Le Bloc rejette le compromis sur le vote voilé

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 30 octobre 2007

Mots clés : voile, vote, Bloc québécois, Parti politique, Religion, Canada (Pays)

Pas question de refuser de se dévoiler devant un homme

Ottawa -- Au nom du respect de l'égalité des sexes, le Bloc québécois refuse d'offrir aux électrices voilées la possibilité de ne se découvrir le visage que devant des travailleurs d'élection féminins. Ne serait-ce que parce que le contraire, soutient le Bloc, serait jugé inacceptable. Le parti souverainiste émet ainsi des objections quant au projet de loi déposé vendredi dernier par le gouvernement conservateur afin de rendre obligatoire la vérification visuelle de l'identité de tous les électeurs, y compris les femmes portant le niqab ou la burqa.

Le texte législatif, qui ne relève pas la dimension religieuse du débat, donne au Directeur général des élections la latitude de désigner des «personnes» spéciales sur les lieux du vote pour procéder à la vérification de l'identité des femmes couvertes. Ce n'est qu'en entrevue que les ministres conservateurs Peter Van Loan (responsable de la réforme démocratique) et Lawrence Cannon (Transports) ont précisé qu'il s'agissait de nommer des femmes devant lesquelles les femmes voilées se découvriraient. Le Bloc s'y oppose.

«Le projet de loi met en péril le principe d'égalité entre hommes et femmes parce qu'il ouvre la porte à une possible sexualisation des fonctions d'un officier de l'État en rendant possible qu'un électeur ou une électrice puisse exiger d'être servi obligatoirement par un homme ou par une femme», a déclaré le député Michel Guimond pendant la période de questions.

Son chef, Gilles Duceppe, a ajouté que si l'on permettait à des femmes voilées de se découvrir devant des femmes, ces électrices pourraient à terme exiger de ne le faire que devant une autre femme.

M. Duceppe fait remarquer que la situation inverse serait jugée inacceptable, à savoir qu'un homme refuse d'entrer en relation avec une représentante de l'État simplement à cause de son sexe. «Ça mènerait par exemple des hommes à dire "Je ne veux pas être interrogé par une policière, mais par un policier." Il ne faut pas tomber dans ce piège-là.»

Rappelons qu'un cas presque identique avait soulevé l'ire de la population québécois l'automne dernier -- et avait contribué à la mise sur pied de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. Des journalistes avaient mis la main sur une brochure du Service de police de la Ville de Montréal avertissant les policières qu'elles auraient parfois à s'effacer au profit de leur collègue masculin lorsqu'elles interrogeaient des membres de la communauté juive hassidique.

«Selon la Torah, le livre saint des juifs, les hommes ne devraient pas fraterniser avec les femmes», était-il écrit, concluant que, parfois, il n'y avait rien d'autre à faire que de «faire intervenir votre collègue masculin». La Fraternité des policiers de Montréal s'était insurgée contre ce conseil.

Le Bloc isolé

Personne à Ottawa ne semblait pourtant partager l'opinion des bloquistes hier. Les conservateurs comme les libéraux se sont limités à souligner l'importance de vérifier l'identité des électeurs sans s'inquiéter de la caution idéologique qui serait du coup apportée à certaines croyances religieuses.

Ainsi, le secrétaire d'État conservateur Jason Kenney (Multiculturalisme et Identité canadienne) y voit un compromis «raisonnable». «Je crois que le projet de loi est bien développé, a-t-il dit à la sortie de la Chambre des communes. C'est un équilibre entre la volonté du Parlement d'avoir une vérification d'identité personnelle d'une façon qui est flexible au niveau culturel.» Son collègue, M. Cannon, a simplement ajouté que la question pourrait être discutée en comité parlementaire.

Du côté libéral non plus, on ne voyait pas le problème. «Il ne faut pas exagérer, a lancé Michael Ignatieff. La mixité, la sexualisation, tout ça c'est un peu exagéré, non? Il faut trouver des solutions pragmatiques, concrètes, valables qui respectent les croyances des musulmans et le devoir absolu de s'identifier.» Le chef du NPD, Jack Layton, croit quant à lui que toute cette question n'est pas prioritaire puisque aucune demande n'avait été formulée par la communauté musulmane.

Le projet de loi conservateur laisse encore la latitude au Directeur général des élections (DGE) de nommer ou non des femmes responsables de vérifier l'identité les électrices voilées. Le Bloc québécois estime que le législateur doit au contraire prendre ses responsabilités en donnant des consignes claires au DGE. Afin d'éviter une pagaille similaire à celle ayant entouré les élections partielles de septembre quand le jugement du DGE, Marc Mayrand, sur cette question avait été mis en doute. Sinon, croit M. Duceppe, «on revient au point de départ».

Le député Michel Guimond avait pris le gouvernement conservateur de vitesse en déposant trois jours avant lui un projet de loi de son cru imposant la vérification visuelle de l'identité. Ce projet de loi disait simplement que les électeurs devaient se présenter «à visage découvert» et ne parlait pas de nomination de personnes spéciales -- formule codée pour désigner une femme -- attitrées à la vérification de l'identité.


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