Vitrine du disque
Mots clés : L'invitation, Haendel, My Foolish Heart, Musique, Montréal, Québec (province)
Jazz - My Foolish Heart Live at Montreux, Keith Jarrett Trio, ECM. Keith Jarrett est difficile. Un spectateur trop bruyant, une chaise qui craque et il grogne, se renfrogne. Mais parfois, apprend-on ici, ça le stimule. Ainsi de cette nuit de juillet 2001 à Montreux: le son était mauvais, la chaleur caniculaire, le public agité. Et pourtant -- ou peut-être exactement pour ces raisons --, Jarrett estime que son groupe a atteint ce soir-là un sommet. L'extase. La grâce. On acquiesce: il y a là la quintessence de cet art du trio que le pianiste développe depuis 25 ans avec Gary Peacock (contrebasse) et Jack DeJohnette (batterie). L'intérêt n'est pas dans la surprise: on sait à quoi s'attendre de la part de ce groupe parfaitement soudé. Alors, quoi? Eh bien, il s'est vraiment passé quelque chose à Montreux. Pour la première fois depuis longtemps, le trio a dû se battre pour aller chercher le public. Et cette bataille a été gagnée par l'énergie, l'implication totale, la virtuosité, les tempos relevés, quitte même à transformer des standards en ragtimes. D'où le ton festif de cet album double qui célèbre avec brio un quart de siècle de jazz lumineux. - Guillaume Bourgault-Côté
Water Music. Extraits de l'oratorio Salomon. Les Violons du Roy, Bernard Labadie. ATMA ACD2 2569.
Voici le grand disque classique québécois de l'automne 2007! Bernard Labadie, les Violons du Roy et ATMA ont choisi les suites de la très célèbre Water Music pour leur premier disque enregistré au Palais Montcalm de Québec. Cette parution s'effectue en CD plutôt qu'en SACD multicanal, mais cela n'a aucune incidence sur la fête musicale qui vous attend. On l'a déjà entendu, au disque comme au concert: Labadie et les Violons du Roy ont véritablement Haendel dans le sang. La respiration commune des musiciens et de leur chef leur permet d'approfondir et de raffiner la pulsation et le poids de chaque note. Écoutez l'andante de la Suite n° 1 ou les rigaudons de la Suite n° 3 pour comprendre non seulement le plaisir et l'ivresse mais aussi la logique et l'évidence de cette approche musicale. Là où d'autres articulent à l'excès les phrases de Haendel, là où d'autres font assaut de sonorités agressives, Labadie et ses musiciens bondissent, illuminent et charment. Cette absolue merveille ne craint même pas la riche concurrence européenne. - Christophe Huss
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Classique - RAMEAU
Airs d'opéras: Platée, Castor et Pollux, Naïs, Dardanus, Zoroastre, Zaïs, Les Festes de l'Hymen et de l'Amour, La Guirlande de fleurs. Jean-Paul Fouchécourt (haute-contre-ténor), Opera Lafayette, Ryan Brown. Naxos 8.557 993.
Les grands récitals vocaux (Kozena, Florez, Bartoli) ne manquent pas cet automne, mais, s'il vous plaît, gardez une place pour ce précieux disque Naxos. Tout d'abord, il documente la musique du grand Jean-Philippe Rameau. On cherchera, outre Haendel, qui, entre Monteverdi et Mozart, a écrit des airs d'opéras de la trempe de Lieux funestes (Dardanus), À mes tristes regards (Zoroastre) et À l'aspect de ce nuage (Platée). On ne peut donc que regretter la méconnaissance qui (surtout outre-Atlantique) entoure encore cette figure majeure de la musique. Jean-Paul Fouchécourt, véritable caméléon vocal, est un très grand interprète de Rameau. Il incarne notamment comme personne (à part Paul Agnew) la grenouille Platée, héroïne du plus drôle des opéras du compositeur français. Naxos a posé ses micros à temps pour capter Fouchécourt à son meilleur et lui a adjoint un surprenant ensemble américain, brillant, éloquent et très au fait du style français. Une heure de pur bonheur. - Christophe Huss
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Chanson - L'INVITATION
Étienne Daho, EMI - Fusion III
Ce neuvième Daho en studio, qui paraît simultanément en France et au Québec (bravo Fusion III), nous ramène le bel Étienne à fleur de peau, rouvrant quelques vieilles plaies, notamment celle du père absent (dans la bouleversante Boulevard des Capucines), ou la trouble enfance à Oran (dans Cap Falcon). Le ton est confessionnel, jusque dans la manière d'enregistrer: Daho a fait ses voix seul, sur la pulsation d'une batterie, avant le reste de l'instrumentation (dont les guitares très Velvet Underground d'Édith Fambuena). Séparation que le mixage accentue: la voix est très en avant, très nue. Erreur de jugement, à mon sens: du Daho ne se déguste pas ainsi. Le plaisir qu'on prend à Étienne Daho est d'abord celui que procure son timbre chaud et doux, fait pour être fondu à la musique, à la manière anglo-saxonne, comme au temps de Paris ailleurs (1991). Du Daho, ce n'est pas fait pour être compris mais senti. Voulant s'exprimer clairement, désir légitime, il s'est extirpé de la musique. Et le charme est rompu. Erreur sur le médium: le gars aurait dû écrire un livre. - Sylvain Cormier
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Chanson - LE FACTEUR VENT
Martin Léon, La Tribu - Sélect
Cinq grosses années après l'attachant Kiki BBQ, une certaine logique du marché aurait voulu que le nouvel album de Martin Léon, fort attendu, frappe un grand coup. Repositionnement oblige. Mais non. Martin Léon n'a rien à cirer du marché, il compose des bandes sonores de film pour vivre, et cet album est comme le précédent: agréablement facultatif. C'est Martin Léon qui donne de ses nouvelles et des nouvelles du monde qui l'entoure. Plus observateur qu'acteur, il regarde les gens vivre, se regarde aller, commente. Avec une petite distance, parfois amusée mais pas toujours, ça dépend du sujet. Le tout sur un mode qui lui sied: la pop chansonnière assise sur les pattes de derrière. Ça se laisse écouter, l'instrumentation (due à Martin Léon presque seul, façon McCartney 1970) fourmille de petites trouvailles pas intempestives. Parfois, c'est cool et dansant comme dans Félicie; parfois, c'est cool et délicatement acoustique comme dans L'Exil ou Le Râteleur: seule constante, c'est tout le temps cool. C'est en lui, cette bonne fraîcheur. Martin Léon, le chanteur qui ventile. - Sylvain Cormier
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Monde - ROKKU MI ROKKA (Give and Take)
Youssou N'Dour, Nonesuch - Warner
Au plus célèbre artiste africain du siècle, on a souvent reproché, non sans raison, de se laisser tenter par les lois du formatage. Mais voilà que depuis Egypt, disque qu'il a fait paraître l'an dernier et qui pour lui était un à-côté, Youssou N'Dour a changé. Ici, il délaisse presque complètement le mbalax, genre qui lui a pourtant donné ses lettres de noblesse, au profit des musiques du nord du Sénégal, généralement associées à la culture pulaar. Si ce disque n'est pas complètement acoustique, on sent nettement la volonté de se rapprocher des racines et de donner plus de place aux instruments traditionnels. Et le grand ténor à l'organe haut perché se donne plus d'espace pour occuper les quatre octaves que son registre vocal lui permet. Le résultat est généralement lumineux, avec ses éclats de guitares bluesy presque à la malienne, ses atmosphères folk plus dénudées et ses climat aérés, même lorsque, à la fin, on retrouve le griot dans un nouveau duo avec Neneh Cherry, celle-là même avec qui il avait concocté la sirupeuse Seven Seconds. On a enfin droit à un des meilleurs disques d'un grand artiste. - Yves Bernard
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