Pakistan - Bhutto lance un ultimatum à Moucharraf

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AFP , Reuters
Édition du jeudi 08 novembre 2007

Mots clés : Moucharraf, Bhutto, Gouvernement, Pakistan (pays)

Même écroués, des avocats ont continué à manifester leur mécontentement.

Photo: Agence Reuters

Islamabad -- Benazir Bhutto a appelé hier les Pakistanais à manifester massivement pour exiger du président Pervez Moucharraf qu'il renonce à ses fonctions de chef des armées, organise des élections et rétablisse la Constitution, suspendue depuis l'instauration de l'état d'urgence samedi.

La chef de file de l'opposition, la plus à même de mobiliser la rue pakistanaise, a donné jusqu'à demain au général-président pour satisfaire ses conditions.

Peu après, et toujours sous une intense pression internationale, le premier ministre Shaukat Aziz a annoncé que la décision sur la date des élections législatives serait prise «avant le 14 novembre», la veille de la fin du mandat de l'actuel Parlement. «Nous voulons que la date des élections soit le moins éloignée possible du calendrier prévu», a de son côté affirmé le général Moucharraf.

Mme Bhutto, en visite à Islamabad et à l'issue de discussions avec les dirigeants de petits partis de l'opposition, a appelé «les Pakistanais à se manifester, c'est un combat pour l'État de droit».

«Si nos demandes ne sont pas satisfaites d'ici le 9 novembre, nous entamerons une longue marche partant de Lahore le 13 novembre et nous organiserons un sit-in à Islamabad, a-t-elle prévenu. La balle est dans le camp du gouvernement.»

Juste après cet appel, la police a fait usage de grenades lacrymogènes pour la première fois dans la capitale depuis l'instauration de l'état d'urgence il y a cinq jours, afin de disperser une manifestation de membres du Parti du peuple pakistanais (PPP) de Mme Bhutto.

Malgré l'interdiction désormais de tout rassemblement, l'ancienne chef du gouvernement a promis de maintenir un meeting prévu pour demain dans la banlieue d'Islamabad et a exhorté «toutes les forces politiques» à se joindre à elle dans une grande marche, le 13 novembre, entre Lahore, la grande ville de l'est du pays, et la capitale.

«Combien de personnes peuvent-ils mettre derrière les barreaux?», a lancé Mme Bhutto. «Nous serons si nombreux qu'ils n'auront pas assez de prisons», a-t-elle poursuivi dans une allusion aux quelque 1500 personnes interpellées depuis samedi ou assignées à résidence, essentiellement des avocats et des magistrats, ainsi que des dirigeants des grands partis de l'opposition.

Mais aucun de celui de Mme Bhutto, qui s'était jusqu'alors contentée d'appeler le général Moucharraf à renoncer à l'état d'urgence, sans demander aux membres du PPP de se joindre aux manifestations de rue des avocats et magistrats, sévèrement réprimées.

Mme Bhutto est revenue le 18 octobre de huit années d'exil volontaire après avoir obtenu de Pervez Moucharraf une amnistie pour des accusations de corruption lorsqu'elle était au pouvoir (1988-90 et 1993-96), condition qu'elle posait en vue d'un accord de partage du pouvoir. Selon les termes de cet accord, l'apport des voix de l'influent PPP au Parlement permettrait au général Moucharraf de rester président et Mme Bhutto retrouverait son poste de premier ministre.

La Maison-Blanche a toutefois répété hier que Washington comptait sur un retour aussi rapide que possible à la démocratie. «Ce n'est pas un processus illimité» et les responsables pakistanais «doivent revenir sur la voie de la démocratie rapidement maintenant», a déclaré le porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe.


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