Après Hiroshima, la vie a continué...
Mots clés : Hiroshima, Paul Tibbets, Bombe nucléaire, États-Unis (pays), Japon (pays)
Paul Tibbets, l'homme qui a largué la bombe atomique sur Hiroshima, est mort hier à l'âge de 92 ans

Photo: Agence Reuters
«Si Dante s'était trouvé avec nous dans l'avion, il aurait été terrifié», a raconté Paul Tibbets des années plus tard. «La ville que nous avions vue si clairement dans la lumière du jour était maintenant recouverte d'une horrible salissure. Tout avait disparu sous cette effrayante couverture de fumée et de feu», avait-il ajouté.
Paul Tibbets n'avait que 30 ans lorsqu'il décolla aux commandes de son B-29 avec ses 11 membres d'équipage d'une base américaine dans les îles Mariannes. Le bombardier avait été baptisé Enola Gay, le prénom de la mère de Paul Tibbets.
Le premier test nucléaire s'était déroulé avec succès moins d'un mois plus tôt, le 16 juillet 1945, dans le désert du Nouveau-Mexique.
Dès lors, tout va aller vite. Le 24 juillet, le président Harry Truman approuve la décision de mener une campagne de bombardements atomiques contre le Japon jusqu'à sa capitulation.
Le 31 juillet, Truman donne l'ordre de bombarder Hiroshima «dès que le temps le permet».
En fait, la mission de Tibbets avait commencé bien plus tôt, dès septembre 1944. Le jeune pilote de bombardier, qui s'était illustré lors de multiples combats en Europe et en Afrique du Nord, est convoqué sur la base aérienne de Colorado Springs, où on le charge d'une mission hors du commun.
Tibbets choisit lui-même son équipage. Il a quinze B-29 à sa disposition, 40 pilotes. Peu avant le jour J, le 509e Composite Group est transféré sur l'île de Tinian, dans l'archipel des Mariannes, dans le Pacifique Sud.
Les scientifiques ont prévenu Paul Tibbets: l'avion devra voler à 31 000 pieds (9448 mètres) et la bombe explosera à quelque 600 mètres d'altitude. Quarante-trois secondes s'écouleront entre le moment où Little Boy (le surnom de la bombe) quittera les soutes de l'appareil et la déflagration. Si l'équipage veut survivre, il devra s'être éloigné de quelque 12,8 kilomètres au cours de cette poignée de secondes.
Les 12 hommes triés sur le volet qui grimpent à bord de l'Enola Gay à 2h45 le 6 août 1945 sont équipés d'un parachute, d'un pistolet et d'un gilet de protection. Au commandant de bord, le médecin de la base remet une petite boîte contenant 12 pilules de cyanure. Puis le chapelain fait une prière, on prend des photos. L'Enola Gay décolle.
Lorsque l'avion arrive au-dessus d'Hiroshima, le temps est dégagé et l'équipage voit distinctement la côte et les bateaux ancrés dans le port, puis le pont qui constitue l'objectif. Il est 8h15 à Hiroshima lorsque la bombe est larguée. Tibbets fait immédiatement basculer son avion dans un virage sur l'aile droite à 155 degrés. Seul Bob Caron, qui se tient à la place du mitrailleur de queue, est capable d'apercevoir la gigantesque boule de feu et de prendre des photos. L'avion est rattrapé par l'onde de choc, qui le secoue modérément. Puis tous voient le «champignon géant de couleur pourpre».
Paul Tibbets se retourne vers l'équipage: «Les gars, vous venez de larguer la première bombe atomique.» De retour au sol, c'est l'enthousiasme général. Tibbets reçoit la Distinguished Service Cross.
Reçu bien plus tard à la Maison-Blanche, Truman lui dira: «Ne perdez pas le sommeil parce que vous avez planifié et rempli cette mission. C'était ma décision. Vous n'aviez pas le choix.»
Promu général de brigade en 1959, Tibbets a quitté l'armée en 1966.

