Les métaphores de Clement Virgo
Mots clés : boxe, Poor Boy's Game, Clement Virgo, Culture, Cinéma, Canada (Pays)
Dans son Poor Boy's Game, tourné à Halifax, il aborde la boxe comme représentation de la lutte pour la vie et la lumière. Le film gagnera nos salles vendredi prochain.
Figurant parmi les cinéastes torontois majeurs, doté d'un style personnel et d'une audace, Clement Virgo avait causé en 2005 une petite commotion à travers son exploration frontale de la sexualité dans Lie with Me. Mais ses oeuvres précédentes -- Rude, aux intrigues entremêlées autour d'un disc-jockey underground, Love Come Down, avec sa fratrie interraciale -- imposaient déjà son style direct et novateur. Ses origines jamaïcaines lui confèrent ce regard de biais posé sur nos sociétés. Le voici de retour avec Poor Boy's Game, une oeuvre tournée à Halifax où la boxe, la rédemption et la revanche se répondent.Virgo affirme s'être inspiré des films d'Elia Kazan et de Nicolas Ray. Sur les quais et Un tramway nommé Désir lui ont appris à plonger sans peur en eaux troubles, traquant l'émotion brute. «À mes yeux, il y a un avant et un après Marlon Brando.»
Pour lui, la violence qu'il met en scène n'est pas une fin en soi, les conflits raciaux non plus. Juste une façon d'aborder les éternels conflits humains, à travers la notion de groupe qui forme un rempart contre la peur de l'autre.
Il a voulu que la ville d'Halifax soit très présente, mais sans plans panoramiques, captée de l'intérieur, presque à la manière documentaire, caméra à l'épaule collée à l'intimité des personnages.
«Poor Boy's Game aborde la revanche mais aussi le pardon, dit-il. Celui-ci est une délivrance pour l'offensé.» Clement Virgo ne renie pas son héritage chrétien, qui commandait de tendre la joue gauche après l'affront. «Je cherche à témoigner de la condition humaine dans sa quête de transcendance. Le héros est comme Paul sur le chemin de Damas, qui découvre une autre perception du monde.»
Dans son film, comme dans Million Dollar Baby de Clint Eastwood, la boxe constitue une métaphore de la vie. La relation entre Donnie Rose (Sutherland) et l'entraîneur noir (Danny Glover) est le noyau du film.
«Je viens d'un pays violent, la Jamaïque, ce qui m'a bien sûr influencé. Quand j'étais enfant au cours des années 60, beaucoup de Jamaïcains adhéraient à l'idéologie communiste. La CIA était partout. J'ai connu ces climats de suspicion, ces tensions.»
Clement Virgo a longtemps hésité avant de confier le rôle principal à Rossif Sutherland, un nouveau venu. Il n'avait pas une allure de boxeur mais captait la couleur de l'émotion. Celui-ci dut s'entraîner, perdre du poids. Danny Glover constituait son choix initial. «Il a aimé le scénario. Ça s'est fait facilement.»
Le cinéaste indépendant ne dédaignerait pas faire le saut du côté des productions américaines plus ambitieuses. Il a envie de porter à l'écran l'histoire du sprinter Ben Johnson, de réaliser un thriller aussi. «On a envie d'une large audience, après un moment... »
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