Vos réactions
@ F. charron: précisions
Je m'addrese à vous, mais aussi à tout ceux qui ont un discours similaire.
Au cas ou vous ne le sauriez pas, Stéphane Venne est un auteur qui n'est ni un employé de PKP, ni un avocat de la CRIA. Il a vécu tous les changements de l'industrie de la musique depuis les années 50. Alors tentons de comprendre son point de vue.
Pour l'essentiel, je suis d'accord avec lui. Là où je suis en désaccord, c'est sur la notion de "copie légitime". Une copie personnelle, qu'elle soit faite à partir d'une copie distribuée en boutique ou d'une copie de la copie du beau-frère, reste une copie. Si on cherche l'oeuf ou la poule, la première copie sort du studio de mixage. Les copies vendues légalement ne sont rien d'autre que des copies de la première, distribuées sous contrat; si elles ne sont pas vendus, tans pis, c'est le principe de l'offre et de la demande et les distributeurs prennent en général 100% des risques.
Il existe un "contrat tacite" entre l'industrie de la musique et son public-cible: faire en sorte que le travail de ses artisans soit reconnu et payé. Les lois nationales et les traités internationaux sur le droit d'auteur encadrent les mécanismes qui font en sorte que ça se passe le mieux possible dans le respect de tous. Un des principaux moyens utilisé est la vente de disques. Si nous apprécions le travail des artistes, il est convenu de leur acheter des cds. Ce sera autre chose demain.
C'est la notion de "propriété intellectuelle" qui influe le plus sur la pratique du droit d'auteur. Une chanson appartient à son auteur jusqu'à l'expiration de son droit, même si c'est un succès diffusé partout, et même si les nouvelles technologies nous donnent des ailes. Faisons en sorte de voler dans la bonne direction.
Quand vous écrivez "de toute manière le génie est sorti du vase" vous faites de la pensée magique; la facilité des nouvelles technologies ne donne pas un permis de les utiliser à tord et à travers. De tout temps il a été possible de copier et de rediffuser des oeuvres. Le droit d'auteur existe pour encadrer cette pratique, entre-autre dans un contexte commercial. Dans notre monde de fric, on ne badine pas avec ça...
Nous n'avons pas le droit de redistribuer une chanson (ou toute oeuvre) qui ne nous appartient pas, fric ou pas, sans que ce droit ne nous soit accordé explicitement. Le fait d'avoir acheté une copie ne nous donne pas plus le droit de la redistribuer. La copie privée est une exception à la loi canadienne sur le droit d'auteur, qui nous accorde un privilège important: celui de copier soi-même une oeuvre mise à notre disposition, tant qu'on ne la redistribue pas. Même si ce privilège est difficile à policer, nous devons le respecter, au moins dans son esprit, parce qu'il est très précieux. La GRC abdique (parce qu'elle est trop occupée), mais il est fort possible de l'industrie du disque se donne les moyens d'engager les services d'agences de surveillance, comme c'est le cas aux États-Unis.
En pratique, c'est très facile de respecter la loi, mais l'Internet est le plus grand piège de l'Univers. Une règle de base: ne pas utiliser les réseaux P2P quand on ne sait pas ce qu'on fait. Le fonctionnement en est simple, mais peu de gens semblent le comprendre, et plusieurs jouent à l'imbécile; tout ce qui est téléchargé d'un réseau P2P vers son ordi est alors offert en téléchargement de son ordi vers d'autres, et c'est ce qui cause problème: nous ne pouvons pas nous substituer aux distributeurs qui ont un droit exclusif de distribuer, parce que c'est illégal. Pourquoi? Parce que c'est interdit. Pourquoi? Parce que!
Ceux qui veulent distribuer des contenus numériques, pour se donner un "p'tit feeling", devraient choisir leurs sources plus judicieusement. Il y a de plus en plus de contenus culturels plus ou moins libres que l'on peut échanger en respectant leurs auteurs. On peut même ré-éditer des enregistrements sans demander la permission aux auteurs, lorsque ces enregistrements accèdent au "domaine public" (c'est ce qu'a fait Edgard Fruitier récemment). D'autres offrent l'intégralité de leurs pistes de mixage, avant la fin de leur copyright, parce qu'ils croient aux nouvelles possibilités offertes par le numérique (voir http://bushofghosts.wmg.com/).
Si vous n'aimez pas PKP, ne consommez pas ses produits, ne les achetez pas, et surtout, de grâce, de les redistribuer pas, ça n'en vaut pas la peine; ce monsieur croit aux forces du marché, vous aussi, alors jouez le jeu jusqu'au bout. Les grands propriétaires peuvent tirer profit des activités de redistribution illégale, et ce de la manière la plus insidieuse; faire changer les lois en leur faveur. L'arme suprême reste la fameuse "convergence médiatique", et ils pourraient l'appliquer intégralement pour suivre votre bon conseil de "faire autrement".
Si vous voulez rendre service aux artistes que vous croyez floués, ne les provoquez pas en redistribuant leurs oeuvres qui sont soumises aux restrictions des contrats de distribution. Si vous croyez que nous devons changer notre rapport à la culture, ignorez-en les pires manifestations et encouragez les meilleures qui respectent les lois en vigueur. La loi canadienne sur le droit d'auteur est relativement bien conçue, et on peut l'utiliser pour qu'elle évolue dans le bon sens.
