Plume Latraverse au Club Soda - Heureux en grand

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Sylvain Cormier
Édition du vendredi 09 novembre 2007

Mots clés : Club Soda, Plume Latraverse, Musique, Spectacle, Montréal

Il était content, notre onc'Pluplu national, hier au Club Soda. Plus que content. Reconnaissant. Plus que jamais, il récoltait l'usufruit de son labeur. Toutes ces années passées à dompter des foules indomptables, qui lui criaient «Maison!» à longueur de show, étaient derrière lui. Enfin, à l'occasion de ce spectacle du Coup de coeur francophone, il relaxait. Enfin l'équilibre. Le bon dosage. La «gang de ciboires» et des spectateurs attentifs côte-à-côte. Probablement les mêmes, exultant ou s'attendrissant, selon les chansons.

C'était fascinant. Plume y allait d'une poignée de chansons tendres et magnifiques, Les Patineuses suivant Marie-Lou, avec le bon Concho Gravel au piano (et Daniel Labelle à la basse en deuxième partie), puis il remerciait les gens, et leur servait à la suite Le Tango des concaves et Tango pital, délires assumés et dûment célébrés. À d'autres époques, il aurait été piégé, et Bobépine réclamé jusqu'à l'irritation, puis l'affrontement. Hier, les tangos tangués, il a offert une nouveauté. Totale inconnue de son nouvel album Hors-saisons, à paraître le 20 novembre, douce-amère évocation de la jeunesse intitulée L'Âge où l'on... Illico, le Soda entier s'est remis en mode écoute. Chaque rime révélée et goûtée, chaque mesure mesurée: cette nouvelle chanson avait de l'importance pour lui, de toute évidence, et on lui faisait savoir par ce silence incroyablement sonore qu'elle importait pour nous aussi. «Quand celle-là est passée, je suis soulagé», a-t-il lâché.

Encouragé, il a remis ça avec une autre primeur, savoureuse Pas de quartier! écrite à la manière de La Bolduc, commentaire aussi féroce que férocement drôle sur les accommodements raisonnables. «L'hymne national de la commission Bouchard-Taylor!», s'est exclamé le cher grand échalas, enthousiaste. En récompense, il a enchaîné avec Hold-up, dans l'allégresse générale. Et puis, en parfait contrôle, Plume s'est autorisé une chanson sur la mort, splendide et terrible Cahin-caha (tarapâpu!) dédiée à son ami Caïn, «qui n'est pas là ce soir parce qu'il a fait faux bond à la vie». Trois minutes de temps suspendu et de souffle couplé, et puis c'était reparti pour l'hallali avec La Tarentelle tarentule et Chambre à louer (avec finale façon Félix «Philippe» Leclerc!), généreusement infusées d'allusions à l'actualité par un Plume extraordinaire rapide sur la gachette. Heureux en grand, performant en sacrament!

J'ai quitté bien trop tôt en deuxième partie, histoire de vous raconter ça à chaud. Plume venait de relancer la fête avec une paire d'imparables, La Bienséance et Calvaire, de quoi justifier une large ponction de nouveautés, qui se révélaient aussi truculentes que les fameuses précédentes, à commencer par La Vie en vers, vivifiant commentaire social: «Les terroristes sont partout / Jusque dans nos culottes /Pis comme nos culottes sont pleins d'trous / Leur turban leur grelotte...» C'était jouissif: le Plume tout neuf valait le Plume d'antan, dangereux d'acuité, verve renouvelée, et la salve de succès qui allait inévitablement suivre, du Roi d'la marchette à U.F.O., était pur supplément de plaisir: on avait déjà eu notre récompense. Plume content.

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Collaborateur du Devoir


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