Vos réactions

De l'électoralisme sans vision

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gabriel RACLE
Envoyé Le mercredi 31 octobre 2007 07:00



Comme le souligne fort justement Manon Cornelierr dans son article, quelque chose « manquait cruellement à l'énoncé du ministre des Finances, Jim Flaherty, hier: une vision ou un projet mobilisateur que la richesse du fédéral permettrait d'envisager ». En effet, il y a bien d'autres choses que le gouvernement pourrait faire dans l'intérêt du Canada, dans l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens, et qui devraient primer en politique.

Mais, comme on ne peut que le répéter chaque fois que l'on découvre les manoeuvres du Premier ministre, l'intérêt premier est pour lui, lui-même et son parti. Il faut bien reconnaître qu'il est passé maître dans l'art de placer l'opposition libérale dans une situation quasiment intenable et de mettre son chef dans l'embarras, à chaque coin de rue, si l'om peut dire. Mais derrière ces annonces spectaculaires de reforme fiscale, d'abolition inutile d'un point de la TPS, on ne trouve rien pour donner au pays une vision d'avenir. Les citoyens du Canada « rêvent d'une société compatissante, solidaire, généreuse et soucieuse de l'héritage laissé aux générations futures. Ça veut dire lutter contre la pauvreté, améliorer le sort des autochtones, soutenir les plus vulnérables, protéger l'environnement », fait remarquer la journaliste. Mais voilà, pour ce faire, il faudrait que S. Harper finisse par sortir de la politique politicienne pour faire de la vraie politique.

Devant une telle situation, je ne peux que rappeler une fois encore ce que j'ai déjà écrit précédemment, quelques principes de base concernant les rôles et responsabilités des dirigeants politiques. On peut en effet se demander ce qu'il en est de l'avenir de notre pays et de ses citoyens, s'il repose sur des calculs électoralistes - bien mis en évidence par Manon Cornelierr - et non sur de nouveaux horizons capables de dynamiser le Canada et ses ressortissants. Il serait bon de se souvenir de ce que la politique est ou doit être.

On trouve justement chez Platon quelques éléments intéressants et toujours d'actualité. Dans «Pouvoir et Justice (République, Livre I): le politique ne doit pas gouverner selon son intérêt mais selon la justice», on peut lire cette réponse de Socrate à une question d'un certain Thrasymaque, qui pense que l'on commande toujours à son profit: ««L'art du berger a pour essence le bien des moutons; c'est par accident que s'y ajoute l'art d'en tirer profit; l'art du berger n'est pas transformé par le fait qu'il en tire profit ou pas. De même, l'art politique est par essence service pour les gouvernés, et par accident profit pour les gouvernants.» Et Platon de montrer que l'on a toujours intérêt à la justice et que le pouvoir ne peut s'exercer sans justice. Celui qui exerce le pouvoir ne le fait pas en vue de son intérêt, car il ne peut l'exercer de façon stable que s'il respecte la justice, et même s'il l'instaure.

Il s'agit certes d'un idéal. Mais, «Faire de la politique, c'est justement défendre un idéal en l'adaptant à la réalité du monde.... L'idéal doit évidemment être actualisé, adapté aux réalités du temps mais il n'en reste pas moins essentiel et premier dans la détermination de la politique. » (Raphaël Dargent, «La politique, un réalisme de l'imaginaire», Les Cahiers, no 14) «La politique, disait Charles de Gaulle, un véritable homme d'État, quand elle est un art et un service, non point une exploitation, c'est une action pour un idéal à travers des réalités.» (Conférence de presse, 30 juin 1955).

Cette idée de base a été justement reprise et développée dans un livre qui ne peut qu'intéresser toute la classe politique: Désir d'humanité, Le droit de rêver, de Riccardo Petrella (Éditions Écosociété). Il ne saurait être question ici de résumer tout ce livre très dense. Mais R. Petrella donne l'aperçu suivant de son exposé: «Le rêve aujourd'hui joue un rôle extrêmement important sur le plan du comportement politique individuel et collectif... Le rêve exprime une capacité d'imaginer un autre monde... et on l'imagine parce qu'on peut le faire. En fait il y a toujours trois éléments dans le rêve: il y a l'imaginaire, quand par exemple on imagine que tout le monde a le droit à la vie, à la paix, etc. Puis il y a le désir qui en découle, comme le désir de paix. Enfin, il y a la possibilité effective de se procurer cette paix ou ce droit à la vie. Le rêve est une force politique extraordinaire. Les gens pensent que c'est de plus en plus possible. Et cela donne force au rêve de paix, au rêve de droit, au rêve de la vie pour tous, au rêve de démocratie, etc.» (À bâbord, octobre-novembre 2004, Débats politiques) Autrement dit, le rêve suscite le désir qui se transforme en force en vue de sa réalisation.

«Il est important de considérer le rôle du politique comme un dépositaire du devenir d'un peuple. Lourde responsabilité... », indique Irma Ly Tang dans ses «Réflexions sur le rôle de la politique». Ce qui veut dire que le politique a la responsabilité de proposer une vision, un rêve réalisable parce qu'il suscite dans la population le désir de le voir se réaliser. Il n'y avait rien de tel dans les propos tenus hier et dans les perspectives de ce mini-budget.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com