Opinion

Libre opinion - La ministre de l'Éducation pose de bonnes questions

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Pierre St-Germain, Président de la Fédération autonome de l'enseignement

Édition du lundi 05 novembre 2007

Mots clés : réforme, Michelle Courchesne, Éducation, Québec (province)

Depuis son entrée en fonctions, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a effectué plus de gestes en sept mois pour corriger les lacunes de la réforme de l'éducation que tous ses prédécesseurs ensemble en sept ans. Loin de se laisser impressionner par les apôtres des dogmes du socioconstructivisme et de l'approche par compétences, la ministre de l'Éducation a eu le courage de s'attaquer à l'ésotérique bulletin et de rétablir le redoublement à toutes les années d'études.

Même si les géniteurs de cette réforme bancale, qui se cachent dans les officines du ministère, du Conseil supérieur de l'éducation et de certaines facultés universitaires, livrent à Mme Courchesne les mêmes menaces qui furent proférées contre Galilée quand il a osé remettre en question les préceptes divins, elle doit s'inspirer de ce grand scientifique et affirmer «pourtant, elle ne fonctionne pas cette réforme».

La ministre doit résister au chant des sirènes de ses sous-ministres. Elle doit aussi résister à certains chercheurs qui, bien que cette réforme et le renouveau pédagogique soient leur pain et leur beurre, n'ont jamais livré d'études prouvant l'efficacité du socioconstructivisme et de l'approche par compétences. Depuis l'implantation de la réforme, le personnel enseignant et les parents ont multiplié les cris d'alarme. Le constat fait consensus: le bagage de connaissances des élèves n'a jamais été aussi mince depuis que l'enseignement est axé sur le savoir-faire plutôt que les savoirs.

La ministre a reçu d'autres signaux évidents qui sont suffisamment inquiétants pour justifier de se poser des questions. La piètre qualité du français des élèves, les casse-têtes que vivent les écoles secondaires depuis trois ans pour le classement des élèves qu'ils accueillent au moment de la promotion en première secondaire. À eux seuls, ces signes justifient que les questions soient posées, que les études sur la validité et l'efficacité de cette réforme s'amorcent dès maintenant et qu'un moratoire soit imposé.

Celles et ceux qui sont en première ligne, les profs et les parents, ont des doutes raisonnables sur le fait que la situation se détériorera si rien n'est fait. On peut se réjouir du fait que le déficit de connaissances des élèves du Québec ne pourra plus être camouflé par des lettres et des énoncés vides comme «progresse au-delà, selon ou en deçà des attentes», ou encore derrière la promotion automatique depuis que l'échec et le redoublement ont été réhabilités, le niveau de connaissances des élèves ne progressera pas pour autant. Maintenant, il faut orienter l'enseignement et l'évaluation vers l'acquisition des connaissances.

Avant que la réforme ne fasse des dommages irréversibles, Madame la Ministre, faites ce qui doit être fait. Cessez le développement et l'implantation de cette réforme. La Terre ne s'arrêtera pas de tourner, le personnel enseignant pourra continuer d'enseigner et les élèves d'apprendre.

Madame la Ministre, continuez de vous poser des questions et exigez des réponses de celles et ceux dans votre ministère et dans les universités qui ont une foi inébranlable en cette réforme. Les enseignantes et enseignants veulent ces réponses, les parents aussi. Les apprentis sorciers de la réforme avaient le fardeau de la preuve, ils n'ont rien démontré. Les tristes constats des profs et des parents s'imposent: il faut cesser d'avancer à l'aveuglette dans ce chemin qui n'a fait que cacher l'échec tout en réduisant le niveau de connaissances de nos élèves.

Résistez aux pressions de ce concile! Maintenez vos doutes! Et continuez de dire «pourtant, elle ne ...»


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