Opinion

En éducation, on «avance en arrière»!

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Martin Lépine, Enseignant au primaire et rédacteur en chef de la revue Vivre le primaire

Édition du jeudi 08 novembre 2007

Mots clés : Michelle Courchesne, Éducation, Québec (province)

Depuis qu'elle occupe ses nouvelles fonctions, Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation, s'emploie à remettre en question les pratiques éducatives des professionnels de l'État. Loin de nous l'idée qu'il n'y aurait rien à améliorer dans ce monde perfectible de l'éducation d'un peuple. Cependant, les envolées de la ministre, par leur improvisation et leur abondance, minent la crédibilité et le moral des acteurs pédagogiques.

Par son manque de respect du contrat didactique, par son désir de simplification à outrance du bulletin et, parmi d'autres, par son souhait de recourir aux vertus de la dictée, la ministre témoigne de son manque de connaissances du milieu et de son empressement à vouloir marquer au fer rouge son passage au ministère de l'Éducation.

Le contrat dit «didactique»

Toute relation entre personnes engage une certaine forme de contrat: contrat implicite en amitié, contrat parfois plus explicite en amour (contrat de mariage) ou en affaires (contrat de travail). En éducation, les chercheurs soulignent l'importance du contrat didactique établi entre un enseignant et des élèves dans le but d'acquérir des savoirs. Ce contrat se doit d'être transparent pour favoriser l'engagement du plus grand nombre dans un climat de confiance. En modifiant des éléments du contrat didactique en cours d'année scolaire, comme c'est actuellement le cas avec les politiques d'évaluation du MELS, il y a rupture de contrat entre les enseignants et les élèves par rapport aux savoirs à acquérir par les uns et à évaluer par les autres.

Le bulletin scolaire: côté cotes, côté notes

En mettant en oeuvre son désir de simplification à tout crin, la ministre a exigé de ses fonctionnaires qu'ils rendent accessible à tous, parents, enfants et professionnels de l'éducation, le fameux bulletin scolaire. À titre d'exemple, en français, la compétence «Apprécier des oeuvres littéraires» (formulation à caractère pédagogique pour spécialistes) devient «Donner son opinion sur des textes» (formulation en termes usuels). Une nouvelle appellation qui, bien entendu, doit être évaluée à l'aide de pourcentages prétendument précis.

L'élève donnera ainsi son opinion sur des textes à 76 %. Il faut noter que la compétence «Apprécier des oeuvres littéraires» devait être reformulée en «termes usuels» pour être comprise de tous. Comment se fait-il alors que dans les classes d'arts, «tous» soient capables de comprendre ce que veulent dire «Apprécier des oeuvres d'art», «Apprécier des oeuvres dramatiques» et «Apprécier des oeuvres musicales»? La simplification, si simplification réelle était nécessaire, s'est arrêtée à la porte de la classe de français.

Les vertus de la dictée

Cette année, la fondation Paul Gérin-Lajoie fête les 30 ans de la dictée PGL. Ce simple exemple montre bien que, au moins, dans quelques fort nombreuses écoles du Québec, la dictée est pratiquée encore et toujours. Par ailleurs, les quelque 41 000 inscriptions à la dictée des Amériques, inscriptions provenant du Québec et d'ailleurs, sont une autre preuve de l'existence de la dictée tant chérie par la ministre.

Cependant, une simple recherche dans quelques écrits scientifiques (voir, notamment, le texte de Claude Simard publié en 1995 et intitulé «Examen d'une tradition scolaire: la dictée») montre bien l'intérêt mitigé des chercheurs et des praticiens d'expérience pour la dictée traditionnelle dans un contexte d'apprentissage.

Par ailleurs, en acceptant de commenter publiquement divers résultats obtenus en français par des élèves de la fin du secondaire (dans les quotidiens) ou du début du collégial (à l'émission Les Francs-Tireurs), la ministre porte son jugement sur des cas d'élèves n'ayant pas vécu la réforme scolaire entreprise au début des années 2000! Ce manque d'honnêteté intellectuelle, qui alerte la population, fausse la donne médiatique et, à tous égards, est mensonger [sic].

Pour véritablement améliorer les résultats en français des jeunes élèves, il faut que la ministre déploie ses énergies à faire de la littérature jeunesse d'abord et de la littérature générale ensuite le coeur de la démarche d'enseignement et d'apprentissage dans les classes de langue première. En ce sens, elle doit rediriger les budgets alloués aux manuels scolaires vers les véritables sources de plaisir et de découverte de la langue que sont les vrais livres. Pour y arriver, la ministre doit soutenir de toutes ses forces la formation continue des enseignants en littérature.

Les élections scolaires et les brasseurs de bière

Toutes ces belles histoires, notons-le, se déroulent dans un contexte où les élections scolaires du 4 novembre dernier ont été «célébrées» par moins de 8 % de la population en âge de voter et dans un contexte où les cas d'assurance invalidité pour épuisement professionnel chez le corps enseignant ont augmenté l'année dernière.

À vouloir faire trop vite, la ministre s'égare et frappe sur les mauvais joueurs. Elle devrait user de bon sens et appliquer dans sa pratique la formule publicitaire des brasseurs de bière Unibroue: «Boire moins, boire mieux»; et, ainsi, «faire moins, faire mieux», «parler moins, parler mieux», «commenter moins, commenter mieux», etc.

Espérons que les véritables acteurs du monde scolaire que sont les enseignants, ceux-là mêmes à qui, jour après jour, nous confions nos enfants, feront du présent un avenir, parce que cet avenir n'est pas nécessairement derrière nous.


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