Opinion

La ministre ne mérite pas la note de passage

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Daniel Leblanc, Directeur de deux écoles primaires

Édition du jeudi 08 novembre 2007

Mots clés : bulletin chiffré, ministre de l'Éducation, Éducation, Québec (province)

Ils étaient nombreux à applaudir à la suite de votre nomination à titre de ministre de l'Éducation. Vos premières apparitions publiques séduisaient. Votre énergie et votre détermination rassuraient. On attendait des positions claires et on pouvait croire qu'elles allaient enfin être au rendez-vous. La confusion associée au renouveau pédagogique ainsi qu'à l'évaluation des compétences allait être réglée comme par enchantement. Quelques déclarations de la fée Courchesne, et vlan! C'en serait fait. C'était beaucoup attendre d'une nouvelle recrue.

Les gens souhaitaient vous voir prendre une décision à propos du bulletin chiffré; vous l'avez fait. De prime abord, cette position pouvait sembler courageuse. Toutefois, force est d'admettre que les solutions simples apportées aux problèmes complexes ne tiennent pas la route. Lorsque les instances politiques s'immiscent dans de tels domaines, les décisions sont orientées avec un objectif précis: celui de résoudre la question non pas en tenant compte de tous les tenants et aboutissants mais davantage en voulant s'assurer un capital politique. Ce qui était évidemment le cas!

J'aurais apprécié votre présence aux rencontres d'enseignants et de direction auxquelles j'ai participé depuis que vous avez pris votre courageuse décision. Loufoque! Je n'entrerai pas dans les détails; de toute façon, ça ne vous intéresse pas. Ce n'est assurément pas rentable d'un point de vue politique. Il est vrai que l'évaluation des compétences et la production du bulletin dans le contexte du renouveau pédagogique ne constituaient pas un dossier limpide. Cependant, je tiens à vous informer que c'est beaucoup plus confus maintenant.

Le débat autour du bulletin est un faux débat. Il soulève des passions mais il ne change en rien le quotidien de la classe et n'a pas d'impact sur les apprentissages des élèves. Le bulletin n'est qu'un outil de communication permettant aux parents de s'informer du cheminement scolaire de leur enfant. Les premiers bulletins utilisant les cotes ont fait leur apparition au milieu des années 80 dans plusieurs écoles, ce n'est donc pas d'hier...

La fin ne justifie pas les moyens

Le souffle de droite ainsi que l'approche économique dominante permettent en partie d'expliquer la volonté de recourir aux notes. Le pourcentage obtenu par un enfant à une quelconque matière ne témoigne en rien de ce qu'il est profondément comme être humain, il exprime simplement le jugement d'un enseignant en ce qui a trait à l'assimilation de ladite matière, sans plus.

Dans un contexte de réussite obligée, cette «valeur» accordée à l'enfant apparaît trop souvent comme une fin en soi. La logique de marché où rentabilité et performance ont préséance ne peut pas s'appliquer au milieu scolaire. Bien sûr, la réussite du plus grand nombre doit demeurer la visée principale de notre système scolaire, mais celle-ci ne peut être quantifiée au même titre qu'une entreprise faisant état de ses bilans financiers en fin d'année. On ne doit jamais perdre de vue que l'apprentissage est un processus continu et complexe. Exprimer les résultats de l'élève par une note de 72 %, de 94 % ou, pire encore, de 23 % ne sera toujours qu'une simplification en regard du degré d'acquisition d'une compétence.

Je vous ai entendue mentionner plus d'une fois que la compétition est partout et que, à ce titre, l'école ne peut pas faire abstraction de cette réalité. Cette sacro-sainte compétition a aussi de nombreux effets pervers en ce qui a trait à l'exclusion sociale: nos décrocheurs en savent quelque chose! Je porte à votre attention ces propos d'un certain Albert Jacquard: «Une réussite solidaire vaut toujours plus qu'un exploit solitaire.»

Enfin, il est toujours étonnant de constater à quel point les sciences cognitives se font damer le pion par les croyances, la tradition et les déclarations de politiciens qui se permettent de prendre des positions d'experts lorsqu'il est question de la chose scolaire. Les intellectuels ont souvent mauvaise presse en matière d'éducation, c'est tout de même paradoxal.

À mes yeux, Mme la ministre, vous ne méritez pas la note de passage!


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