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Jaber Lutfi
Envoyé Le dimanche 28 octobre 2007 11:00



L'architecture à l'image du pouvoir : personne ne signe son acte et toute puissance est cachée.

Image courante du pouvoir : Le pouvoir actuellement serait distribué parmi des actionnaires, directeurs d'entreprises et politiciens travaillant majoritairement à leur solde. Déracinés et sans sens de l'histoire, ils changeraient le destin du monde puis s'en laveraient les mains quand leur mandat est terminé où que les affaires ne rapportent plus. Les décideurs empocheraient le pactole et 'après moi le déluge'. Ceux qui décident n'auraient pas à dire qui ils sont, ce en quoi ils croient, vers quoi ils veulent diriger le monde.
Depuis que les dirigeants ne sont plus des dieux on leur a retranché le pouvoir absolu mais aussi on ne leur reconnaît plus la responsabilité du destin collectif. C'est pourtant eux qui mènent.

Ainsi les gens de pouvoir ne s'associent pas personnellement aux oeuvres des architectes et autres artistes. Les oeuvres d'art publiques sont choisies anonymement par un système étatique. Personne n'a à signer et ainsi rendre compte publiquement de son choix.

Je viens de faire le tour de la Gaspésie par la route 132. Paysages magnifiques. Patrimoine national.
Regardant l'architecture on se dit que la région fut pauvre longtemps car à part quelques rares jolies maisons c'est le dur royaume du 'j'ai une grosse famille à nourrir' et du 'ça coûtait moins cher'. Silence respectueux.
L'architecture qui mérite ce nom est l'apanage des églises et presbytères. C'est la culture monothéiste chrétienne qui a réussi à occuper rituellement le territoire.
Par ailleurs, on nous dit que la région se vide de ses gens alors que les beaux sites sont achetés à pris d'or. Ce sont donc des gens aisés qui occupent progressivement le bord de l'eau. Seulement, ce n'est pas visible. Pas ou peu de signatures individuelles marquantes, si quétaine soit-elle. Le drabe de bon ton est la monnaie courante. Pas un seul édifice étonnant (!?).

Signons!
Cela fait un bail que l'église est sortie du Québec. Elle n'est plus là pour rabattre les têtes fortes. Les entrepreneurs qui réussissent au sein de notre collectivité sont légion. Ils sont informés. Ils ont voyagé et connaissent d'autres cultures et d'autres cultes.
Comme ils en ont les moyens financiers, on a envie de les inviter à nous montrer qui ils sont comme individus, c'est-à-dire afficher comment ils lisent le monde et comment ils souhaitent s'y inscrire.
Encourageons nos personnalités brillantes à rendre visibles leurs présences sur ce territoire. Par quelle vision du monde souhaiteraient-ils remplacer la vision de l'église? Quels plaisirs, quelles semailles veulent-ils laisser dans leurs sillons? Quels cultes souhaitent-ils édifier? Quelle culture veulent-ils créer?
Car l'art publiquement exposé sert aussi -peut être surtout- à recréer la culture.
En achetant les services d'un architecte (pour mille dollars, les architectes nous donnent idées épatantes et plans) nous aussi signons son oeuvre et créons une culture locale, diversifiée, profondément ambitieuse.

Jaber Lutfi

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