Harper maintient la pression
Mots clés : Stephen Harper, Stéphane Dion, Budget, Gouvernement, Canada (Pays)
Le chef libéral Stéphane Dion doit avoir hâte au congé des Fêtes, ne serait-ce que pour avoir un moment de répit loin des manoeuvres de son adversaire conservateur Stephen Harper. Depuis le retour des Communes, le premier ministre a décidé de garder l'opposition sur le qui-vive en prenant l'initiative, semaine après semaine.
Les conservateurs ont fait fi de l'avis des experts pour aller de l'avant avec la réduction de la TPS d'un point supplémentaire dès le 1er janvier. Cette décision renforce l'image d'un gouvernement qui tient ses promesses, surtout les plus populaires et les plus marquantes des dernières élections. Hier, les conservateurs arboraient déjà des collants reproduisant le petit cercle bleu estampillé d'un gros «5 %» qu'on a tant vu durant la dernière campagne. Le moment de l'annonce a en plus l'avantage d'éclipser une autre promesse plus obscure que les conservateurs n'ont pas tenue il y a exactement un an aujourd'hui, à savoir l'imposition accrue des fiducies de revenus.
Plus personne ne se souviendra de cette dernière à la lecture des réductions d'impôt accordées aux particuliers et aux entreprises. C'est Noël le jour de l'Halloween! Qui peut être contre un fardeau fiscal allégé? Pour les libéraux, voilà un autre casse-tête. Ils sont contre la réduction de la TPS, une mesure coûteuse qui a peu d'effets économiques positifs et qui n'est pas dans l'intérêt public à long terme. Mais ils peuvent difficilement s'opposer au reste. Leur chef défendait, pas plus tard que lundi de cette semaine, à London, Ontario, une réduction générale des impôts des particuliers et des entreprises. M. Dion a dénoncé l'énoncé, mais pour ajouter du même souffle que ça ne justifiait pas de provoquer des élections dont les Canadiens ne veulent pas. Il aurait peut-être fallu dire: dont les libéraux ne veulent pas.
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Mais pour ajouter aux maux de tête de ces mêmes libéraux, il faut voir comment ces mesures ont été conçues. La réduction de la TPS entrera en vigueur dès le 1er janvier, alors que les réductions d'impôt des particuliers sont rétroactives au 1er janvier 2007. Ça veut dire que bien des citoyens ont déjà payé plus d'impôt qu'ils n'auraient dû cette année et qu'ils auront droit à un juteux remboursement d'impôt au printemps prochain. Peut-être au beau milieu d'une campagne électorale.
Bref, ces réductions d'impôt sont un immense coussin de velours pour absorber le choc d'une défaite prématurée du gouvernement... si elle survenait au début de 2007. Lors d'un vote sur la mission en Afghanistan, par exemple. Les conservateurs pourraient aller en campagne avec des allégements fiscaux déjà en vigueur. De coussin, ces derniers pourraient devenir tremplin.
Même si les conservateurs devaient se rendre jusqu'au prochain budget, ces réductions seraient encore rentables électoralement, car tous les citoyens verront la différence en complétant leur déclaration de revenu. Il faudra cependant que le gouvernement trouve autre chose à mettre dans ce budget. Il pourrait y insérer ce qui manquait cruellement à l'énoncé du ministre des Finances, Jim Flaherty, hier: une vision ou un projet mobilisateur que la richesse du fédéral permettrait d'envisager.
Ottawa nage dans l'argent et, si ça continue, c'est la noyade qui menace. Voici des chiffres à donner le tournis. Sur les six ans visés par ce plan, le gouvernement prévoit accorder 59,4 milliards en allégements fiscaux, rembourser au moins 25 milliards de dettes et afficher un surplus accumulé d'au moins 26 milliards. Ça veut dire que le ministre des Finances, en écrivant son énoncé, savait avoir à sa disposition une marge de manoeuvre d'au moins 110,4 milliards sur six ans.
Il en a remis la moitié dans nos poches et celles des entreprises -- on ne s'en plaindra pas --, mais les Canadiens ne sont pas que des payeurs de taxes. Ils sont aussi des citoyens qui rêvent d'une société compatissante, solidaire, généreuse et soucieuse de l'héritage laissé aux générations futures. Ça veut dire lutter contre la pauvreté, améliorer le sort des autochtones, soutenir les plus vulnérables, protéger l'environnement. Les ministres Lawrence Cannon et Jim Flaherty ont indiqué en conférence de presse qu'il ne s'agissait que d'un énoncé économique et que des mesures plus ciblées viendraient plus tard. Il vaut mieux pour eux qu'ils livrent la marchandise, car ils ne pourront jamais prétendre ne pas avoir eu les moyens d'agir.
Ce sera le test de leur vraie volonté dans des dossiers où les conservateurs ont encore à faire leurs preuves. S'ils devaient le passer, ce serait un casse-tête encore plus gros pour Stéphane Dion.
En aparté
Et on n'a rien dit du déséquilibre fiscal... De toute façon, c'est réglé, qu'ils disaient... Il est bien difficile de le croire à la lecture de l'énoncé d'hier. Le déséquilibre fiscal n'est pas qu'affaire de surplus. C'est avant tout un déséquilibre entre les besoins d'un gouvernement et l'espace fiscal qu'il occupe. Un gouvernement fédéral qui récolte plus de revenus que nécessaire pige trop dans la seule assiette fiscale qui existe, nos portefeuilles. En agissant de la sorte, Ottawa limite la capacité des provinces d'accroître leurs revenus sans alourdir le fardeau fiscal global du contribuable. Pour s'en sortir, elles sont souvent réduites à demander des fonds fédéraux.
La solution à long terme n'a pourtant rien de sorcier. Les gouvernements québécois l'ont défendue avec constance depuis les années 1950. Il s'agit de convaincre Ottawa de libérer l'espace fiscal dont le Québec a besoin mais que le fédéral accapare inutilement. Ça veut dire, idéalement, transférer des points d'impôt. À Ottawa, on aime trop se vanter de ces réductions de taxes pour procéder à ce genre de transferts et aucun gouvernement provincial, comme on l'a vu à Québec hier, n'ose réoccuper l'espace fiscal libéré par Ottawa, de peur de payer un prix politique trop lourd. Pour être politiquement faisable, pareil transfert doit être ordonné et coordonné, comme l'avaient fait Lester B. Pearson dans les années 1960 et Pierre Elliott Trudeau en 1977. Pourtant, même en cette ère de fédéralisme «d'ouverture», on n'y songe pas à Ottawa.
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mcornellier@ledevoir.com
Vos réactions
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