Une société de droit

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Jean-Robert Sansfaçon
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 octobre 2007

Mots clés : commission Bouchard-Taylor, chartes des droits, Justice, Religion, Québec (province)

Quiconque a suivi l'évolution des interprétations juridiques des deux chartes des droits depuis leur adoption, il y a plus de 25 ans, sait qu'à moins d'une révolution, on ne reviendra pas en arrière sur la plupart de ces «accommodements» que la Cour suprême a autorisés en les qualifiant de «raisonnables». Demander, aujourd'hui, de les interdire purement et simplement comme le font certains devant la commission Bouchard-Taylor est aussi absurde que de suggérer qu'on élimine un des droits fondamentaux.

Le Québec aura beau devenir un pays indépendant, adopter sa propre constitution et ses règles particulières d'accession à la citoyenneté, il est certain qu'il aura aussi sa charte des droits calquée sur celle que René Lévesque a fait adopter par l'Assemblée nationale avant Pierre Trudeau, à Ottawa.

Cela dit, l'avantage qu'aurait le Québec en se séparant serait de pouvoir amender sa constitution et sa charte, ce que Trudeau a rendu à peu près impossible dans le cas de la Constitution canadienne. N'étant plus prisonnier d'une négociation perdue d'avance avec les neuf autres provinces canadiennes, un Québec souverain pourrait apporter des amendements à ses lois fondamentales comme tout autre pays démocratique.

À la suite de nombreux témoignages entendus devant la commission Bouchard-Taylor, certains diront que Trudeau avait raison de mettre le contenu des chartes à l'abri du changement facile. Mais entre facile et impossible, il y a une marge qui s'appelle la volonté démocratique du peuple.

La Charte canadienne des droits n'a jamais fait l'objet d'un débat populaire avant son adoption. Elle fut le fruit d'un travail d'experts et d'intellectuels éclairés soutenus par un puissant premier ministre qui, tout en voulant garantir les droits des individus en position de faiblesse, tenait mordicus à limiter ceux de la forte minorité francophone du Québec, dont les aspirations collectives ne cadraient pas avec sa conception d'un Canada composé d'individus et non de peuples fondateurs.

Les chartes des droits ne sont pas vérité d'Évangile. Rien n'interdit de proposer des amendements, au besoin. Dans quel sens? La réponse est moins évidente!

Ce qui est certain, en revanche, c'est que le temps est venu de préciser ce qu'on entend par laïcité et neutralité de l'État, deux concepts mis à mal par les exigences de militants religieux de toute origine, y compris de chrétiens «de souche», et plus largement de définir les meilleures pratiques d'intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise.

Parce qu'ils ne se sentent aucunement menacés dans leur langue et leur culture, les Canadiens anglais du reste du pays ont le droit de préférer le melting pot culturel et la non-intervention des pouvoirs publics en matière d'intégration des nouveaux arrivants. Les Québécois, pour leur part, ont tout autant le droit de rejeter cette conception de la vie communautaire qu'ils jugent anarchique. Adopter l'une ou l'autre approche ne changera rien au fait que ce sont les cours de justice qui auront à trancher en dernier recours chaque fois qu'un citoyen se croira lésé.

Les accommodements dont l'objectif est de permettre à un individu d'exercer un droit fondamental dans le respect des autres, sans nuire à l'ordre public et sans exiger d'aménagements extravagants de la part de la collectivité, sont donc là pour de bon. Et c'est bien qu'il en soit ainsi.

j-rsansfacon@ledevoir.com


Vos réactions


Rectificatif - par Jean-Robert Sansfaçon
Le lundi 29 octobre 2007 10:00

Les chartes ont 25 ans - par Fernand Trudel
Le lundi 29 octobre 2007 10:00

La clause nonobstant - par rodolphe bourgeoys
Le lundi 29 octobre 2007 04:00

Conception d'une - par Maurice Monette (monmau@globetrotter.net)
Le dimanche 28 octobre 2007 15:00

La soupe aux pois - par henri gabrysz
Le samedi 27 octobre 2007 20:00

À J.C. Pomerleau et R.Berger - par André Loiseau (andreloiselet@videotron.ca)
Le samedi 27 octobre 2007 16:00

Rectificatif - par Guy Ferland (plotin11@hotmail.com)
Le samedi 27 octobre 2007 15:00

Land of happy morons inc. - par Sylvain Racine (sracine@gmail.com)
Le samedi 27 octobre 2007 12:00

Land of happy morons inc. - par Sylvain Racine (sracine@gmail.com)
Le samedi 27 octobre 2007 12:00

Choquette pas Lévesque - par Graham Hay
Le samedi 27 octobre 2007 10:00

Quel plaisir, quel réconfort ! - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le samedi 27 octobre 2007 09:00

la rééducation - par martin dubois
Le samedi 27 octobre 2007 07:00

Ne pas modifier les Chartes! - par Michel Lebel
Le samedi 27 octobre 2007 07:00

Neuf perruques, sept millions de tuques. - par jean claude pomerleau
Le samedi 27 octobre 2007 06:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com