29e gala de l'ADISQ - L'année des enracinés

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Sylvain Cormier
Édition du lundi 29 octobre 2007

Mots clés : Gala de l'ADISQ, Mes Aïeux, Théâtre Saint-Denis, Québec (province)

Les gars et la fille du groupe Mes Aïeux, tout sourire, hier au Théâtre Saint-Denis, à l'occasion du 29e gala de l'ADISQ.

Photo: Pedro Ruiz

Le néo-trad de Mes Aïeux, le country d'Isabelle Boulay ont plus que jamais leur place sur la planète chanson, même quand il y a un nouvel album de Daniel Bélanger dans le paysage: les uns et les autres se sont partagé le palmarès de la soirée d'hier au Théâtre Saint-Denis. Détails.

Besoin de savoir qui on est, d'où l'on vient, en ces temps incertains? On le croirait à lire les titres des disques de nos artistes de chanson les plus en vue hier au gala de l'ADISQ, 29e du nom: Tire-toi une bûche, par Mes Aïeux, De retour à la source, par Isabelle Boulay, et L'Échec du matériel, par Daniel Bélanger. Pour dire ça autrement: devant l'échec du matériel, on retourne à la source et on se tire une bûche. Et on se passe la babiole qui porte le nom de notre plus grand poète chansonnier. Au moment d'écrire ces lignes pour la 1re édition du journal, c'est-à-dire avant que ne soit connue en toute fin de soirée la «chanson populaire de l'année» (choix déterminé par vote du public), Boulay, Bélanger et Mes Aïeux avaient été appelés au podium deux fois chacun.

C'était en vérité le troisième gala de l'ADISQ de la semaine, après L'Autre gala de l'ADISQ et le Gala de l'industrie (présentés mardi dernier, au Métropolis et au Club Soda): 46 statuettes nommées Félix en l'honneur de Félix Leclerc avaient déjà été distribuées avant la grande bringue du Saint-Denis, de sorte qu'il ne restait plus qu'une douzaine de gagnants à dévoiler par le truchement des caméras de Radio-Canada aux quelque deux millions de téléspectateurs rassemblés pour la grand-messe annuelle de la chanson d'ici. En plus du Félix hommage, décerné cette année à l'un des artistes les plus aimés de ses pairs, pour ne pas dire du Québec entier: le très estimable et le très estimé Patrick Norman.

Faites le calcul: en trois heures de gala, cela aura fait quatre remises de trophées l'heure, ce qui aura laissé amplement de temps -- encore plus qu'avant, pour peu que l'avertissement adressé aux potentiels gagnants de «faire court» ait été entendu -- à ce qui est la raison d'être de la soirée: les performances des artistes. À une époque où la part de tarte des artistes de chanson, pop et rock en tous genres au grand dessert collectif du petit écran est de plus en plus congrue, une telle mobilisation d'auditoire le dernier dimanche d'octobre, à la veille du déclenchement de l'opération «Temps des Fêtes», est l'équivalent du dévoilement des vitrines dans les grands magasins de la rue Sainte-Catherine. On les aura donc tous vus et entendus hier soir: Daniel Bélanger, Isabelle Boulay, Xavier Caféine, Marco Calliari, Gregory Charles, Florence K., Alain Lefèvre, Mes Aïeux, Michel Rivard, Vincent Vallières et Les Trois Accords. Du monde à la messe.

Performances entrecoupées de prix de présence? Tout de même pas. Le rappel des nominations, le dévoilement des gagnants, tout ça sert de roues et de moteur, et fait avancer le véhicule. Ça et l'animation aussi énervée que passionnée de Louis-José Houde. On veut l'excitation du direct, le rimmel qui coule sur les joues d'Isabelle Boulay et ses remerciements à rallonge, on veut la gêne et la drôlerie de Bélanger, on veut les gars et la fille de Mes Aïeux qui se sautent dans les bras. Vieux principe bien compris par les Loft Story et autres Star'Ac dans le processus d'élimination: on veut des surprises, bonnes ou mauvaises, du drame humain.

Une année consensuelle

C'était bien le paradoxe de ce gala de l'ADISQ: la fournée 2006-2007 (quelque 200 albums et une cinquantaine de spectacles recensés du 1er juin 2006 au 31 mai 2007) a été très consensuelle. Moins bonne pour le suspense, meilleure pour la célébration. Comment passer à côté de l'exceptionnel album de Daniel Bélanger? Incontournable, il n'a pas été contourné: L'Échec du matériel a été décrété «album de l'année - pop-rock». Et Bélanger a été reconduit «auteur ou compositeur de l'année», comme toutes les années où il a proposé un album (sauf exception).

Pareillement, comment ne pas souligner le salut d'Isabelle Boulay à la musique country: on attendait un tel album depuis le début de sa carrière, et De retour à la source était à la hauteur. Le spectacle itou. De fait, l'album avait déjà été célébré mardi («album de l'année - country»): c'était hier au tour du spectacle, pareillement récompensé dans la catégorie «interprète», et de la chanteuse elle-même, que l'on a replacée sur son trône d'«interprète féminine de l'année».

Le groupe Mes Aïeux arrivait également au gala déjà auréolé de succès: le Félix de la très riche catégorie «album de l'année - folk contemporain» leur avait été remis mardi, et les ventes ininterrompues de Tire-toi une bûche leur assuraient hier l'entérinement par trophée de l'«album de l'année - meilleur vendeur»: plus notable était l'élection en tant que «groupe de l'année». Se distinguer entre Kaïn, Karkwa, Les Trois Accords et Malajube n'est pas rien, sacrée preuve de la réussite à long terme de Mes Aïeux. Souvent négligés par les médias montréalais trop occupés à suivre Arcade Fire ou Malajube à travers le monde, Mes Aïeux récoltait hier l'usufruit d'un travail de terrain soutenu et formidable.

Tous pressentis, sauf Nicola Ciccone

Année consensuelle, disais-je? Autant le fulgurant succès pancanadien de l'album I Think of You obligeait mardi dernier les membres votants de l'ADISQ a décerner le Félix de l'«album de l'année - anglophone» à Gregory Charles, autant le Félix de l'«album de l'année - populaire» ne pouvait échoir qu'au Duos Dubois de Claude Dubois, malgré le tollé critique à l'endroit de ce disque vite fait mal fait. À partir d'un certain moment, on ne peut rien contre un hameçon trop brillant, à savoir la liste A des vedettes accolées à Dubois: tout le monde mord. La victoire des Trois Accords dans la catégorie «album de l'année - rock» (pour le très ordinaire Grand champion international de course) s'expliquait, elle, par pure méconnaissance: j'en jurerais, l'extraordinaire Gisèle de Xavier Caféine n'a tout simplement pas été entendu par une majorité de membres votants, qu'il aurait fallu enchaîner à des postes d'écoute chez Archambault.

Il y a aussi la qualité qui s'impose. Des choix qui vont de soi, pour tout le monde. Le spectacle intitulé Pierre Lapointe dans la forêt des mal-aimés a été magique sous toutes ses configurations, et le Félix de la catégorie «spectacle de l'année - auteur-compositeur-interprète ne pouvait aller ailleurs. Et toute l'industrie a embrassé le duo Tricot Machine tellement instantanément et spontanément que l'idée même de «révélation de l'année» faisait penser au couple Catherine Leduc-Matthieu Beaumont (et à leur complice, le parolier-frérot Daniel Beaumont). Le Félix leur appartenait, d'emblée.

La surprise, la seule vraie surprise, sera venue de Nicola Ciccone, qui a coiffé au fil d'arrivée les Daniel Bélanger, Richard Séguin, Vallières, Dumas et autres Pierre Lapointe, récoltant le Félix convoité de l'«interprète masculin de l'année». Beau cas. De la même façon qu'Adamo est encore et toujours considéré (à tort!) comme l'Aznavour du pauvre, l'Adamo québécois Ciccone demeure celui que l'on aime bien sans l'attendre au tournant. Belle consolation pour un champion de la belle et bonne chanson grand public.

Non moins méritoires étaient les gagnants de L'Autre gala de l'ADISQ, diffusé (en différé, drôle d'idée) samedi soir sur les ondes d'Artv. Nombre d'artistes responsables d'«albums de l'année» en sont repartis avec un Félix de même grosseur que ceux d'hier: outre les mentionnés ci-dessus, on a ainsi retenu Jean Leclerc chez les alternos, Alain Lefèvre et l'OSM dirigé par Matthias Bamert en «classique / orchestre et grand ensemble», Angèle Dubeau en «classique / soliste et petit ensemble», Natalie Choquette en «classique vocal» et sa fille Florence K. en rythmes du monde, Omnikron en hip hop, Les Grandes Gueules en humour, le groupe Forestare en musique instrumentale, le vénérable Oliver Jones en «jazz création», le non moins vénéré Gilles Vigneault pour son éternel Piquot en version symphonique (avec l'OSD, dirigé par Marc Bélanger), Frédérick De Grandpré en «jazz interprétation», Numéro# en techno, ainsi que La Volée d'castors en trad.

En outre, c'est le clip de la chanson Qu'en est-il de la chance? de Pierre Lapointe qui a été le plus avantageusement remarqué. Malajube et Zachary Richard, eux, se sont le plus remarquablement distingués ailleurs que chez eux, le premier hors Québec, le second chez nous. Faute de les nommer tous ici, les autres lauréats de la soirée, ainsi que les lauréats du gala de l'industrie (pas télévisé du tout, celui-là), sont inscrits à jamais sur le site de l'ADISQ (www.adisq.com). Où les auront rejoints, au moment où vous lirez ce compte rendu, les gagnants d'hier. Égaux au panthéon, c'est déjà ça.

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


Bravo à Louis-José Houde - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 29 octobre 2007 15:00

Un choix opportun - par Luc Pomerleau
Le lundi 29 octobre 2007 09:00

« Réveillez-vous ! » tome II - par Daniel Fortin (boomboom_moncoeur@hotmail.com)
Le lundi 29 octobre 2007 07:00

Et l'animateur??? - par Suzette Bergeron
Le lundi 29 octobre 2007 02:00

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