Toyota Avalon: la plus américaine des japonaises

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Philippe Laguë
Édition du lundi 29 octobre 2007

Mots clés : industrie, Avalon, Toyota, Économie, Automobile, Japon (pays)

À défaut d'être belle, la berline est spacieuse, confortable, silencieuse et raffinée

L'Avalon en est à sa troisième génération. Une constante: elle n'a jamais été belle.

Photo: Sylvie Trépanier

Si Toyota a réussi cette année à devancer General Motors au premier rang mondial, c'est en partie en raison de ses succès en Amérique du Nord, et plus particulièrement aux États-Unis, le plus important marché de l'industrie automobile. Pour séduire les acheteurs américains, le géant japonais a compris qu'il fallait leur construire des modèles conçus expressément pour eux. L'Avalon en est le meilleur exemple.

Cette berline aussi volumineuse que luxueuse, qui se positionne au sommet de la gamme Toyota, évolue dans un créneau qui, hier encore, était la chasse gardée des constructeurs américains. Toyota a depuis été rejoint par Hyundai et Kia, qui sont venus grossir les effectifs asiatiques dans le segment des grandes berlines avec l'Azera et l'Amanti. Sinon, les rivales de l'Avalon sont toutes américaines: Chrysler 300, Ford Taurus, Buick Lucerne, Chevrolet Impala et Pontiac Grand Prix. Le genre de berline très populaire en Floride...

Pas belle, mais moins laide

L'Avalon en est à sa troisième génération. Une constante: elle n'a jamais été belle. La première avait l'air d'une Camry allongée -- ce qu'elle était, d'ailleurs. Sa remplaçante était encore pire: elle semblait avoir été dessinée par trois designers différents, sans que l'un sache ce que les autres faisaient, le tout rapiécé maladroitement. Frankenstein, version automobile. Le modèle actuel suit les traces de ses prédécesseurs: sa silhouette est moins ésotérique, certes, mais l'ensemble manque toujours de cohérence. Avec sa partie arrière qui semble plus grosse que sa partie avant, l'Avalon paraît disproportionnée. Bref, elle est tout sauf belle.

Luxe et confort

À l'intérieur, l'Avalon joue la carte du luxe. Ça se voit au premier coup d'oeil, avec le bois et le cuir qui se côtoient -- et qui s'entremêlent, même, sur le volant. Dans la plus pure tradition Toyota, la décoration est sobre, mais le tout respire la qualité, et la finition est impeccable. L'ergonomie n'est pas en reste: tout est facile d'accès, bien disposé, et les espaces de rangement sont aussi vastes que nombreux. Certains petits détails savent se faire apprécier, tels les vide-poches escamotables dans les portières et l'emplacement pour téléphone cellulaire dans la console centrale.

Évidemment, l'acheteur de ces grosses berlines privilégie le confort, à l'américaine bien sûr: les gros sièges moelleux sont de mise. Ceux de l'Avalon n'ont rien à envier à des fauteuils de salon, mais le support latéral demeure un concept abstrait.

Ces grosses berlines se doivent aussi d'être spacieuses et l'Avalon, encore une fois, remplit son mandat. Les places arrière sont celles d'une limousine et les passagers ont droit à de petites attentions, comme ce dossier qui s'incline vers l'arrière, idéal pour la sieste lors de longs trajets. Ils peuvent même s'allonger les jambes, il y a suffisamment d'espace pour ça; mais le dégagement pour la tête est un peu juste. La banquette est par ailleurs pourvue d'une trappe, très utile pour transporter des skis, par exemple. Et s'il y a sans doute très peu d'adeptes de planche à neige dans la clientèle-cible, il n'en demeure pas moins que le coffre est sans doute assez vaste pour en loger quelques-unes.

Douceur mécanique

Comme toujours chez Toyota, l'exécution mécanique est irréprochable. Moteur, transmission, direction, trains roulants, tous les éléments fonctionnent en symbiose. Il y a quelque chose de germanique dans cette rigueur, combinée à la douceur et au raffinement mécanique qui ont fait la réputation de ce constructeur -- et des japonaises en général, il faut bien le dire.

Le V6 de 3,5 litres est le même qu'on retrouve sous le capot de la Camry et de son clone de luxe, la Lexus ES 350. Ce moteur brille par sa souplesse et son silence de roulement, en conformité avec la vocation de cette grosse berline cossue. Et ce ne sont pas ses seules qualités: il est puissant, véloce, et son appétit est tout ce qu'il y a de plus raisonnable, compte tenu du poids du véhicule. Bon, d'accord, il est un peu mou à bas régime, mais ce genre de détail ne risque pas de formaliser la clientèle visée.

Symbiose, disions-nous... La boîte de vitesses -- automatique, cela va de soi -- à 5 rapports exploite ce moteur avec beaucoup de doigté et, encore une fois, tout se passe en douceur. C'est d'ailleurs un mot clé dans le vocabulaire de la marque.

Nostalgie au volant

Mais n'allez pas croire que les Toyota n'ont que des qualités. L'assistance exacerbée de leur direction fait partie des défauts chroniques de la marque, et nous ramène à une autre époque. Ceux et celles qui s'ennuient des grosses américaines des années 60 et 70 seront ravis de voir qu'il existe encore des voitures qui procurent ce genre de sensations. Dans une Avalon, on a l'impression de flotter, ce qui n'est pas désagréable, du moins tant que le roulis et le tangage ne sont pas trop prononcés. Dans le cas qui nous concerne, ces deux phénomènes sont assez bien contrôlés, mais ils sont quand même présents. Cela dit, cette conduite surannée, semblable à celle d'un bateau, risque de plaire aux acheteurs potentiels -- ou à une bonne partie d'entre eux, à tout le moins.

Si les sensations nous ramènent à une autre époque, le comportement, lui, est tout ce qu'il y a de plus contemporain. La tenue de route est sûre, le sous-virage bien maîtrisé et l'agilité de cette grosse berline constitue une agréable surprise. Soumise à l'épreuve du slalom, elle s'est fort bien débrouillée. Mais c'est la douceur -- de roulement, cette fois -- qui est le point fort de l'Avalon. À ce chapitre, elle n'a rien à envier à ses cousines de chez Lexus, une référence s'il en est. Toutes les berlines de cette catégorie brillent par leur confort, leur insonorisation et leur douceur de roulement, mais l'Avalon a ce petit plus, cette petite touche de raffinement supplémentaire, qui font la différence.

Conclusion

Toyota du riche ou Lexus du pauvre? Là est la question. Une chose est sûre: l'Avalon remplit parfaitement son mandat. Elle comblera les attentes de la clientèle visée, qui veut une berline spacieuse, confortable, silencieuse et raffinée. Des qualités qu'ont aussi ses rivales, mais l'Avalon place la barre un cran plus haut, en plus d'afficher un bilan de fiabilité exemplaire, en bonne Toyota qu'elle est. Le géant nippon n'est pas le numéro 1 pour rien: ses véhicules, à défaut d'être excitants, sont d'une compétence exemplaire. Si seulement les concessionnaires étaient moins arrogants...

Collaborateur du Devoir

***

FICHE TECHNIQUE TOYOTA AVALON

- Moteur : V6 3,5 L

- Puissance : 268 ch

- 0-100 km/h : 7,2 s

- Vitesse maximale : 210 km/h (limitée électroniquement)

- Prix : 41 135 $


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