La «gangrène hospitalière» sévit toujours - L'adoption de simples mesures d'hygiène garantirait au réseau hospitalier des économies de deux milliards par année

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Pierre Vallée
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007

Mots clés : Infections nosocomiales, Hôpital, santé, Québec (province)

Les infections nosocomiales sont la deuxième cause de mortalité dans le monde après le cancer

Pour contrer les infections nosocomiales, l'usage de mesures barrières, tel le port de gants, de blouses ou de masques, est aussi une autre mesure d'hygiène recommandée. «À l'hôpital Le Gardeur, en quatre ans, on a fait passer le nombre de patients infectés par le SARM de 109 à 7. On a aussi réduit les cas de C. difficile de 85 %», explique Jacques Besson, médecin à la retraite et président de l'Association pour la défense des victimes d'infections nosocomiales.

Photo: Jacques Grenier

Les infections nosocomiales ne datent pas d'hier. Avant la découverte des microbes par Pasteur, elles portaient le nom de fièvre ou gangrène hospitalière. L'arrivée des antibiotiques a fait croire qu'elles étaient vaincues. Mais c'était mal connaître la ténacité des germes, et aujourd'hui les infections nosocomiales sont revenues à la charge et présentent un nouveau défi pour le système de santé.

Qu'est-ce qu'une infection nosocomiale? «C'est une infection associée à la pratique des soins, explique Jacques Besson, médecin à la retraite et président de l'Association pour la défense des victimes d'infections nosocomiales (ADVIN). C'est une infection que l'on contracte à l'hôpital, et ce n'est jamais une complication de la maladie pour laquelle on se fait soigner.»

Par ailleurs, Jacques Besson aimerait élargir cette définition afin qu'elle reflète mieux la réalité actuelle du système de soins de santé. «Comme il s'agit d'une infection reliée à la pratique des soins, on devrait y inclure aussi les soins prodigués à l'extérieur de l'hôpital, comme à domicile, par exemple.» Ainsi, croit-il, l'on serait en mesure de mieux connaître l'étendue du problème.

Ampleur du problème

Selon Jacques Besson, les infections nosocomiales sont plus répandues qu'on veut bien l'admettre, et il est difficile de brosser un portrait juste de la situation au Québec, faute de données précises. Pour se faire une idée, il extrapole à partir des plus récents chiffres fournis par l'Institut canadien pour la sécurité des patients, qui estime qu'un patient hospitalisé sur neuf au Canada est victime d'une infection nosocomiale. «Si l'on traduit cela au Québec, cela donne un chiffre d'environ 90 000 patients. Et comme le taux de mortalité dans les pays occidentaux se situe autour de 5 %, l'on peut parler d'environ 4000 décès.»

Les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé démontrent l'ampleur du problème dans le monde, puisqu'elle estime qu'à chaque année, c'est 1,4 million de personnes qui sont ainsi infectées, ce qui entraîne près de 500 000 décès. «Les infections nosocomiales sont la deuxième cause de mortalité dans le monde après le cancer.»



Infections diverses

Les infections nosocomiales sont nombreuses et complexes. D'abord, l'infection nosocomiale peut être endogène, c'est-à-dire que le patient est porteur de la bactérie mais est asymptomatique. C'est lors d'un acte de soin, une chirurgie, par exemple, que le patient s'infecte. Ensuite, il y a l'infection exogène. Dans ce cas, le patient n'est pas porteur, mais il est colonisé par une bactérie avec laquelle il entre en contact à l'hôpital.

Il existe aussi plusieurs types d'infections nosocomiales. En tête de liste se trouvent les infections urinaires, qui comptent pour environ 40 % des infections nosocomiales. Viennent ensuite les infections du site ou de la plaie opératoire, soit environ 12 % des cas. À ces deux types d'infections, il faut ajouter les bactériémies, ou infections du sang, les pneumopathies, telle la pneumonie, et les infections du système digestif.

Les agents infectieux aussi sont multiples. Les plus connus sont certes le Clostridium difficile, ou C. difficile, et le SARM, ou staphylocoque doré résistant à la méthicilline. Mais ils ne sont pas les seuls responsables des infections nosocomiales. Les bactéries les plus fréquemment rencontrées sont le staphylocoque doré, l'Escherichia coli, le Pseudomonas æruginosa et l'entérocoque. De plus, dans certains cas, l'infection peut être causée par un virus ou une moisissure.

Certains actes médicaux sont plus propices à l'infection que d'autres. Par exemple, la plupart des infections urinaires surviennent en présence d'un cathéter urinaire. Les personnes sous ventilation assistée sont plus susceptibles de contracter une infection pulmonaire. Idem pour les personnes qui subissent une chirurgie.

Les conséquences des infections nosocomiales

La première conséquence des infections nosocomiales est l'impact qu'elles ont sur la santé des patients. Personne n'entre à l'hôpital pour y attraper une maladie et voir son état s'aggraver, encore moins pour en mourir. Mais les infections nosocomiales ont aussi une incidence sur les coûts de santé, puisqu'il faut évidemment traiter les patients. «Par exemple, au CHUM, la durée moyenne d'un séjour pour une chirurgie est de 7 jours. Par contre, s'il y a une infection du site opératoire, la durée de séjour passe à 30 jours.»

Le coût de traitement des infections nosocomiales, selon Jacques Besson, se trouve dans la fourchette de 12 000 à 35 000 dollars par patient, selon le type d'infections. «Si l'on fait une moyenne de 25 000 dollars par patient infecté et que l'on estime qu'il y a environ 90 000 patients infectés au Québec par année, cela nous donne un coût annuel d'environ 2 milliards de dollars.»

De plus, puisque l'infection nosocomiale prolonge la durée de séjour à l'hôpital, le patient infecté occupe un lit qui pourrait servir à un autre. «Cela influence tout le fonctionnement de l'hôpital et déborde sur les urgences et les listes d'attente.»

Que faire?

Pourtant, plaide Jacques Besson, la solution est à portée de main. «Les infections nosocomiales sont évitables, il suffit de mettre en pratique certaines précautions et, surtout, de faire de leur élimination une véritable priorité.»

Une des pratiques les plus efficaces consiste à se laver les mains. «Le personnel médical, y compris les médecins, devraient se laver les mains avant et après avoir touché un patient. Mais cette règle de base n'est suivie que par 50 % du personnel, sauf s'il y a un programme en place. Pourtant, le principal vecteur des infections nosocomiales sont les mains du personnel soignant.» L'usage de mesures barrières, tel le port de gants, de blouses ou de masques, est aussi une autre mesure d'hygiène qu'il recommande.

«Les hôpitaux qui ont adopté des mesures d'hygiène plus sévères ont vu les résultats. Par exemple, à l'hôpital Le Gardeur, en quatre ans, on a fait passer le nombre de patients infectés par le SARM de 109 à 7. On a aussi réduit les cas de C. difficile de 85 %.»

L'augmentation des infections nosocomiales et le fait qu'elle peuvent être prévenues par la mise en place de politiques appropriées, dont les mesures d'hygiène, mais aussi la cueillette systématique de données pour assurer un véritable suivi et une source de renseignements et d'enseignements, lui font conclure que l'élimination des infections nosocomiales devrait être une priorité absolue pour tous les établissements de santé. «Nous devrions viser l'objectif de zéro infection. Même si les erreurs médicales existent, aucune n'est acceptable. L'absence d'infections nosocomiales est le meilleur signe que tout va bien dans l'hôpital.»

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Collaborateur du Devoir


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cesser de donner la main - par Yvon Bureau
Le lundi 12 novembre 2007 08:00

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