Opinion
Le temps parental à l'horizon 2020
Mots clés : Famille, Québec (province), Trois-Rivières (région)
L'Université du Québec à Trois-Rivières accueille aujourd'hui un symposium de recherche sous le thème «La famille à l'horizon 2020», organisé conjointement par le Conseil de développement de la recherche sur la famille du Québec et le Conseil de la famille et de l'enfance. Nous publions le texte d'un des spécialistes qui y présentent les tendances susceptibles de dessiner la famille de demain.
En contrepartie, alors que le temps consacré aux loisirs et à la culture affichait une hausse constante pour la première fois depuis au moins un demi-siècle, celle-ci a été stoppée. Le saut dans le XXIe siècle semble avoir été fatal au temps libre et la «civilisation du loisir» semble s'être effondrée. À cet égard, au vu des données de l'enquête de 2005 de Statistique Canada, presque tous les indicateurs de temps libre sont à la baisse, tout particulièrement le temps consacré à la culture, au sport et à la lecture.
Incontestablement, ce sont les parents qui ont fait les frais de cette détérioration du travail et du temps libre. Qu'on en juge: les mères travaillent maintenant trois heures de plus par semaine qu'il y a dix ans, s'approchant désormais des 40 heures par semaine (temps de déplacement compris). Chez les pères, on travaille maintenant six heures de plus par semaine, soit environ 50 heures!
Alors que la durée des tâches domestiques avait tendance à diminuer légèrement -- progressivement chez les femmes, compensée en cela par une augmentation significative chez les hommes --, non seulement l'équilibre a été rompu, mais les femmes consacrent maintenant plus de temps aux tâches domestiques qu'il y a 20 ans alors que les hommes tendent à se délester de cette responsabilité. Les gains en temps libre des femmes ont été rayés d'un seul trait. C'est un retour d'une vingtaine d'années en arrière. Pour les pères, on peut parler d'un recul d'une trentaine d'années.
Le temps parental sous tension
Les constats qui précèdent ont également des conséquences sur le temps parental. Après une remontée chez les hommes, au point où une certaine convergence se dessinait entre pères et mères, on constate depuis peu un déclin très net du temps consacré aux enfants chez les parents (au Québec comme au Canada).
La chute est plus accentuée en ce qui concerne le temps d'interaction, très souvent des activités de loisir, qu'en ce qui a trait au temps de soins lié à l'éducation des enfants, par exemple. En d'autres termes, en raison des contraintes de leur travail ou de leurs autres tâches, les parents tendent à résister fortement à la diminution du temps qu'ils consacrent aux soins et à l'éducation des enfants, compressant au besoin d'autres activités communes, quitte parfois à recourir à des services spécialisés pour les activités culturelles ou sportives (cours de toutes sortes, camps de vacances, etc.). C'est donc un signe de la dégradation des moments sociaux: alors qu'encore récemment le temps parental des pères québécois s'approchait de celui des mères, au point où on pouvait anticiper une certaine parité pour l'avenir, la tendance s'est inversée depuis lors.
Dans un tel contexte, on ne sera pas surpris d'apprendre que le stress temporel est le plus élevé chez les mères sur le marché du travail ayant de jeunes enfants, suivies des pères ayant les mêmes caractéristiques. Les personnes qui manquent de temps sont les parents ayant de jeunes enfants.
Les tensions entre les temps sociaux ne peuvent pas être plus manifestes. Il y a d'abord une tension entre le temps de travail et le temps familial et, à ce jeu, le temps de travail constitue une donnée objective contribuant pour l'instant à la contraction observée du temps parental, principalement le temps d'interaction avec les enfants dans des activités communes. Autre «signe des temps», cette tension entre le temps familial et le temps personnel, entre la réalité des tâches domestiques et la recherche du temps pour soi, n'a pas cessé de croître, notamment chez les femmes.
Des scénarios possibles
Aux fins d'élaboration de scénarios d'avenir, je propose trois futurs possibles, basés sur les hypothèses suivantes:
- le scénario noir des parents débordés, marqué par l'accélération des tensions entre les temps, notamment par un temps de travail de plus en plus contraignant, qui impose une chute continue du temps libre et du temps parental;
- le scénario gris des parents réalistes, marqué par la résignation au statu quo, en vertu duquel la situation actuelle se stabilise, les parents acceptant de composer avec de lourdes tensions;
- le scénario optimiste des parents engagés, marqué par le refus des nouveaux rythmes imposés par le temps de travail et la volonté de préserver un temps parental ou familial plus substantiel.
Il va sans dire qu'on peut aussi envisager une infinité de scénarios intermédiaires, mais les trois scénarios retenus sont suffisamment explicites pour permettre de songer à toutes les nuances possibles.
Familles de demain
Que feront les parents actuels, les futurs jeunes parents et les futurs grands-parents devant ces hypothèses qui se dessinent? Nul doute que l'instauration d'éventuelles politiques du temps, par exemple en matière de conciliation famille-travail, peut avoir un impact sur la réalisation de l'un ou l'autre de ces scénarios. Par ailleurs, l'attitude des futures jeunes mères et des futurs jeunes pères peut s'avérer déterminante si, par exemple, on commence à observer des mouvements de résistance à des heures prolongées de travail, si une certaine révolte se dessine devant des horaires brisés ou devant la dégradation du temps de qualité passé avec les enfants.
On voit bien comment on peut imaginer la société québécoise de demain en la scrutant à travers les tensions entre les temps sociaux.

