«Montréal, métropole culturelle» - Le directeur du MOMA prend part au débat
Mots clés : Glenn D. Lowry, MOMA, «Montréal, métropole culturelle», Musée, Culture, Québec (province), Montréal
Leadership, leadership, leadership. S'il n'y avait qu'un mot à retenir pour faire en sorte que Montréal brille parmi les métropoles culturelles du monde, Glenn D. Lowry, l'influent directeur du Musée d'art moderne de New York (MOMA), choisirait celui-là.
«Pour devenir une métropole culturelle, il faut une réelle volonté de faire de la culture la priorité. Cela ne veut pas dire pour autant se désengager d'autres secteurs, comme l'éducation ou la santé. Mais il faut tenir compte du fait que la meilleure façon d'attirer de bons médecins dans une ville, c'est d'avoir des infrastructures culturelles intéressantes à offrir», défend Lowry, considéré comme l'un des hommes les plus influents du monde dans le milieu de l'art à l'heure actuelle.
Le directeur du MOMA était de passage à Montréal vendredi dans le cadre d'une tournée nord-américaine destinée à faire connaître la programmation à venir de son musée.
Évidemment, Montréal n'est pas New York. Et les recettes new-yorkaises ne peuvent être plaquées ici, affirme Lowry, qui connaît très bien la réalité canadienne. Le directeur du MOMA a dirigé de 1990 à 1995 la très publique Art Gallery of Ontario (AGO) avant d'être pressenti à l'âge de 41 ans par nul autre que Laurance Rockefeller, l'influent financier américain et bienfaiteur de la première heure du MOMA, pour entamer l'importante modernisation du fameux musée d'art moderne de la 53e avenue. Pourvu d'un budget annuel atteignant 150 millions, le MOMA ne touche pas un sou de l'État.
«Les leçons de New York ou de Toronto ne s'appliquent pas à Montréal. Mais, si tout le monde pousse dans la même direction, et qu'il y a un plan, on est sur la bonne voie. Le seul vrai ingrédient, c'est le leadership qui doit venir de la communauté locale», estime-t-il.
Glenn Lowry, qui parle un français impeccable et dont le fils étudie à Concordia, connaît Montréal sur le bout de ses doigts. Il est marié à la fille de la très respectée journaliste Gretta Chambers, ex-chancelière de l'université McGill.
Un mariage d'intérêt
Dans la Grosse Pomme, explique-t-il, le mariage entre affaires et culture coule de source. Siéger au sein du conseil d'administration d'un grand musée est même considéré comme le summum d'une carrière pour un homme d'affaires, insiste M. Lowry. Ici, c'est une tout autre affaire. Seulement 13 % des sommes versées par le milieu des affaires en commandites vont au soutien aux arts, contrairement à 26 % dans le reste du Canada.
À New York, on n'a en effet pas lésiné sur les moyens pour assurer la résurrection du MOMA en 2004. Près de 900 millions, dont 825 provenant de sources privées, ont été investis par la communauté -- seulement 65 millions par la ville de New York et 10 millions par l'État de New York -- pour rénover le bâtiment, agrandir la collection et doubler la superficie du MOMA.
Pour mener à bien cette immense opération logistique et financière, le MOMA, fondé en 1929 par la famille Rockefeller, ne rogne pas non plus sur le salaire versé à son directeur, qui touche 1,28 million par année. Pour s'assurer de garder Lowry aux commandes du MOMA, un fonds spécial a même été créé entre 1995 et 2004 par Rockefeller pour arrondir son salaire, notamment pour lui payer un appartement et lui verser des primes qui ont totalisé 5 millions en huit ans.
Bref, on a accordé au directeur du MOMA un traitement équivalent à celui que reçoit n'importe quel p.-d.g. d'une grande entreprise new-yorkaise. La même pratique prévaut d'ailleurs dans d'autres musées, mêmes ceux en partie financés par l'État, dont le célèbre Metropolitan Museum of Art, et il ne se trouve personne à New York pour s'en offusquer.
Coup de barre du milieu,
coup de pouce de l'État
Au moment où la Chambre de commerce du Montréal métropolitain invite ses membres à s'engager pour l'avenir culturel de Montréal, Glenn Lowry croit que le milieu ne doit pas compter que sur les pouvoirs publics pour insuffler un renouveau culturel à Montréal.
«Les grandes villes ne sont pas bâties par les gouvernements. Au bout du compte, ce sont des individus qui font la différence. Ce sont les gens qui créent les villes. Ce que les gouvernements peuvent faire, par contre, c'est créer des conditions favorablesÝ, explique-t-il.
Glenn D. Lowry donne l'exemple de la renaissance culturelle de Londres, facilitée par les investissements massifs faits par le gouvernement britannique et la Ville de Londres, notamment pour créer la Tate Modern. «Depuis, les galeries s'y sont multipliées, et c'est devenu le centre culturel et économique de l'Europe. Les gouvernements peuvent contribuer à donner l'élan», affirme ce gestionnaire.
Même portrait pour Barcelone. Le renouveau de la capitale catalane a été propulsé par le plan savamment élaboré pour les Jeux olympiques de 1992 et par la volonté politique du maire de l'époque, Pasqual Maragall, juge M. Lowry. Depuis, Barcelone brille au panthéon des nouvelles capitales culturelles d'Europe les plus visitées.
New York a connu le renouveau de son quartier des spectacles sous le règne Giuliani, Barcelone, celle de plusieurs quartiers centraux sous la coupe de Maraguall, Montréal devra-t-elle se trouver un Maragall pour accéder au club restreint des capitales culturelles?
Selon l'influent directeur, les milieux d'affaires ne doivent pas voir le soutien aux arts comme une dépense, mais bien comme un investissement. «La Ville de New York, qui hésitait à financer notre opération, a déjà recouvré la totalité de son investissement, simplement grâce aux revenus supplémentaires de taxes», explique l'ex-directeur de l'AGO. Les 65 millions investis par la Ville de New York, qui devaient être recouvrés en cinq ans, l'ont été en à peine trois ans.
La modernisation du MOMA, redessiné par l'architecte nippon Yoshio Taniguchi, a connu un succès inespéré. Le nombre de ses visiteurs, qui était de 1,7 million avant la rénovation, a bondi à 2,2 millions en 2006, dont 70 % sont des touristes étrangers. Cela se traduit non seulement par des revenus supplémentaires pour le musée, mais aussi pour les restaurants, les hôtels, le milieu culturel, la Ville de New York et la communauté en général.
«La clé n'est pas seulement l'argent, croit-il. La clé se trouve dans la volonté de la communauté de trouver l'argent nécessaire à la réalisation de ces priorités. Est-ce que les leaders croient que la culture est essentielle? Vous avez déjà plusieurs atouts à Montréal, plusieurs grandes universités, une longue histoire, un plan urbain intéressant. Il y a déjà en place plusieurs des ingrédients essentiels pour réussir.»
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