L'école en otage
Mots clés : dictée, Action démocratique du Québec, média, Gouvernement, Éducation, Québec (province)
Un vacancier de passage chez nous cette semaine aura eu la nette impression qu'ici, l'éducation est affaire d'État. Tous les jours, une seule et unique préoccupation, réfléchie dans les médias: le bien-être de nos enfants à l'école.
En matière de récupération, la palme revient bien sûr à l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui a ouvert le bal en proférant la plus farfelue des menaces: renverser le gouvernement avec un prétexte aussi peu fouillé que l'abolition pure et simple des commissions scolaires, sans solution de rechange.
Bien sûr, à sa manière somme toute efficace, Mario Dumont aura fort bien humé le sentiment populaire et tiré de sa besace un véritable problème: une démocratie scolaire stagnante, qu'il s'acharne toutefois misérablement à transformer en apocalypse. Hier encore, Gilles Taillon, adjoint au chef de l'opposition, s'indignait des surplus de 309 millions de dollars réalisés cette année par les commissions scolaires, ce qui correspond à 3 % de leur budget total. La marge d'excédent acceptable, a-t-il martelé, équivaut en administration publique à 0,5 %.
Faut-il lui rappeler que sous sa gouverne -- M. Taillon a dirigé la Fédération des commissions scolaires du Québec pendant deux ans, de 1996 à 1998 --, les commissions scolaires ont engrangé 174 millions, puis 139 millions, soit 2,6 % et 2,1 % du budget total des écoles, un résultat qui, dans certaines classes d'économie, serait facilement associé à une saine gestion?
Tout indique qu'elle fera patate, mais cette motion de l'ADQ brille de tous ses feux dans le répertoire des envolées politiques entièrement coupées de la réalité des élèves, ceux-là mêmes qu'on prétend pourtant vouloir «sauver».
Comme habiles manipulateurs de l'appareil politique, les syndicats n'ont de leçon à recevoir de personne, mais il faut reconnaître au président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, une lecture tout à fait juste lorsqu'il a dénoncé cette semaine la pénible livraison de l'école au populisme et à l'électoralisme. «Sortons l'école de ce spectacle de variétés!», a-t-il lancé, excédé.
Lorsque le premier ministre et la ministre de l'Éducation annoncent le retour de la dictée dans les classes alors qu'elle n'en est jamais disparue, c'est le porte-voix politique qui répercute son écho sans d'abord être allé sonder les écoles. Lorsque libéraux et péquistes s'accusent les uns les autres d'avoir inventé puis fait dérailler la réforme, seule la partisanerie les agite, sans égards à leur conduite respective de l'appareil gouvernemental.
Le bon peuple n'est pas totalement dupe des manigances qui se jouent sous ses yeux. Mais pendant que l'école sert de gargarisme politique, un million d'élèves attendent, penauds, les changements et les bonnes nouvelles.
machouinard@ledevoir.com
Vos réactions
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