Match nul

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 27 et du dimanche 28 octobre 2007

Mots clés : Kenneth Branagh, Sleuth, Cinéma, Culture, États-Unis (pays), Grande-Bretagne (pays)

Jude Law dans Sleuth

On peut difficilement imaginer quatuor plus alléchant. Caine. Law. Branagh. Pinter. On réclamerait oeuvre commune qu'on nous la refuserait. On n'a rien demandé, et voilà qu'ils unissent leurs forces dans cette seconde adaptation pour le grand écran de la pièce d'Antony Shaffer, 35 ans après la première, réalisée par le grand Joseph Mankiewicz. Michael Caine y campait alors le jeune amant de la femme d'un grand écrivain, à qui il venait soutirer sa permission pour que soit entamée rapidement une procédure de divorce à l'amiable. L'avantage de l'un désavantageant l'autre, le film à deux personnages s'enfonçait dans un labyrinthe de mensonges et de perversions aux alpha et beta interchangeables.

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Sleuth
De Kenneth Branagh. Avec Michael Caine et Jude Law. Scénario: Harold Pinter, d'après la pièce d'Anthony Shaffer. Image: Haris Zambarloukos. Montage: Neil Farrell. Musique: Patrick Doyle. Grande-Bretagne-États-Unis, 2007, 88 minutes.
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Le labyrinthe de Kenneth Branagh, hélas, s'enlise dans le décor ridicule de son château rural, théâtre du face-à-face, au décor intérieur minimaliste fait de béton lisse et de cubes modulaires évoquant un Habitat 67 retourné sur lui-même. Il importe de parler de ce décor. D'une part parce qu'il tient lieu de personnage et que, à ce titre, il écrase les deux autres. D'autre part parce qu'il évoque le théâtre et que, à cet égard, la mise en scène de Branagh, avec ses mouvements latéraux et verticaux stoppés par le cadre, aurait tout aussi bien pu se déployer sur des planches.

La femme que se disputent Jude Law, en jeune acteur arrogant fauché, et Michael Caine, en écrivain de romans noirs au sommet de sa gloire et bien assis sur son fric, est absente et son importance, toute relative. De fait, l'enjeu (tissé d'amour, d'opportunisme et de profit) paraît futile et interchangeable. Il l'était moins dans le film de Mankiewicz, duquel Branagh et Harold Pinter, scénariste du film, ont, il est vrai, voulu s'éloigner. Pour pervertir le jeu du chat et de la souris, pour lui donner en fait une couleur différente, ils ont frotté ensemble deux idées neuves, absentes du texte original, soit l'ambiguïté sexuelle du personnage de Caine et le sex-appeal de Law. Mais cette fausse diversion, digne d'un thriller des années 80, a conduit le film dans un cul-de-sac.

À la base, il y avait trois actes, déployés telles les manches d'une joute sportive. La première, gagnée par l'un, la seconde, gagnée par l'autre. Au deux de trois, nous avions match nul. Et rien ne résume mieux le film de Kenneth Branagh.

Collaborateur du Devoir


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