La commission Bouchard-Taylor à Québec - Le cardinal Ouellet dénonce l'«intégrisme laïque»
Mots clés : cardinal Ouellet, Me Guy Bertrand, commission Bouchard-Taylor, Religion, Gouvernement, Québec (ville), Québec (province)
Me Guy Bertrand s'en prend aux accommodements linguistiques

Photo: Presse canadienne
«Il y a des groupes qui sont plus identifiés que nous au plan religieux et qui se manifestent de façon claire, et nous nous demandons "Mais qui sommes-nous?"», a-t-il précisé à sa sortie de la salle d'audiences. «Le catholicisme, la Bible et l'Évangile insistent beaucoup sur l'amour du prochain et l'accueil des étrangers. Et si nous pratiquons cela, nous n'aurons pas de difficulté avec les quelques musulmans qui sont sur nos rues ou avec les Juifs qui habitent notre quartier.»
Prié de dire si, à son avis, le Québec d'il y a cent ans était plus tolérant que celui d'aujourd'hui, le cardinal a rappelé qu'on avait accueilli plusieurs vagues d'immigration -- à Montréal notamment -- et a cité en exemple l'immigration irlandaise, au XIXe siècle.
C'est pourquoi, dit-il, il faut s'opposer au nouveau programme d'éthique religieuse qui doit entrer en vigueur à l'automne 2008 et qui prévoit le remplacement des cours de catéchèse par une formation sur la tradition catholique et les autres grandes religions. «Il faut beaucoup de naïveté pour croire à ce miracle d'enseignement culturel des religions qui va fabriquer un nouveau petit Québécois pluraliste, expert en relations interreligieuses», écrit Marc Ouellet dans son mémoire.
Le cardinal n'a pas mâché ses mots quant à la position du gouvernement en ces matières, allant jusqu'à parler d'«intégrisme laïque» et de «dictature du relativisme». Il dit s'inquiéter de la capacité des paroisses à prendre le relais des cours de catéchèse, jusqu'à présent assurés par les écoles.
Plus tôt, en matinée, l'avocat Guy Bertrand est venu livrer un plaidoyer en faveur de la défense de la langue française. Dans un mémoire intitulé «Ce sont surtout les accommodements linguistiques qui menacent l'identité du Québec français», il a notamment reproché au gouvernement du Québec de subventionner des films en anglais et de se montrer trop tolérant en matière d'affichage et de langue de travail.
Le bouillant avocat s'en est même pris au joueur de hockey Saku Koivu, parce que celui-ci ne parle pas le français malgré 12 ans passés au sein du Canadien de Montréal. Il suggère que l'équipe de hockey n'est pas raisonnable en «exemptant [ses joueurs] d'apprendre, même après cinq ans, la langue officielle [...] et en tolérant que son capitaine Saku Koivu ne puisse [...] respecter le droit des Québécois d'être servis en français lors de ses allocutions ou présentations publiques».
Par contre, M. Bertrand a fortement critiqué les mesures proposées par Pauline Marois pour protéger l'identité québécoise, notamment celles qui touchent aux droits de participer à une élection et de soumettre une pétition à l'Assemblée nationale. Suivant le projet défendu par Mme Marois, ces droits seraient réservés aux citoyens québécois qui ont une connaissance appropriée de la langue française.
«Il faudrait travailler très fort pour réussir à démontrer que, dans une société libre et démocratique, c'est la seule mesure qu'il y aurait pour apprendre le français.» Tout en se disant en accord avec les objectifs de Mme Marois, cet indépendantiste convaincu estime que les mesures proposées auraient des effets pervers. «Moi, je vous dis, si j'étais un immigrant, ce serait assez pour me faire détester cette langue.»
La journée d'hier a également été marquée par le passage du chef huron Max Gros-Louis, qui a souligné que les autochtones avaient été «très accommodants» lors de l'arrivée des Européens. «Nous nous sommes accommodés de l'arrivée de ces frères et soeurs de divers pays, mais il faut croire que notre bureau de l'immigration était mal organisé ou notre coeur trop grand, car on nous a dit et fait voir par la suite que nous n'étions plus chez nous...».

