13e édition de Cinémania - Tavernier rend hommage à Noiret

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Odile Tremblay
Édition du mercredi 31 octobre 2007

Mots clés : Noiret, Tavernier, Cinémania, Festival et fête, Cinéma, France (pays), Montréal

De retour d'un tournage aux États-Unis, Bertrand Tavernier s'est arrêté à Montréal pour rendre hommage à son ami et complice, Philippe Noiret.

Photo: Pedro Ruiz

Pour la première fois, sa haute taille, son élégance évoquent celles de Noiret. Comme si leur vieux compagnonnage avait déteint sur l'ami survivant...

Longtemps familier de nos parages, Bertrand Tavernier ne s'était pas pointé à Montréal depuis plusieurs années. Son retour ne coïncide pas avec la sortie d'un de ses films. Le festival Cinémania, qui démarre demain et roule jusqu'au 11 novembre à l'Impérial, l'a invité à donner un coup de chapeau à son ami et complice Philippe Noiret, disparu il y a bientôt un an.

Cinq films phares mettant leurs deux noms à l'affiche seront projetés dans le cadre de cette minirétrospective: Que la fête commence!, Le Juge et l'Assassin, Coup de torchon, La vie et rien d'autre, L'Horloger de Saint-Paul. Ces deux derniers à travers de nouvelles copies restaurées.

Tavernier offrira aussi, samedi à 15h30, une classe de maître à l'Impérial. «Rien du cours magistral, mais un partage de deux ou trois choses que j'ai apprises», précise-t-il. Le cinéaste d'Un dimanche à la campagne (Palme d'or 1984) et d'Autour de minuit, cinéphile érudit et historien du cinéma, est un homme qui charme autant par sa parole que par ses films. Parions sur le succès de cette classe de maître...

On le sent vraiment ravi d'atterrir parmi nous, au retour d'un tournage aux États-Unis. Celui d'In the Electric Mist, avec Tommy Lee Jones, l'histoire d'un ex-alcoolique traquant un tueur en série. Or les États-Unis sont plus stressants que le Québec, dans les aéroports comme sur les plateaux... «Tout à coup, chez vous, je respire... »

Nul mieux que Bertrand Tavernier ne pouvait témoigner de Philippe Noiret. À cause de leur immense amitié, bien sûr, que le décès du grand comédien n'a même pas su rompre -- les morts accompagnent les vivants. Aussi parce que leurs carrières se sont trouvées liées, pour le meilleur, jamais pour le pire. Après Le Juge et l'Assassin, Noiret avouait: «Si je n'avais tourné que mes trois films avec Bertrand Tavernier, je serais satisfait de ma carrière.»

Tavernier parle de son ami avec une émotion palpable. «Il était davantage qu'un gentilhomme: un vrai seigneur nourri de respect pour la parole donnée. Noiret possédait cette politesse de faire passer pour facile le travail qu'il accomplissait... On a eu un tel plaisir ensemble, riant des mêmes choses, partageant la même vision de la vie. Dans La vie et rien d'autre, à chaque changement d'hôtel, il faisait envoyer un nouveau bouquet de fleurs dans la chambre de sa partenaire, Sabine Azema. Il n'avait pas son pareil pour détendre l'atmosphère d'un plateau. Moi qui ai fait mes débuts au cinéma comme deuxième assistant-réalisateur sur un film de Jean-Pierre Melville, qui terrorisait et humiliait ses acteurs, j'ai toujours recherché les atmosphères joyeuses. On était sur la même longueur d'onde, Noiret et moi. Et puis, c'est lui qui a joué du doigt ma carrière... »

Longtemps attaché de presse de haut vol, se battant pour faire reconnaître de grands cinéastes, américains surtout, Tavernier avait adapté un livre de Simenon et obtenu -- il peut convaincre une pierre -- du père de Maigret une option gratuite d'un an pour le scénario de son roman L'Horloger de Saint-Paul , dont il voulait faire son premier long métrage.

Il appréciait Noiret, surtout campé dans des emplois comiques, nimbé depuis 1968 du succès d'Alexandre le bienheureux. «Je l'ai invité à déjeuner. À la fin du repas, il m'a dit: "Je fais le film."»

Suivit une quête interminable de financement, qui fut en fait l'histoire de la vie de Tavernier, même après que le cinéaste eut atteint la notoriété. «Le scénario de L'Horloger de Saint-Paul a été refusé partout durant deux ans.»

Simenon lui accorda une prolongation des droits et Noiret l'épaula sans relâche. Pourquoi? À cette question, l'acteur répondait: «J'avais donné ma parole et je croyais au film.» En 1974, ce rôle plein d'humanité d'un horloger de Lyon confronté à la criminalité de son fils propulsa Noiret comme acteur dramatique.

Il s'est imposé dans la veine sérieuse, mais Tavernier aussi. Le film remporta en France le prix Louis-Delluc, et Noiret fut sacré meilleur acteur de l'année.

L'année suivante, entre farce et drame, la production historique Que la fête commence! les réunissait de nouveau. Noiret y fut le régent Philippe d'Orléans. «Il avait cette capacité de se couler dans n'importe quelle époque sans avoir l'air costumé, estime Tavernier. Ce n'est pas donné à tous.» Cette fois encore, durant longtemps, personne ne voulut injecter un sou dans le film. Pensez donc, une production historique (genre que ce film dépoussiéra)!

En 1976, aux côtés de Michel Galabru, Noiret campa ensuite pour Tavernier un juge de province qui traque un meurtrier dans Le Juge et l'Assassin.

Cinéaste et acteur se retrouvèrent en 1981 pour le remarquable Coup de torchon, qui opposait Noiret à Isabelle Huppert, sur fond de colonie, de corruption; policier français humilié, soudain pris d'une furie criminelle.

Tavernier dit avoir trouvé en Noiret l'acteur un être complètement libre, abordant, à l'instar d'un Mastroianni, ses rôles sans idée préconçue. «Il prenait toujours comme point de départ des accessoires, se demandant: "Qu'est-ce que ce type porte quand il sort?" Pour lui, une coupe de cheveux, un chandail usagé déterminaient l'origine sociale d'un personnage. À certains acteurs, Delon par exemple, vous ne pouvez distribuer un métier. Noiret, comme Gabin avant lui, était capable de se glisser dans la peau d'un artisan ou d'un bourgeois. On y croyait.»

En 1989, dans le bouleversant La vie et rien d'autre qui les réunissait une fois de plus, Philippe Noiret offrait une interprétation extraordinaire dans la peau d'un commandant parti sur les traces de soldats tués et évaporés dans la nature. «Encore là, personne ne voulait du film parce qu'il abordait la mort. Les acteurs durent couper 50 % de leurs salaires. J'ai injecté tout mon argent. À ceux qui me prédisaient zéro spectateurs, je répondais: "Ça rira dans la salle."»

Le four appréhendé par certains fit le tour du monde... et valut le César d'interprétation à Noiret.

Leur dernière collaboration est plus récente. Ce n'est qu'en 1994, avec La Fille de d'Artagnan -- Tavernier dut reprendre la réalisation des mains de Ricardo Freda --, qu'ils bouclèrent leur trajectoire commune, avec capes et épées.

Si Tavernier n'a plus dirigé Noiret par la suite, c'est que les sujets de ses derniers films ne s'y prêtaient guère, réclamant de jeunes interprètes ou des profils différents. «Mais notre amitié était inaltérée. Il me recommandait lui-même tel ou tel comédien pour certains rôles. Puis, je l'ai vu dépérir, reprendre du mieux, tomber à nouveau. Son deuil sera très, très long à porter... »


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Merci Odile - par louis gaudreau
Le mercredi 31 octobre 2007 09:00

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