit ans d'exil volontaire pour échapper à des accusations de corruption quand elle était au pouvoir (1988-1990 et 1993-1996), et négociait depuis des mois avec le général Moucharraf, qui l'a amnistiée, un accord de partage du pouvoir dans la perspective des législatives prévues début 2008.

Mais, cinq jours après l'instauration de l'état d'urgence le 3 novembre, elle a opéré un revirement en appelant à manifester contre ce régime d'exception. «Nous ne pouvons pas travailler avec quelqu'un qui a suspendu la Constitution, imposé l'état d'urgence et qui opprime le pouvoir judiciaire», a-t-elle déclaré hier.

Le gouvernement empêchera donc sa «longue marche», en vertu de l'interdiction de tout rassemblement par l'état d'urgence et pour la sécurité de Mme Bhutto et ses partisans, selon lui.

«Il y a une menace d'attentat-suicide imminente et des plus graves, spécifiquement dirigée contre elle», a indiqué le chef de la police de Lahore, Malik Mohammad Iqbal. Une menace similaire avait été invoquée vendredi pour assigner Mme Bhutto à résidence toute la journée à Islamabad tandis que la police avait interdit un meeting de son parti.

Elle avait été la cible, le 18 octobre, de l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du Pakistan, qui a tué 139 personnes, pour l'essentiel des partisans défilant autour de son camion blindé.

Dimanche, sous la pression de la rue et de Washington, son principal bailleur de fonds, M. Moucharraf avait annoncé qu'il maintenait le calendrier électoral en promettant les législatives avant le 9 janvier. Il avait aussi annoncé le maintien de l'état d'urgence pour assurer, a-t-il dit, un environnement propice au scrutin au moment où les islamistes proches d'al-Qaïda multiplient les attentats meurtriers dans le pays et gagnent du terrain dans le nord-ouest. Mme Bhutto avait aussitôt estimé inconcevable d'organiser les élections sous l'état d'urgence.

Plus de 3000 opposants, dont une grande majorité d'avocats, magistrats et défenseurs des droits de la personne, ont été emprisonnés ou assignés à résidence depuis le 3 novembre.

Le Commonwealth a annoncé hier soir qu'il suspendrait le Pakistan lors de sa prochaine réunion le 22 novembre si le président Pervez Moucharraf n'a pas d'ici là levé l'état d'urgence et les diverses restrictions aux libertés civiques. Cette menace a été formulée par le secrétaire général de l'organisation, Don McKinnon, lors d'une conférence de presse à l'issue d'une réunion extraordinaire du groupe ministériel d'action du Commonwealth.


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