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Les trippes de la religion
Catholicisme, CV et non ADN de l'identité québécoise. On ne peut pas mieux résumer le phénomène actuel d'une société théocratique qui passe à une société laïque. Bien tappé Monsieur Courtemanche. Le langage religieux parlerait d'une société «sécularisée», du siècle, par rapport à une société éternelle telle que décrétée par les révélations divines et les livres religieux qui ont tendance à rendre inconditionnel ce qui dans la réalité a été déterminé par les us et coutumes d'une culture particulière et souvent très lointaine, n'ayant plus aucun rapport avec la nôtre. C'est ce que le théogien luthérien Paul Tillich appelait le «démonisme». Vous vous souvenez de l'ange Lucifer, «porteur de lumière» qui est devenu «démon» en voulant devenir comme Dieu. Cet orgueil fut le lancement de sa carrière de déchéance. Sic pour toute religion qui veut absolutiser des pratiques ou croyances propres à un temps, telles que l'homophobie, la sexualité dite «ouverte à la vie» mais contrôlée du berceau à la mort, conduisant notamment, comme vous le soulignez fort bien, à la mort sidéenne par l'interdiction de la contraception.
Ne donnât-elle rien de nouveau en matière de droit, la commission Bouchard-Taylor, aura eu la vertu de nous offrir le déploiement d'une culture transitant d'un monde mythique à une monde symbolique. Dans le mythe, Jésus est rescuscité pour de vrai. C'est le fondement même du catholicisme. Dans l'univers symbolique, la Résurrection est l'expression d'une communauté donnée, dans un temps donné de l'histoire, qui a exprimé sa croyance en un au-delà, dans lequel aujourd'hui on peut croire ou ne pas croire. Relisez le dernier éditorial du père Benoit Lacroix dans Le Devoir à l'occasion de Pâques. Nulle part on y lit une apologie du fait historique de la Résurrection. Celle-ci est plutôt présentée comme l'expression, lizez entre les lignes, «symbolique», d'une vie après la mort.
Ce qu'il y a peut-être d'unique dans l'histoire de l'humanité, c'est que le passage de cet univers mythique à un univers symbolique qui laisse à chacun le loisir de croire ou de ne pas croire, s'est produit à l'intérieur d'une seule génération, celle des baby boomers qui avons vécu dans nos trippes les deux mondes. Quand les trippes de ces deux mondes se mettent sur une même table, cela donne des débats hérouxvillois. Réjouissons-nous mes frères, ah oui! j'allais oublier, et mes soeurs, la religion commence à montrer ses vraies trippes.
Pascal Barrette
Ottawa
