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René Lévesque: un être exceptionnel et ambivalent.

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claude poulin
Envoyé Le jeudi 01 novembre 2007 17:00



Il faut en effet être prudent et ne pas chercher à faire dire à René Lévesque ce qu'il aurait pensé de nos débats de l'heure. C'était un être ambivalent, divisé sur la voie à suivre en politique pour assurer la liberté des individus et leur émancipation et faire progresser la société québécoise dans la voie de la démocratie. J'ai toujours cru qu'il était un réformiste cherchant à faire de l'Etat québécois un moyen de réaliser ces deux objectifs. Son grand mérite politique, c'est à mon avis d'avoir compris qu'il était l'un des seuls hommes en cette difficile période de notre histoire à pouvoir dominer, canaliser ces forces politiques et ces tensions diverses qui bousculaient notre édifice social. Il y a mis son talent de pédagogue et cet art de la parole qui a été l' instrument le plus précieux pour réaliser cette mission. Cette maîtrise de la langue qui font les grands hommes d'État il la possédait totalement. Il avait aussi un profond sens de l'humanisme social qui lui venait ans doute de son éducation, disons chrétienne. Enfin, il était doué d'un autre don personnel exceptionnel: le charisme. Ce qui lui donnait cette chose rare qui permet à certains personnages publics d'avoir le respect, la hauteur qui provoque à la fois la distance et l'affection du peuple. Et tout cela évidemment accompagné ses grandes faiblesses humaines que l'on sait. Cet autre aspect de cet ambivalence.

Sa carrière politique ressemble à bien des égards à celle de Louis Joseph Papineau. On lui reproche bien des erreurs dont celle du « beau risque ». Personnellement, je lui reproche de ne pas avoir eu l'oeil suffisamment ouvert pour suivre les transformations de notre système d'éducation. On sait qu'il se méfiait des idéologues. Or, l'histoire montrera que c'est sous son régime et celui de son parti que se sont implantées les doctrines sur l'école qui ont présidé aux réformes que l'on sait. La loi 101 était nécessaire, mais à condition que l'apprentissage de la langue française devienne une priorité et que la culture française soit au coeur de nos programmes. Or on sait que l'école sous la gouverne des idéologues nationalistes, en se québécisant, a traité la langue française comme une langue étrangère et la culture française comme une mauvaise influence. Ce repli sur le « nous, cultivant une vision de notre langue et notre culture de manière narcissique a pris des proportions démesurées et a entraîné des conséquences dramatiques. L'école québécoise en a été responsable. René Lévesque n'a pas su le voir. L'une des contradictions la plus flagrante, est qu'actuellement les enfants d'immigrants qui parlent français à cause de la loi 101 sont devenus bilingues et souvent capables d'en parler trois et plus. Alors que les francophones confortés par la loi et par ce pseudo sentiment de supériorité ont boudé l'enseignement de la langue seconde. Quant à la culture, évidemment René Lévesque était fier de nos écrivains et de nos chansonniers, mais que dirait-il de la dérive dans le burlesque et déclin de notre univers médiatique actuel? Soyons prudents! Peut-être ne verrait-il pas ces choses sous cet angle! Peut-être saurait -il les nommer autrement?

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