Dossier Afghanistan - Chypre, escale obligatoire pour la santé mentale

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Alec Castonguay
Édition du lundi 12 novembre 2007

Mots clés : sensibilisation, militaires, détresse psychologique, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Lorsque les soldats canadiens sont de retour d'Afghanistan, ils ne rentrent pas au pays directement: ils doivent faire un détour par Chypre, où des vacances bien spéciales leur sont offertes dans le cadre d'un programme de «décompression» mettant l'accent sur les conséquences psychologiques de leur mission. Ci-dessus, des militaires canadiens soulignant le jour du Souvenir à la base Wilson, près de Kandahar, hier.

Photo: Agence Reuters

L'armée canadienne n'en a jamais fait un mystère: la mission à Kandahar est éprouvante, autant sur le plan militaire que sur celui de la santé mentale des soldats. Pour faciliter leur retour et aider les 17,1 % des soldats qui souffrent de détresse psychologique à la suite de leur mission en Afghanistan, les Forces canadiennes ont créé un concept unique sur l'île de Chypre. Suite et fin de notre dossier amorcé samedi.

Ottawa -- Les 2300 soldats québécois qui reviendront d'Afghanistan par vagues à partir de janvier ne passeront pas directement du front à leur maison. Avant d'atterrir dans la province, ils auront passé cinq jours sur l'île de Chypre, dans la Méditerranée. Un arrêt obligatoire qui vise à sensibiliser les militaires à un retour qui pourrait s'avérer difficile, notamment sur le plan psychologique.

Cette escale se nomme Décompression dans un tiers lieu. S'inspirant de concepts britanniques et danois similaires, les Forces canadiennes ont expérimenté la décompression pour la première fois en 2002, lors du retour à la maison des 750 hommes qui combattaient les talibans à Kandahar, sous les ordres des Américains et de leur opération Enduring Freedom. Les soldats avaient alors séjourné sur l'île de Guam, au milieu du Pacifique.

Fin 2005, lorsque les militaires canadiens retournent dans le sud de l'Afghanistan, cette fois sous l'autorité de l'OTAN, le haut commandement décide de remettre un arrêt de décompression sur l'itinéraire des soldats. Chypre, un endroit de villégiature qui offre des installations modernes, fait rapidement l'unanimité.

«Dans le passé, beaucoup de soldats se sont plaints d'avoir un retour à la maison pénible après des missions difficiles comme la Bosnie ou le Rwanda et voulaient plus d'aide», explique le major Michel Ouellet, qui a été commandant de la décompression à Chypre entre juillet et septembre dernier. «Quand la mission en Afghanistan est arrivée, on a décidé de tenter une nouvelle expérience pour faciliter le retour à la vie normale.»

Le Canada a toutefois mis sur pied son propre projet, devenu unique au sein de l'OTAN. L'accent mis sur les conséquences psychologiques de la mission est en effet beaucoup plus important qu'ailleurs. «La réalité est que les militaires vivent un important stress lors du déploiement pendant six à neuf mois. Ça change le soldat autant que la famille qui attend à la maison. Ce n'est pas vrai qu'au retour tout va être exactement comme avant le départ. Il faut s'adapter aux changements, et la décompression est le parfait endroit pour commencer», explique le Dr Bryan Garber, responsable du projet au sein de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes.

Sensibilisation et relaxation

Le séjour à Chypre mélange deux objectifs: relaxation et sensibilisation. D'abord, il faut que les soldats comprennent qu'ils ne sont plus dans un environnement militaire et que le retour approche. Ils sont donc hébergés dans des hôtels classés trois ou quatre étoiles, doivent s'habiller en civil et ont beaucoup de temps libre pour aller à la plage, faire des sorties, manger au restaurant, faire du sport, etc.

Les militaires peuvent ainsi prendre une douche de plus de cinq minutes, dormir seulement à deux dans une chambre et se promener sans leur arme, des choses impossibles en Afghanistan. Le séjour à Chypre coûte environ deux millions de dollars pour une rotation de 2500 militaires.

Ce retour progressif à la normale vise aussi à préparer les soldats à leurs deux séances de sensibilisation aux problèmes de santé mentale. «Les gars sont entraînés pour ne pas tenir compte des signaux de faiblesse, que ce soit les pieds qui font mal ou les conséquences psychologiques d'un attentat, explique le Dr Mark Zamorski, chef de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes. C'est vital sur le terrain d'oublier les faiblesses pour continuer à travailler. Mais une fois que les soldats reviennent, il faut briser cette habitude de refouler les problèmes. La décompression est une bonne occasion de leur faire comprendre que c'est terminé.»

Sur les 40 personnes qui assurent le bon déroulement du séjour, une douzaine sont des spécialistes de la santé mentale: psychiatres, psychologues, infirmières, travailleurs sociaux, etc. Ce sont eux qui animent les deux séances de sensibilisation obligatoires, dont l'une contient une vidéo de 35 minutes intitulée Battle Mind (www.battlemind.org). Ce document a été préparé par l'armée américaine pour les militaires qui reviennent d'Irak ou d'Afghanistan.

On y aborde des problèmes que peuvent rencontrer les soldats une fois de retour à la maison. Par exemple, on peut voir un soldat qui conduit agressivement, comme c'est la norme pour éviter les embuscades à Kandahar. Un soldat cherche son arme lors d'un pique-nique en famille, alors qu'un autre panique lorsqu'il entend un bruit qui ressemble à une détonation. «Ça montre que c'est normal de vivre des problèmes d'adaptation», dit Bryan Garber. Une séance de discussion suit la présentation du vidéo.

Les militaires peuvent aussi consulter des spécialistes en privé et doivent remplir un questionnaire qui vise à évaluer leur condition psychologique. Depuis que ce programme de décompression est en place, les médecins de l'armée estiment que les soldats consultent davantage et plus rapidement une fois de retour au pays. «Si les gars ne s'arrêtent pas à Chypre, ils reviennent au pays et on perd l'occasion de les sensibiliser rapidement parce qu'ils sont trop distraits à la maison. Là-bas, on leur explique toutes les ressources disponibles», dit Mark Zamorski.


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@André Michaud - par Gilles Bousquet
Le lundi 12 novembre 2007 15:00

@M. André Michaud, Votre discours est naïf. - par Noureddine Charki (nour_charki@yahoo.com)
Le lundi 12 novembre 2007 15:00

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