Du Coran à la Bible: mode d'emploi

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

André Lavoie
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 novembre 2007

Mots clés : Michou d'Auber, Bible, Coran, Cinéma, Culture, France (pays)

Dans Michou d'Auber, le petit Messaoud (Samy Seghir) est adopté par un couple sans enfants, dont le père est Georges (Gérard Depardieu). De ce portrait d'époque pas si éloignée de la nôtre émanent des effluves de nostalgie ainsi qu'une compassion infinie pour des personnages aux contours parfois détestables.

Le cinéaste français Thomas Gilou n'a peut-être qu'une vague idée des concepts qui alimentent nos débats publics, comme le multiculturalisme ou les accommodements raisonnables, mais son cinéma en constitue souvent un juste reflet. Dans Black Mic Mac ou La vérité si je mens, le brassage des cultures, africaines, juives et françaises, produit des étincelles comiques et fait jaillir des petites vérités parfois grinçantes.

***
Michou d'Auber
Réalisation: Thomas Gilou.
Scénario: Thomas Gilou, Messaoud Hattou, Jean Cosmos. Avec Gérard Depardieu, Nathalie Baye, Samy Seghir, Mathieu Amalric. Image: Robert Alazraki. Montage: Francine Sandberg. Musique: Alexandre Desplat. France, 2007, 124 min.
***

Le ton est nettement moins euphorique dans Michou d'Auber, une page d'enfance romancée -- certains diront idéalisée -- de Messaoud Hattou, un complice de Gilou, dont la jeunesse fut marquée par la fin de l'Algérie comme colonie française, mais vécue dans le confort relatif de la métropole. C'est l'histoire d'un choc, entre deux sensibilités religieuses (le catholicisme et l'islam) et deux réalités politiques (le colonialisme et l'indépendance), vu à travers les yeux d'un garçon qui, avant d'être musulman ou algérien d'origine, est d'abord parisien. Et pour plusieurs d'entre eux, la province, c'est l'exil.

Le petit Messaoud (Samy Seghir, attachant et candide) n'a pourtant pas le choix de la destination puisque son père a décidé que, pour son bien et celui de son frère aîné, il fallait les placer à l'Assistance publique. Ils seront recueillis par des gens du Berry, au centre de la France, bien loin de l'agitation de la capitale. Messaoud sera (temporairement) adopté par un couple sans enfants, Georges (Gérard Depardieu, jamais loin de son propre personnage) et Gisèle (Nathalie Baye, tout en délicatesse), lui un fervent admirateur du général de Gaulle et ancien combattant en Indochine, elle une épouse dévouée rêvant de maternité. Or, dans ce bled perdu où «on n'aime pas trop les Arabes», surtout Georges, et à l'heure des «événements» d'Algérie, Messaoud deviendra Michel, aura les cheveux teints et devra troquer le Coran pour la Bible: le changement ne se fera pas sans heurts ni gaffes amusantes. Mais la méprise orchestrée par Gisèle ne durera qu'un temps...

Les comparaisons que suscite Michou d'Auber avec le film le plus célèbre de Claude Berri, Le Vieil Homme et l'enfant, sont justifiées, tant sur le plan thématique (un vieux réactionnaire forcé de réviser ses positions au contact d'un gamin d'une autre religion) que sur celui des intentions, édifiantes et parfois larmoyantes. De ce portrait d'époque pas si éloignée de la nôtre émanent des effluves de nostalgie (les chansons de Bourvil y contribuent largement) ainsi qu'une compassion infinie pour des personnages aux contours parfois détestables. C'est ainsi que Thomas Gilou évoque à peine la misère dans laquelle patauge le frère aîné, ce qui n'était pas rare à l'époque dans ces familles adoptives, et pousse sur l'accélérateur pour transformer Georges en apôtre de l'amour universel entre les peuples...

Même si tout cela sent parfois la guimauve trop sucrée autour d'un bon feu de camp, Michou d'Auber célèbre la grandeur d'un pays aussi borné que généreux, aussi «multiculturel» que coincé dans la dualité béret-baguette. Thomas Gilou en montre aussi la conscience troublée à travers un instituteur lucide (interprété avec nuance par Mathieu Amalric) et secrètement amoureux de Gisèle, offrant ainsi une vision critique de la torpeur politique de cette époque alors que s'effondrait une France jadis conquérante et colonisatrice. Mais pour tous ceux qui veulent d'abord être servis en bons sentiments, Michou d'Auber est sur ce point d'une générosité débordante.

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Aucun commentaire ... soyez le premier !

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com