Revue de presse - Le Québec dans la mire

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Manon Cornellier
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 octobre 2007

Mots clés : commission Bouchard-Taylor, identité culturelle, Hérouxville, Média, Gouvernement, Québec (province), Canada (Pays)

Il n'y a pas qu'au Québec qu'on débat d'identité, d'immigration et du traitement des minorités religieuses. Depuis longtemps, les journaux canadiens-anglais publient lettres et textes d'opinions sur le sujet et il y en a pour tous les goûts. Mais quand ça se passe au Québec, ça attire l'attention. Une attention sélective toutefois. Alors qu'à peu près personne n'a écrit pendant des semaines sur la commission Bouchard-Taylor, beaucoup de journaux, presque tous ontariens, étaient à Trois-Rivières, alléchés par la comparution du conseiller de Hérouxville. Et ce sont surtout des journaux ontariens encore qui ont commenté le projet de loi sur la citoyenneté de Pauline Marois.

La réaction la plus virulente à tout le débat québécois est venue de Don Martin, dans un texte publié dans le National Post, le Calgary Herald, le Ottawa Citizen et le Leader-Post de Regina. «Étant donné les différents gestes posés par les forces séparatistes depuis un mois, avec l'étonnant appui des libéraux provinciaux, écrit-il, le seul visage qu'on a besoin de découvrir est celui du racisme à peine voilé qui fait rage en politique québécoise. Dans cette bousculade pour une identité québécoise purifiée et nettoyée, nombre de politiciens proposent ou jonglent avec de choquantes limites démocratiques à imposer aux anglophones ou aux "ressortissants étrangers", y compris les nouveaux arrivants venant des neuf autres provinces.»

Et tout cela se déroule avec la commission Bouchard-Taylor en toile de fond. Martin est persuadé que les non-francophones ne sont pas les bienvenus au Québec et que, si la province devenait indépendante, ils pourraient perdre leurs droits démocratiques. «Et vous pensiez que l'Afghanistan avait de la difficulté avec la notion de démocratie», s'exclame-t-il. Le journaliste se dit inquiet du silence du gouvernement fédéral alors que «le Québec devient de plus en plus xénophobe». Martin est catégorique. «Les émotions, les opinions et les prises de position partisanes qui dominent le débat politique au Québec ont une odeur de racisme qui ne doit pas être tolérée dans aucune langue officielle.»

Le même jour, dans le Post, la commentatrice invitée Karen Selick se livrait pourtant à un plaidoyer en faveur de la mise au rancart des lois sur les droits de la personne qui tendent à limiter la liberté de parole «en nous disant ce que nous ne pouvons pas dire, c'est-à-dire quoi que ce soit qui puisse offenser quelqu'un appartenant à un groupe minoritaire». Selon elle, ces lois sont «inutiles, destructives et trompeuses». On a entendu ça ailleurs.

Exemple de la diversité des points de vue canadiens-anglais, Naomi Lakritz affichait, le même jour dans le Calgary Herald et le lendemain dans The Province de Vancouver, son inquiétude devant la montée d'une certaine xénophobie, non seulement au Québec mais dans tout le Canada. Après le 11-Septembre, note-t-elle, on s'est mis à regarder avec méfiance des façons de faire qu'on acceptait auparavant, en particulier le port du hidjab. Elle compare le climat actuel à celui qui a conduit à l'internement des Japonais et des Ukrainiens durant les deux grandes guerres.

Lakritz explique que «la peur de l'Autre surgit quand quelqu'un d'une certaine religion, couleur ou culture commet un crime haineux ou un acte hostile». On projette alors sa peur sur tous les membres de cette communauté. Mais les musulmans qui vivent ici, parce que c'est d'eux qu'il s'agit, sont les mêmes qu'avant, dit-elle. «Ce ne sont pas eux qui ont changé pour le pire, mais nous.»

Marois au pilori

Le projet de loi sur la citoyenneté de la chef péquiste Pauline Marois n'a trouvé grâce aux yeux de personne. «L'idée que le Québec ait le pouvoir de priver de leurs droits démocratiques des citoyens canadiens est juridiquement ridicule et moralement répugnante», déclare le Globe, qui est persuadé que ce projet est contraire à la Charte. «Rogner un des principes centraux d'une démocratie exige qu'on démontre qu'un danger imminent et dévastateur menace la survie même de cette démocratie.» Or, dit le Globe, «la vraie menace vise la popularité du PQ parmi les francophones».

Le Toronto Star conclut pour sa part que le Parti québécois n'a rien perdu de «ses vieux instincts coercitifs» et que son initiative «n'est qu'un cynique stratagème de la part d'un parti arrivé troisième aux dernières élections et qui veut récupérer ses lettres de créances à titre de défenseur de l'identité québécoise et tirer profit du malaise de certains Québécois à l'endroit des nouveaux arrivants non francophones».

Lorrie Goldstein, du Toronto Sun, suggère de faire passer un test d'anglais à Mme Marois dans environ trois ans et de lui retirer certains de ses droits si elle ne satisfait pas aux exigences, et ce, en vertu de «la loi sur l'identité canadienne». Ironie mise à part, Goldstein en vient aux mêmes conclusions que les autres quotidiens. «Adopter cette loi n'est pas nécessaire pour Marois. Le simple fait de la présenter permet au PQ de se présenter comme le défenseur de la langue française et de la culture québécoise, le terrain traditionnel des séparatistes usurpé par Dumont et l'ADQ lors des élections.»

Goldstein ne donne pas l'absolution aux libéraux ou à l'ADQ car, selon lui, eux aussi exploitent la peur des immigrants au lieu de calmer le jeu. Le chroniqueur précise cependant que ce travers n'est pas exclusivement québécois. Il rappelle le débat sur le financement des écoles confessionnelles ontariennes et comment le chef libéral Dalton McGuinty a exploité, à coups de sous-entendus, la peur des musulmans. «Apparemment, nos politiciens gavés de sondages ont décidé que la façon d'arracher le pouvoir, de nos jours, n'était pas de calmer la peur de l'autre mais de l'alimenter.»

mcornellier@ledevoir.com


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Dans votre propre cour Manon Cornellier - par Lemay Gilles (info@sitextra.net)
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diviser pour mieux regner - par Pierre.m de ruelle
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Une "attention sélective," bon, mais de qui? - par J-S T
Le samedi 27 octobre 2007 04:00

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