L'épargne chinoise finance l'endettement américain
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Photo: Agence Reuters
Ce paradoxe n'est que partiellement vrai. Les chiffres des investissements directs étrangers publiés par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) l'attestent: les pays industrialisés ont reçu 857 milliards $US de capitaux en 2006, mais ils en ont exporté plus encore (1022 milliards). Pour les pays en développement, la situation est inverse: ils ont reçu plus (379 milliards) qu'ils n'ont exporté (174 milliards).
«En fait, analyse Boris Cournède, économiste à la division des politiques économiques et monétaires de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le déficit de la balance courante du G7 est surtout un phénomène américain. Aux États-Unis, le déficit atteindra 842 milliards de dollars cette année. La nouveauté est qu'il est financé par le surplus commercial de la Chine et par celui des pays pétroliers, alors qu'autrefois, les rééquilibrages se faisaient entre pays développés.»
Ce que confirme Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, lorsqu'il passe en revue les grandes zones économiques: «L'Amérique latine et l'Union européenne à quinze sont grosso modo à l'équilibre. La première devrait être déficitaire pour financer son développement, mais le traumatisme de la crise de la dette a été si fort que les pays d'Amérique latine préfèrent ne plus avoir de dettes -- au risque de ralentir leur croissance -- plutôt que de revivre des plans de rigueur et le chômage qui en a résulté.»
M. Artus ajoute: «Les pays pétroliers enregistrent un excédent équivalent à 18 % de leur produit intérieur brut; la Chine, un excédent de 8 % à 9 %; l'Asie est à +4 %. L'Inde est en déficit de -3 %; l'Europe centrale et orientale, de -6 % et les États-Unis dépassent les -6 %.»
In fine, «nous arrivons à une situation étonnante», qui dure maintenant depuis plusieurs années, commente Xavier Musca, directeur du Trésor. Certains pays émergents, la Chine en tête, investissent massivement dans les bons du Trésor américain. En d'autres termes, la Chine finance une grande partie du déficit colossal de la première économie mondiale.
Pour le reste, elle investit désormais directement ses capitaux excédentaires dans le capital des sociétés occidentales. «D'où la création d'un fonds souverain chinois pour optimiser les placements du pays», indique Yves Zlotoswski, économiste à la Coface. Il a fait notamment parler de lui en prenant près de 10 % de Blackstone, l'un des principaux fonds d'investissement américain.
En 2007, l'excédent commercial de la République populaire devrait atteindre 220 milliards $US, alors que le déficit des États-Unis se creusera à 750 milliards.
Inquiétude
Le déséquilibre des relations financières entre les deux économies ne manque pas d'inquiéter. «Nous sommes en présence d'une anomalie des épargnes dans ces deux pays», explique M. Artus. «La Chine épargne trop, car ses ménages mettent de côté pour compenser l'absence de protection sociale, et ses entreprises, qui ne peuvent obtenir des prêts d'un système bancaire bloqué, aussi», ajoute le chef économiste de Natixis.
En revanche, aux États-Unis, les particuliers comme l'État fédéral sont habitués à vivre à crédit et n'épargnent pas assez. «Les Américains vivent très largement au-dessus de leurs moyens», insiste M. Plihon. Outre-Atlantique, l'afflux des devises en provenance de Chine ou du Golfe contribue à maintenir les taux d'intérêt à des niveaux très bas, ce qui n'encourage pas l'épargne.
Beaucoup d'économistes soulignent les effets pervers d'une croissance chinoise essentiellement tournée vers l'extérieur. Les pays du G7 estiment que l'économie tourne à plein régime grâce à la sous-évaluation du yuan, par rapport au dollar ou à l'euro.
Cette sous-évaluation «de l'ordre de 20 % à 30 %», calcule M. Plihon, favorise les exportations au détriment des importations. Mais seule une partie de la population récolte les fruits d'une croissance de plus de 11 % l'an. «Il y a les laissés-pour-compte. Entre les villes et les campagnes, les inégalités se creusent», indique M. Plihon.
En outre, cette politique monétaire génère de l'inflation qui est estimée à plus de 6 %. Et alimente des tensions sociales. Dans ce contexte, les ménages chinois investissent massivement dans l'immobilier ou en Bourse et contribuent à former des bulles spéculatives.
D'autre part, la multiplication des investissements chinois en Afrique est critiquée, car les pays industrialisés soupçonnent Pékin de tenter de s'approprier les matières premières du continent grâce à ses montagnes d'excédents.
Cette situation explique le rapport de force que les États-Unis cherchent à imposer à la Chine à laquelle ils ne cessent de réclamer une réévaluation du yuan, pensant que la faiblesse de la monnaie chinoise contribue à détruire des emplois chez eux.
Le G7 et le Fonds monétaire international ont joint leurs voix à celle de Washington pour demander au gouvernement chinois de réviser sa politique monétaire, le 19 octobre.
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