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À Gilles Laterrière
La paresse elle est là : croire aux solutions magiques proposées par une ministre incompétente et affolée par un journal. La maîtrise du français fait penser à celle d'un sport, pour reprendre une comparaison entendue à une ligne ouverte : elle demande un travail personnel constant et qui se poursuivra après les études, car on parlera et écrira toute sa vie, sinon elle se relâche, et l'on oublie d'accorder ses participes passés, de ponctuer correctement, de vérifier le sens des mots. Cette attitude, si elle ne s'apprend pas à la maison, devra être acquise à l'école. La paresse est de laisser s'empoussiérer le dictionnaire et la grammaire, de ne pas ouvrir de livres mais d'allumer la télé, d'écrire comme on fait des oeufs brouillés. La lecture est un excellent moyen de s'améliorer en effet, pour qui est curieux et en a le goût. Et en plus on peut apprendre des choses. Fantastique !
Mais au Québec, comme dans la maffia, on se méfie de ceux qui en savent trop et qui de sucroît parlent un français un peu plus correct que la moyenne, et l'observation de M. Courtemanche n'a rien de suranné : cette méfiance existe encore, et pas seulement dans la cour d'école. Dans celle des grands aussi. Comme dit un de mes anciens professeurs, celui qui ne maîtrise pas le langage sera maîtrisé par lui. Très souvent, si vous êtes de ceux qui maîtrisent la langue, on tentera, dans un réflexe niveleur, de vous castrer, de vous mettre en boîte. Pour la même raison, on se méfie des intellectuels. Si vous avez vu le film d'Arcand, vous vous rappellerez que le véritable crime d'Ovide Plouffe n'était pas d'avoir tué sa femme, mais d'être différent, d'être un intellectuel justement et c'est là-dessus qu'on le jugera.
