Stevie Wonder au Centre Bell - Révélateur d'âmes

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Sylvain Cormier
Édition du vendredi 26 octobre 2007

Mots clés : Stevie Wonder, Spectacle, Musique, Montréal

Il est arrivé sur scène au bras de sa fille Aisha. Celle-là même qu'on entendait, bébé, pleurer dans Isn't She Lovely, sur l'album Songs In The Key Of Life, en 1974. Ça ne rajeunissait personne, à commencer par elle, radieuse trentenaire... et choriste de papa. Lequel s'est longuement adressé à l'auditoire avant de s'asseoir au piano. Comme en conférence de presse, il a raconté que le décès de sa mère, l'an dernier, avait inspiré son retour. Il y a du bon, de l'espoir, de l'amour en tout, résumait-il, pour peu que l'on écoute ce qu'il y a à l'intérieur de soi. Lunettes fumées ou pas. Et Stevland Morris, dit Little Stevie Wonder, dit Stevie Wonder tout court, de nous remercier d'avoir «rendu la vie de ma mère meilleure qu'elle n'aurait été». Gorges serrées dans le Centre Bell.

Le ton était donné. Ça ne pouvait déjà plus être simplement un show-retrouvailles bienvenu après 21 ans d'absence. Ç'allait être un show bienfaisant. Stevie Wonder, s'ouvrant le coeur, avait révélé 8670 âmes, et nous nous sentions déjà plus humains qu'en arrivant. La sono brouillonne a certes un peu saboté les délicates ballades qui suivaient, mais tout était arrangé une fois lancée la première salve de succès imparables: Living For The City, Master Blaster (Jammin') et Higher Ground avaient toutes le funk dûment irrésistible, et on aurait pu être en fin de spectacle, après une demi-heure! Stevie-le-cabotin était lâché lousse, se livrant à une gamine séance de «talkbox» (le machin qu'on mâchouille en chantant, rappelez-vous Peter Frampton). Pensez, le diable d'homme nous mâchouillait la Michelle des Beatles, substituant Montréal à Michelle: c'était à la fois étrange et craquant.

Nous allions le suivre n'importe où, de toute évidence. Il se s'en privait pas, nous entraînant cinq bonnes minutes durant dans le refrain de Ribbon In The Sky, dictant des mélodies différentes aux hommes et aux femmes, les assaisonnant d'allusions sexuelles. Tout ça était bon enfant, jubilatoire, infiniment sain. Stevie Wonder rend non seulement heureux, comprenions-nous: il rend un peu cochon.

Après une séquence de ballades moins universellement connues, la ronde des immortelles a repris de plus belle, My Cherie Amour succédant à Signed, Sealed, Delivered I'm Yours (ah! le rythme Motown!) et Don't You Worry 'Bout A Thing (j'avais oublié ce cha-cha digne de Santana, qui a servi de prétexte à un duel de congas). Irrépressible, Stevie s'est même fendu d'une reprise country de Signed, Sealed..., qui aurait frisé le ridicule si le plaisir du du chanteur n'avait été si entier et contagieux.

J'ai quitté pour écrire ces lignes alors que l'orchestre de onze musiciens et choristes lançait la complexe Sir Duke, ce fabuleux hommage de Wonder à Duke Ellington. Le spectacle avait deux heures dans le corps, sans entracte, et il restait au moins six ou sept titres au programme, dont la bien-nommée You Are The Sunshine Of My Life. Vous avez dit générosité? Osons le cliché, c'est lui qui l'a inventé: hier, Stevie Wonder a ensoleillé nos vies.

***

Collaborateur du Devoir


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