Prix Wilder-Penfield - Un rêve devenu réalité

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Claude Lafleur
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007

Mots clés : Dr Jacques Montplaisir, Prix Wilder-Penfield, Prix, Québec (province)

Le Dr Jacques Montplaisir est de ceux qui ont mis en lumière les processus complexes qui surviennent durant le sommeil, mais en plus son équipe a développé des traitements pour contrer certains troubles du sommeil.

Le Dr Jacques Montplaisir dirige l'une des plus importantes équipes au monde qui se consacrent à l'étude du sommeil. Son laboratoire, à l'hôpital Sacré-Coeur, rassemble une dizaine de chercheurs et vingt-cinq étudiants-chercheurs. Pourtant, lorsqu'il a commencé sa carrière, dans les années 1970, sa discipline ne comptait qu'une poignée de chercheurs. Sa persévérance est aujourd'hui reconnue par l'attribution du prix Wilder-Penfield.

«En 1975, on a tenu une réunion de gens intéressés par la médecine du sommeil à Chicago, se souvient Jacques Montplaisir. Nous n'étions qu'une dizaine. Aujourd'hui, lors d'un grand congrès sur le sujet, on peut être plus de six mille!»

Le Dr Montplaisir est un véritable pionnier. Non seulement est-il l'un de ceux qui ont mis en lumière les processus complexes qui surviennent durant le sommeil, mais en plus son équipe a développé des traitements pour contrer certains troubles du sommeil. «Le sommeil a longtemps été perçu comme un phénomène relativement passif, se rappelle-t-il. Or, la première chose qu'on voit, lorsqu'on commence à l'étudier, c'est qu'il s'agit au contraire d'un phénomène très actif durant lequel surviennent beaucoup de changements.»

Ce qui se passe durant la nuit

C'est dès son adolescence qu'est née cette passion pour le sommeil. «Ça m'a toujours fasciné d'observer et de m'interroger sur ce qui se passe durant la nuit, pourquoi on dort et à quoi ça sert, rapporte Jacques Montplaisir. Je me souviens que, me réveillant la nuit, je regardais avec fascination les gens dormir...»

Il éprouve dès lors une grande curiosité pour le fonctionnement du cerveau. Dans la bibliothèque du collège où il étudie, il tombe par hasard sur un traité sur le sommeil. «Il s'agissait d'un rapport scientifique qui n'aurait peut-être pas dû se trouver là, note-t-il. En le lisant, j'ai découvert que des gens abordaient la question d'une manière scientifique en plaçant des électrodes sur la tête de sujets pour voir comment ils dorment! Ça m'est resté dans l'esprit...»

À l'université, le jeune Montplaisir s'intéresse tout naturellement à la biologie humaine, en particulier aux sciences neurologiques. Il effectue donc des études de médecine afin, il le sait déjà, de pouvoir un jour scruter le fonctionnement du cerveau.

«Ce qui m'intéressait, c'était la physiologie de la conscience, en particulier du sommeil et des différents états de vigilance. C'était un domaine peu connu à l'époque, puisqu'on ne disposait que de peu de moyens d'investigation. De plus, comme médecin, je me suis intéressé aux problèmes associés au sommeil: pourquoi certaines personnes tombent-elles endormies durant la journée alors que d'autres n'arrivent pas à s'endormir le soir? Pourquoi y a-t-il des somnambules? Etc.»

Dans les faits, le chercheur a le privilège de participer à l'élaboration d'une nouvelle discipline médicale. Ses collègues et lui commencent par décrire les phénomènes normaux qui se passent durant la nuit. Puis ils établissent des critères de diagnostic pour définir les maladies du sommeil. Ils cherchent ensuite à comprendre les mécanismes et les causes de ces maladies avant, éventuellement, de tenter de développer des traitements. «Ça, ç'a été l'un des premiers grands plaisirs de ce travail pour le moins novateur, dit-il. Il n'y avait pratiquement rien d'établi...»

Vers des traitements contre le parkinson?

Les chercheurs ont ainsi cerné quatre grandes catégories de troubles du sommeil. Il y a d'abord les insomnies, qui affligent ceux et celles qui ont du mal à s'endormir ou qui se réveillent souvent la nuit. Il y a ensuite les troubles de l'hypersomnie, c'est-à-dire la somnolence durant la journée. Il y a les troubles de la parasomnie, soit des phénomènes anormaux qui surviennent durant la nuit, tels que le somnambulisme et le grincement des dents. Enfin, il y a les dérèglements biologiques du sommeil, qui affligent notamment les personnes qui doivent se coucher très tôt ou très tard pour espérer bénéficier d'une bonne période de sommeil. C'est le cas des gens âgés qui se couchent dès 20 heures et des adolescents qui ont du mal à se coucher avant deux heures le matin.

Le Dr Montplaisir a entre autres observé que certains insomniaques sont victimes du syndrome des impatiences musculaires, une maladie également appelée syndrome des jambes sans repos. «C'est l'une des causes fréquentes d'insomnie, dit-il, particulièrement au Québec.» Heureusement, son équipe a mis au point le traitement standard dont bénéficient des milliers de personnes à travers le monde. Il s'agit de leur administrer un médicament utilisé normalement pour traiter le parkinson.

Une autre maladie que le chercheur étudie en ce moment est le trouble comportemental en sommeil paradoxal. Il s'agit d'une maladie qui survient généralement chez les personnes âgées de 50 ans ou plus qui se mettent à parler, à crier ou à frapper durant leur sommeil. «Ces personnes ont souvent un comportement agressif qui survient généralement vers la fin de leur nuit», indique le Dr Montplaisir. Mais, surtout, ce qu'on a découvert, c'est que les deux tiers de ceux et celles qui en souffrent vont ultérieurement développer une maladie dégénérative, en particulier le parkinson.

«C'est une maladie qui nous intéresse tout particulièrement, puisqu'elle nous permet d'identifier une population à haut risque de développer la maladie de Parkinson, indique le médecin. On essaie ainsi de développer des traitements, dits de neuroprotection, qui empêcheraient ces personnes de devenir parkinsoniennes. Nous pensons avoir trouvé des traitements qui semblent avoir des propriétés de neuroprotection, mais il est encore trop tôt pour en être certain.»

Entre-temps, son équipe et lui, tout comme ses collègues d'un peu partout sur la planète, s'intéressent à des questions plus générales qui nous concernent tous. Ainsi, le Dr Montplaisir aimerait bien savoir ce qui se passe durant une bonne nuit de sommeil pour que, le matin venu, on se sente tout ragaillardi. «Quelles sont donc les fonctions réparatrices du sommeil?, demande-t-il. Et pourquoi ces fonctions se détériorent-elles avec l'âge?» Il s'intéresse également au rôle précis du sommeil dans les processus cognitifs, notamment en matière de mémorisation et de traitement de l'information.

Comme quoi, même après trois décennies de recherche, la curiosité du spécialiste est toujours aussi éveillée. «Il y a plein de choses qu'on ignore encore à propos du sommeil...», laisse-t-il filer avec toujours autant de passion.

***

Collaborateur du Devoir


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