Respect, d'un océan à l'autre

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Norman Spector
Édition du jeudi 01 novembre 2007

Mots clés : tolérance, Dalton McGuinty, Mordecai Richler, Religion, Éthique, Québec (province), Canada (Pays)

Quand l'écrivain Mordecai Richler est mort, en 2001, la presse anglophone a passé sous silence ses écrits dénigrant le Canada alors qu'il vivait à New York et à Londres. Il faut dire que depuis son retour au pays, M. Richler avait délaissé le nationalisme et la culture du Canada anglais pour tourner son attention -- et sa plume vitriolique -- vers les Québécois. D'autant que la communauté juive, qui a l'habitude d'élever des autels à la gloire de ceux qui ont eu du succès parmi ses rangs, peu importe la manière dont ils l'ont obtenu, lui avait depuis longtemps pardonné ses écrits de jeunesse acerbes à son endroit.

Pour ma part, j'ai toujours pensé que M. Richler aurait dû avoir honte de faire le sale boulot d'une majorité de Canadiens contre une des minorités du pays, étant lui-même issu de la communauté juive minoritaire. Mais il est manifestement plus rentable de tourner les Québécois en ridicule quand vous voulez vendre des livres en anglais. Et il est encore plus facile pour l'auteur d'une nécrologie de reproduire les écrits de M. Richler sur les Québécois que de confronter les lecteurs canadiens à ce qu'il avait écrit au sujet de la pauvreté de leur culture et de leur vie intellectuelle.

J'évoque cette histoire parce qu'un phénomène semblable se produit aujourd'hui à la faveur des discussions sur les accommodements raisonnables. À lire uniquement la presse de langue anglaise, on pourrait penser qu'il n'y a qu'au Québec que la tolérance d'une société est défiée par l'immigration des 30 dernières années.

Mon Oxford English Dictionary définit la tolérance comme «une disposition à la patience ou à l'indulgence envers les avis ou les pratiques des autres; une absence de bigoterie ou de sévérité anormale à l'encontre de la conduite des autres; patience; catholicité de l'esprit». Franchement, ce n'est pas un mot que j'utilise couramment, car il renferme l'idée qu'une minorité est moins digne que la majorité, ce que je récuse. Je préfère utiliser le mot «respect», qui porte une connotation d'égalité. Mais dans le contexte actuel au Canada, je peux très bien m'accommoder du mot «tolérance».

En Ontario, un gouvernement libéral a récemment été réélu après que le premier ministre Dalton McGuinty eut profité d'une bourde de son adversaire conservateur. M. McGuinty a réussi à convaincre les électeurs que même si les subventions publiques en faveur des écoles catholiques sont «casher», l'extension de ce principe aux écoles d'autres confessions ne pourrait mener qu'à de la «ségrégation». Et si quelqu'un doutait encore de la minorité que M. McGuinty avait à l'esprit, précisons qu'il a fait explicitement référence aux attaques terroristes à Londres et à Madrid. Depuis, personne ne semble avoir pu démontrer, du moins efficacement, que le Canada et les États-Unis -- deux sociétés d'immigrés -- ont justement échappé au terrorisme en raison de la tolérance et des accommodements mutuels qui sont au coeur de leurs moeurs.

Récemment, un vent d'intolérance similaire a soufflé sur les Rocheuses. «Si vous immigrez dans ce pays et n'en aimez pas les règles [...], nous n'avons pas besoin de vous ici. Vous avez un autre endroit où aller, et c'est chez vous!», a déclaré Bruce Allen dans un éditorial diffusé sur les ondes de la station de radio CKNW, à Vancouver.

M. Allen est un homme averti; c'est le gérant des chanteurs Bryan Adams et Michael Bublé. Il devrait donc être en mesure de doser ses propos. Toutefois, le plus dérangeant reste certainement le silence de nos représentants élus, à l'exception de ceux issus des communautés culturelles. Et le manque de leadership de la part des premiers ministres Gordon Campbell et Stephen Harper sur ce point est encore plus inquiétant.

Pourquoi insister sur ces deux politiciens? Parce que M. Allen, quelques jours avant son éditorial, avait été nommé membre d'une équipe de planification des cérémonies des Jeux olympiques de 2010. Par leur silence, les premiers ministres de la Colombie-Britannique et du Canada disent donc implicitement que M. Allen, malgré ses opinions tranchées, peut être partie prenante d'un projet financé par les deniers publics et conçu pour faire rayonner l'image de notre province et de notre pays à travers le monde.

Aujourd'hui, M. Campbell se fait certes le partisan d'un nouveau rapport avec les autochtones. Cependant, comme la chef Kim Baird de la nation tsawwassen nous l'a rappelé lors de son discours à la législature, ce nouveau rapport exigera un esprit d'accommodement. Par contre, M. Campbell est peu disposé à sanctionner les trois députés de son caucus qui s'opposent au traité avec les Tsawwassens, en dépit des engagements électoraux de son parti.

Je comprends que beaucoup de Canadiens puissent préférer se concentrer sur ce qui est dit et écrit au Québec plutôt que d'avoir à affronter l'intolérance qui sévit chez eux. Et il est beaucoup plus facile de critiquer la loi proposée par un parti souverainiste que d'interroger l'intolérance autrement plus inquiétante au coeur des amendements proposés par le premier ministre Jean Charest. Mais nous sommes tous dans le même bateau. Il serait sage pour les nouveaux immigrants de se concentrer sur l'amélioration de leurs conditions de vie et d'éviter de faire des demandes excessives d'accommodements. Et pour ceux d'entre nous qui sont ici depuis plus longtemps, il serait préférable de ne plus être distraits par la façon dont nos voisins s'habillent ou par ce qu'ils mangent. L'important est de préserver l'égalité des chances et de porter toute notre attention sur les autres valeurs qui nous lient tous ensemble, au premier chef cet endroit béni sur Terre qu'est le Canada.

***

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca


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@Roland Berger - par Gilles Bousquet
Le jeudi 01 novembre 2007 11:00

Vive le Canada ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 01 novembre 2007 09:00

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Le jeudi 01 novembre 2007 08:00

Fin du tabou sur l' immigration et multiculturalisme au Royaume Uni. - par jean claude pomerleau
Le jeudi 01 novembre 2007 07:00

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