Opinion

Lettre à Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation - Une occasion historique!

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Gilles Richer, Lac-Brome

Édition du mardi 06 novembre 2007

Mots clés : enseignants, Syndicalisme, Michelle Courchesne, Québec (province), Éducation

J'ai suivi avec intérêt et attention l'entrevue que vous avez accordée dans le cadre de l'émission Les Francs-Tireurs. D'emblée, je vous dirai mon délicieux ébahissement à l'écoute de vos propos; j'avais l'impression de me retrouver entre amis, alors que le problème de l'instruction des jeunes apparaît si criant et que nombre de solutions intelligentes sont à notre portée et ne demandent qu'à être mises en oeuvre.

En ce sens et en passant, une suggestion: il serait bien de laisser les enseignants exercer leur profession. Et voilà que la ministre exprime en toute candeur à la fois sa vision de la mission qu'elle se donne et, combien cela est-il intéressant, la difficulté à amener les fonctionnaires de son ministère à modifier une culture malsaine, celle-ci sous le protectorat de l'accréditation syndicale.

Madame, comme vous étiez belle, drapée de votre humanisme; comme vous m'avez rassuré, moi le grand-papa de six petits -- eux qui subiraient les contrecoups de cette vision fabulante de la méthode pédagogique -- alors que vous exprimiez en termes clairs l'orientation générale à donner à cette mission. J'ai retenu de vos propos, parce qu'ils étaient clairement exprimés, qu'en définitive il s'agirait de trouver des outils innovateurs pour contrer le décrochage chez les jeunes, en stimulant leur intérêt pour l'acquisition de connaissances. Pour une des rares fois, on exprimait l'idée directrice derrière ce chambardement inouï.

Lourde tâche, noble tâche mais combien mal assimilée par ces fonctionnaires qui nous apparaissent comme autosuffisants et autosatisfaits, se refusant à toute remise en question, plus désireux de faire des expériences sur le dos des enfants. Évidemment, une question se pose: à quoi sert une structure si lourde si elle ne procède pas à chaque décennie à une «réforme»? À cet égard, j'ai fraîche à la mémoire cette initiative dont on paie encore le prix, celle de l'apprentissage de l'écriture «au son», trouvaille extraordinaire de ce groupe d'illuminés des années 70-80.

Malheureusement, vous m'avez vite ramené à une décevante réalité quand j'ai lu dans Le Devoir du 26 octobre que vous reveniez sur votre position. On vous aurait manipulée par le truchement du montage électronique de l'entrevue. Décevant, Madame. Vos propos étaient clairs. Plus encore, vous dites maintenant qu'il s'agirait «d'un incident de parcours» et qu'il faut «travailler à valoriser vos équipes» (de fonctionnaires), blessés qu'ils sont par votre... transparence à l'endroit des commettants que nous sommes!

La nette impression qui ressort et à laquelle je veux croire est qu'une pression politique est venue «du milieu», vous incitant à atténuer vos propos, afin de ne pas étaler au grand jour l'inertie de votre prédécesseur, issu de la même formation politique. Ce serait une erreur stratégique impardonnable! Je m'accroche à cette impression, malgré tout satisfait que vous ayez effectivement, lors de l'émission telle qu'elle a été présentée au public, livré l'essentiel de votre vision.

Madame, et sans dramatiser, il s'agit d'une occasion historique. La vigueur, la rigueur, le bagage intellectuel de nos enfants sont tributaires de votre vision, certes, mais également de votre courage à mener vos troupes à faire le bon combat.


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