Lettre ouverte du premier ministre - Marois et Dumont répliquent à Charest

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La Presse canadienne
Édition du mercredi 31 octobre 2007

Mots clés : Mario Dumont, Pauline Marois, Jean Charest, Parti politique, Gouvernement, Québec (province)

Jean Charest

Photo: Agence Reuters

Québec -- Mario Dumont et Pauline Marois ont tour à tour critiqué sévèrement le comportement de Jean Charest, qui les a accusés de faire preuve d'intolérance sur la question identitaire, dans une lettre aux Québécois publiée dans les journaux.

La chef péquiste a reproché au premier ministre de manquer de courage, alors que le chef adéquiste a soutenu que Jean Charest préparait en douce la mise au rancart du rapport de la commission Bouchard-Taylor sur la question des accommodements raisonnables.

«Ce qui m'agace, c'est qu'il dit: "J'ai pas le courage de débattre ça à l'Assemblée nationale, je vais donc le faire à travers les médias"», a déploré Mme Marois, qui a répété qu'elle ne modifiera pas le projet de loi 195 sur l'identité québécoise, du moins tant que celui-ci n'aura pas fait l'objet d'un véritable débat.

«Vous savez que, non seulement je ne nourris pas l'intolérance, au contraire, ce qu'il y a dans la loi [195], c'est une ouverture, la création d'un droit pour que les gens aient accès à de la francisation», a dit Mme Marois, tout sourire, malgré les critiques que suscite son projet de loi.

Le chef adéquiste, Mario Dumont, a aussi contesté les propos du premier ministre en dénonçant le ton utilisé.

«Crier des noms et jouer dans l'intimidation, c'est devenu la nouvelle stratégie de communication du premier ministre», a-t-il dit, avant de qualifier d'inacceptable l'accusation de M. Charest.

Selon lui, le gouvernement est frustré de sa position minoritaire à l'Assemblée et commence à montrer des signes de fatigue.

M. Dumont a aussi laissé entendre que Jean Charest n'a rien compris de la société québécoise en associant dans sa lettre «un esprit d'assiégé» à la volonté de certains Québécois de défendre leur culture.

«Il profite du gâchis créé par le projet de loi brouillon de Pauline Marois pour annoncer que le rapport de la commission Bouchard-Taylor va être "tabletté"», a estimé M. Dumont, selon qui le manque de leadership du gouvernement sur les accommodements raisonnables a contribué à envenimer le débat sur la place publique.

Mme Marois, pour sa part, a encore défendu son projet de loi, qui ferait en sorte que les nouveaux arrivants n'ayant pas acquis une connaissance appropriée de la langue française n'auraient pas le droit de briguer les suffrages.

«D'offrir des services aux nouveaux concitoyens québécois pour leur permettre de mieux s'intégrer, en quoi cela est-il dommageable, en quoi cela est-il négatif?», a demandé la chef péquiste, qui a invité Jean Charest à discuter «dans le respect, devant les institutions démocratiques».

Mme Marois a profité de l'occasion pour annoncer que les députés péquistes pourraient mener des consultations régionales sur la pièce législative controversée si le gouvernement Charest maintient son refus de la mettre à l'étude à l'Assemblée nationale.

Par ailleurs, la Commission des droits de la personne reconnaît qu'elle aurait dû faire preuve de plus de réserve dans la façon avec laquelle elle a traité le projet de loi péquiste sur l'identité québécoise.

Le président de la Commission, Gaétan Cousineau, a répondu par lettre à la demande de Pauline Marois, précisant que le point de vue formulé au quotidien La Presse par la porte-parole Ginette L'Heureux ne constitue pas un avis formel adopté par les membres de l'organisme.

Plus encore, il signale que la situation aurait dû favoriser une réserve de la part de la Commission.

Même si la Commission n'avait pas examiné le projet de loi 195, Mme L'Heureux a affirmé jeudi que le retrait du droit de briguer les suffrages à certains citoyens va à l'encontre de la Charte québécoise des droits et libertés, ce que n'a pas apprécié Mme Marois.

Contrariée, la chef péquiste avait écrit une lettre au président de l'organisme vendredi pour lui demander de clarifier la situation.


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